Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Chaussures de sécurité : priorité au confort et au look

Finies les chaussures de sécurité lourdes et inconfortables. Les fabricants renouvellent leurs gammes avec des modèles qui s’inspirent de nos modes de vie ou de nos activités préférées pour s’imposer dans le milieu du travail.

Avec les nouveaux modèles d’inspiration Streetwear, sportifs ou Outdoor, il devient de plus en plus difficile de différencier un EPI d’une paire de chaussures de ville. Pour le plus grand plaisir des salariés qui en ont franchement assez de travailler avec des chaussures lourdes et inconfortables. Place donc aux chaussures plus légères et plus souples, voire carrément colorées comme l’illustre la gamme Vitamine de Lemaître Sécurité, l’un des principaux acteurs du marché avec Delta Plus, Gaston Mille, Jal, Hevex, Honeywell, Kiplay, Groupe RG. Carrément hautes en couleur, les tiges (à savoir le revêtement qui habille le dessus du pied) arborent de pétillants bleu, orange, lilas, anis… Le fabricant français qui ne se limite évidemment pas aux chaussures pour dames va un cran plus loin en proposant à ses clients de personnaliser leurs chaussants. Le service baptisé « Color Concept » est proposé gratuitement à partir de 150 paires. La personnalisation porte sur le choix de la teinte de la tige, de la couleur d’opposition et les lacets. « Nos clients peuvent ainsi coordonner les coloris de leurs chaussures avec les couleurs de l’entreprise ou les vêtements de travail portés par leurs employés », indique Jean-Pierre Boutonnet, chef des ventes de Lemaitre Sécurité.

Halte aux glissades

Si les nouveaux modèles du marché flirtent volontiers avec le design, pas question pour autant de rogner sur la sécurité des utilisateurs. Et pour cause ! Chaque jour, on déplore des orteils ou des métatarses écrasés par une masse en mouvement, des talons ou des voûte plantaires blessés par un objet contendant. Sans oublier les glissades sur des sols humides ou gras. Avec les chutes de plain-pied, ces dernières sont responsables de 7 % des accidents du travail avec arrêt. Pire, ce taux atteint même 25 % dans le secteur de l’agroalimentaire ou de la restauration.
Au quotidien, ces risques mécaniques se combinent bien souvent à d’autres dangers de type thermiques (projection de métal en fusion par exemple), chimiques ou encore électriques, voire explosifs. Des situations complexes, qui sont de mieux en mieux prises en compte par les fabricants et les distributeurs comme Groupe RG ou E.P.I. Center.
Ces acteurs évoluent sur un marché français très atomisé où les ventes annuelles étaient estimées à 6 millions de paires avant la crise. « Aujourd’hui, sous la pression des clients, les prix moyens oscillent entre 20 et 35 euros », indique, au Synamap, Jean-Pierre Boutonnet, qui préside la Commission chaussures de sécurité. Pour les modèles plus haut de gamme, les prix vont au-delà pour atteindre une soixantaine d’euros, voir plus. Et ce, en fonction notamment de la qualité de la tige (cuir pleine fleur, nubuck, Pull Up, Cordura, etc.), la technicité de la membrane antitranspirante, la composition de la semelle extérieure (caoutchouc, polyuréthane mono ou haute densité, etc). Sans oublier l’embout antichoc, qui peut être en aluminium, en polymère de synthèse, en matériau ou en fibre composite (de type Kevlar). Un matériau athermique et amagnétique qui procurera à l’utilisateur plus de légèreté et de flexibilité que les embouts en acier. Lesquels en revanche confèrent au chaussant plus de robustesse. Il en existe d’ailleurs en acier perforé pour éviter les mycoses et les macérations.

S3 pour environnement sévère

La présence d’un embout de protection capable de supporter une pression de 200 joules – soit l’équivalent d’un poids de 20 kg tombant d’une hauteur d’un mètre est imposé par la norme EN ISO 20345 qui régit les chaussures de sécurité. Le texte prévoit par ailleurs six niveaux de classification qui s’échelonnent de SB à S5. L’indice le plus élevé correspond au S3. Pour l’obtenir, la chaussure doit être antistatique, imperméable, antidérapante, intégrer un absorbeur d’énergie au talon, un embout de protection ainsi qu’une semelle antiperforation métallique ou composite insérée dans la semelle extérieure. Cet insert protège le salarié contre la présence au sol d’objets pointus ou contendants. Les produits de type SBP, S1P et S3 en sont équipés.
Il faut savoir en outre que la version 2011 de la norme EN ISO 20345 soumet tous les nouveaux produits du marché à de nouvelles exigences en terme d’antiperforation, compte tenu des accidents survenus ces dernières années. « Parmi les nouvelles exigences, le législateur impose que les modèles ayant opté pour un intercalaire métallique soit dorénavant en acier inoxydable », indique Xavier Roussel, le responsable du département chaussant du distributeur groupe RG (155 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 2011), qui enregistre une augmentation de ses ventes de chaussures de 3 à 4 %.

