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Chantal Villotta Germain (ACV2F) : « L’entreprise ne doit pas ignorer les violences faites aux femmes » 

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Chantal Villotta Germain, DRH-RSE et membre du bureau de l’ACV2F. © Agence TCA

Pourquoi avez-vous monté cette action au Sénat ?

La violence faite aux femmes et aux enfants n’est pas un problème isolé. Elle est le symptôme d’une société globalement plus violente. Et il est essentiel que tous les acteurs reconnaissent collectivement le défi de la combattre. En France, la gravité de la situation est incontestable : un féminicide tous les trois jours et près de 240 000 cas de violences chaque année. C’est l’équivalent de la population d’une grande ville comme Bordeaux où je réside. Cela ne peut laisser indifférent. Notre action vise à apporter des solutions concrètes à cette problématique sociétale urgente.

Où en est-on ?

La collaboration avec l’association ACV2F dans le Médoc (Gironde) a été un tournant. En intégrant l’association, j’ai constaté l’ampleur du problème et l’importance de l’aide à y accorder. Les associations jouent un rôle crucial dans l’écoute, l’accompagnement des victimes et de leurs enfants et la sensibilisation. Cependant, les besoins restent considérables : logement durable, soutien à la parentalité et consolidation des ressources pour les associations.

Quel est le rôle des entreprises dans la lutte contre les violences faites aux femmes ?

L’entreprise ne doit pas ignorer les violences faites aux femmes. Elle a un rôle crucial à jouer dans la détection, l’orientation et la prévention des violences faites aux femmes victimes qui sont parmi leurs collaboratrices. En premier lieu, l’entreprise est garante d’un environnement de travail sûr. Elle doit être proactive dans la formation des managers et des équipes RH pour reconnaître et soutenir les victimes. Autrement dit, l’intégration de ces enjeux dans les plans responsabilité sociétale des entreprises (RSE), notamment l’égalité femmes-hommes est essentielle pour créer un environnement de travail qui allie performance et humain.

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L’animatrice TV Mireille Dumas (au centre) est la marraine de l’ACV2F. © Agence TCA

Quelles actions les entreprises peuvent-elles mener ?

A l’instar des plans de lutte contre les addictions, il est fondamental d’impliquer conjointement la médecine du travail et les partenaires sociaux. En effet, ces instances ont un rôle important de « capteur » et de réorientation. En second lieu, il s’agit de cartographier les acteurs compétents du territoire : associations, professionnels de santé… Troisièmement, il faut sensibiliser et former les interlocuteurs RH et les managers à la compréhension de ce phénomène pour qu’ils soient en veille et sachent vers où orienter la victime. En effet, souvent les femmes en parlent à leur entourage mais celui-ci se retrouve démuni. Ces notions sont à inclure dans la charte d’intégration des nouvelles recrues dans l’entreprise. Enfin, il convient de diffuser aux collaborateurs des informations du type « Quoi faire ? Où aller ? Comment s’y prendre ? » en faveur des victimes.

D’autres actions ?

Oui. Dans un lieu de l’entreprise où la prise de note est confidentielle, par exemple aux toilettes, il est utile d’afficher les numéros des associations à contacter pour les victimes. Ou encore de consacrer une newsletter dédiée. Un premier pas : inclure dans l’affichage réglementaire obligatoire des entreprises les numéros et la cartographie des associations aux alentours. Mais attention, il est important que les RH et l’entreprise ne prennent pas la place des associations ou des professionnels de santé. Nous ne sommes pas experts de la lutte contre les violences faites aux femmes. Ce qui ne nous empêche pas de contribuer activement au soutien des victimes en partenariat avec l’ensemble des acteurs du territoire.

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Les prolongements de l’action de l’ACV2F pourraient se retrouver dans les lois amendements pour dans une loi-cadre. © Agence TCA

Quelles sont les perspectives de votre audition du 25 novembre au Sénat ?

L’avenir de cette initiative et des échanges qui ont eu lieu avec les sénateurs est prometteur. Nous attendons une prise en compte accrue de ces problématiques pour influencer certaines lois et certains amendements. Voire, dans l’idéal, la proposition d’un projet de loi-cadre sur une approche multidisciplinaire de la prévention et du traitement des violences faites aux femmes. Nous demandons aussi de lutter contre l’impunité et de renforcer la formation. Celle-ci doit s’effectuer tout au long de la chaîne des acteurs : professionnels de la santé, forces de l’ordre, institutions judiciaires… Il est essentiel que l’efficacité de ces formations soient mesurée, comme nous avons l’habitude de le faire au sein de nos entreprises.

Propos recueillis par Jehanne Essa


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