Embout aluminium

Soumis à la rude concurrence des produits asiatiques à bas prix, ce distributeur parie, comme ses concurrents européens, sur des articles haut de gamme répondant à la fois aux besoins métiers des utilisateurs et de leurs envies. « Le confort et l’esthétique constitue la priorité des utilisateurs », constate Xavier Roussel, qui distribue en direct ses produits auprès des géants de l’acier, de l’agroalimentaire, de la chimie ou de la pharmacie. Pour répondre aux envies des jeunes générations habituées à porter en ville des Sneakers, des baskets légères et décontractées, le distributeur lancera en décembre le modèle « Dallas », l’un des derniers-nés de la gamme Ergos. Cette tennis (EN ISO 20345 :2011 indice S1P SRC), disponible en version basse ou montante, est habillée d’un cuir velours et d’une toile jean et repose sur une semelle très antidérapante (SRC) en polyuréthane double densité (PU 2D). Pour affiner l’extrémité de cette tennis, qui se veut à la fois souple et légère, le groupe RG intègre un embout aluminium et une semelle antiperforation en fibres composites.

Gagner en légèreté

De son côté, Delta Plus mène l’offensive avec sa gamme City à laquelle appartient justement le Big Boss (S1 P) destiné aux activités d’industrie légère, aux métiers du second œuvre, du transport et de la logistique, et de la restauration. En cuir souple et revêtement Mesh, ce modèle confortable et pratique grâce à son système de laçage rapide, renferme un embout et une semelle en composite qui lui permettent d’afficher un poids de 470 gr. Enfin, pour éviter les glissades sur les sols gras ou humides, voire même imprégnés d’huile, ce modèle vendu moins de 49 euros est pourvu d’une semelle PU monodensité antidérapante (SRC).

L’acier encore plébiscité

Les embouts en acier n’ont évidemment pas dit leur dernier mot. « Certains utilisateurs, surtout dans les travaux publics et le BTP, les préfèrent aux coques en composite malgré le handicap du poids car ils apprécient la solidité de l’acier », indique Marc Pradal, le P-dg de Kiplay qui distribue les produits Lee Cooper Workwear. Lequel n’hésite d’ailleurs pas à mettre en évidence la présence d’un renfort en acier à l’aide de surpiqûres. Dotées d’une semelle en caoutchouc qui résiste à l’huile, ces chaussures montantes sont conçues avec une tige en nubuck et en PU. « Ce genre de modèle qui navigue entre les EPI et le sportswear s’adresse notamment aux responsables de chantiers que les entreprises habillent de pied en cap pour valoriser leur personnel et, du même coup, leur image », constate Marc Pradal.

Cette année, il a d’ailleurs décidé de sauter le pas en créant sa propre gamme de chaussures de sécurité destinée aux artisans et sociétés de service qui évoluent sur des terrains boueux glissants ou escarpés. Des contraintes environnementales auxquelles répond notamment le « Roofer », un modèle S3 équipé d’une tige en cuir, d’une semelle en PU 2D antistatique, souple, antidérapante, d’une lame antiperforation et d’un large embout en composite pour la sécurité et le confort des orteils.

Membrane d’étanchéité

En matière de confort, la bataille pourrait se jouer entre les fabricants Uvex Heckel et le fabricant Gaston Mille. Cette dernière, entreprise centenaire, innove sur le marché français en collant sur le cuir intérieur de la chaussure une nouvelle membrane d’étanchéité ajustée à la forme de la tige. Grâce à ce procédé, l’utilisateur garde les pieds au sec tout le long de la journée sans être gêné par la présence de coutures intérieures. C’est du moins ce que revendique les modèles Hot Cumin Outdry (S3 et SRC pour un poids de 1,25 kg). Sa membrane, baptisée Outdry, évacue la transpiration du pied grâce au volume d’air présent entre le pied et la barrière étanche. Ce qui évite les risques de condensation dus à une transpiration excessive du pied tout en maintenant la peau à une température constante.

Lutter contre les TMS

De son côté, le fabricant Uvex Heckel a consacré trois ans de recherche à sa gamme Macsole 1.0 qui innove avec une semelle intérieure amovible faisant office de semelle de propreté et de confort. Amovible, elle est constituée d’une couche de polyuréthane tandis que le dessus est en microvelours certifié Oeko-Tex 100 très résistant à l’abrasion et absorbant la transpiration. Cette semelle antistatique est perforée pour une parfaite ventilation. Quant à la semelle d’usure en caoutchouc, elle résiste aux hydrocarbures, aux produits chimiques et aux températures extrêmes. En apportant plus de confort à ses utilisateurs, la gamme Macsole participe à la prévention des TMS (troubles musculosquelettiques). Lesquels peuvent survenir au contact de sols particulièrement durs et rigides comme le béton. Selon une étude canadienne, travailler sur ce type de surface produirait le même effet qu’un marteau qui cognerait sur le talon à chaque pas !

© Eliane Kan/AgenceTCA-Innov24.

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