Biométrie: enfin des marchés de masse

La biométrie est présentée par beaucoup comme le nec plus ultra de la technologie sécuritaire. Pour les spécialistes du contrôle d’accès, il a longtemps été nécessaire de posséder dans son catalogue de solutions un système de contrôle d’accès biométrique. Or, loin d’atteindre les volumes escomptés, les installations de contrôle d’accès incluant des composants biométriques ne sont pas légion. Combien installe-t-on de lecteurs biométriques (lecteur, badge et clavier) par an en France ? Quel est aujourd’hui le site qui utilise le plus grand nombre de lecteurs biométriques ? Et combien ? Poser ces questions, c’est déjà sous entendre que le marché de la biométrie dite sécuritaire (utilisateurs recherchant des systèmes d’identification forte comme les Etats pour l’émission de papiers d’identité) est loin d’être l’eldorado que certains nous avaient annoncé. A l’inverse, la biométrie pourrait à terme intéresser d’autres utilisateurs finaux. Cette biométrie de confort s’adresse aux particuliers ou à des catégories socioprofessionnelles pour lesquelles une solution biométrique est un excellent moyen de se simplifier la vie, tout en correspondant à l’image que l’on veut donner de soi ou de sa société : « je suis plus sécurisé que le voisin ou mon concurrent ».

Un marché qui se développe moins bien en France

On estimait le marché mondial de la biométrie à un peu moins de 1,7 milliard d’euros en 2005. Marché qui pourrait avoisiner les 5 milliards en 2008. Cependant si, dans certains pays comme les Etats Unis ou la Grande-Bretagne, la biométrie ne fait pas trop de vagues, en France les choses sont plus compliquées. Les résistances sont de plusieurs ordres. La première est liée à la peur du « flicage ». Pour la Cnil, le principal danger de la biométrie est la possible constitution de bases de données qui pourraient être exploitées à l’insu des personnes y figurant. Le deuxième frein à la biométrie est dû au rejet que peut susciter la biométrie au sein d’une organisation qui souhaiterait s’en doter. Les salariés s’opposent alors à la mise en place d’un système biométrique. Comme ce fut le cas l’année dernière chez Effia Services, filiale de la SNCF, qui a dû se plier à un jugement du tribunal de grande instance de Paris lui interdisant d’installer un système de contrôle du temps de travail via les empreintes digitales. Enfin, des caractéristiques socioculturelles expliquent certaines résistances. Ainsi si, pour certains, la reconnaissance de l’iris est perçue comme très intrusive et même peu hygiénique (crainte du contact avec le lecteur), pour d’autres, la prise d’empreintes digitales est encore assimilée à une technique policière d’identification… plaçant la personne concernée dans le position du délinquant. Depuis les attentats du 11 septembre, la biométrie – sous l’impulsion des prescripteurs étatsuniens – est au coeur de la réflexion des Etats dans le cadre de vastes programmes de sécurisation des papiers d’identité. Or, même ici, les retards à l’allumage sont fréquents…

Papiers d’identité : des enjeux économiques énormes

Ines : c ’est le doux nom auquel répond la future carte d’identité nationale électronique sécurisée. Son objectif : simplifier et sécuriser les procédures de délivrance des papiers d’identité. Elle en a cependant un autre : répondre aussi aux exigences internationales en matière de lutte contre le terrorisme. Or, la mise en place de cette carte d’identité « biométrique » et du passeport similaire a été un long calvaire pour les autorités françaises. La France a été le seul pays européen à ne pas tenir les délais imposés par les Etats-Unis pour fournir le passeport exigé. En juillet dernier, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, décide que le passeport français aura sa puce devant accueillir les données biométriques intégrée fin octobre 2005, soit un an avant la date initiale. Autre échec : lors de l’appel d’offres lancé en urgence par le gouvernement français, l’Imprimerie nationale est recalée dès le premier tour, face à Thales et le groupe suisse Oberthur. Le marché est remporté par ce dernier qui produit déjà les passeports belges. Les syndicats s’opposent à cette décision, arguant du fait que l’Imprimerie nationale jouit du monopole des passeports. Argument retenu par les juges qui suspendent l’offre… Décision qui ne satisfait bien évidemment pas Oberthur qui fait aujourd’hui pression auprès de certains députés afin d’obtenir la fin de ce monopole… Toujours est-il qu’à l’heure actuelle l’Imprimerie nationale fabrique 15 000 passeports par jour et en sous-traite la partie électronique à Sagem ou Thales…

Deux courants qui s’opposaient

En matière de biométrie, deux cultures s’opposent. Deux courants qui se sont vite révélés lorsqu’il a fallu déterminer quels identifiants biométriques seraient retenus pour figurer dans les cartes à puce des passeports. Comme l’a déclaré Nicolas Sarkozy en mai 2003 lors d’un sommet du G8, « la tradition française, c’est l’empreinte digitale ». Soutenu en cela par l’Italie, l’Autriche, la Suède, la Belgique, l’Espagne, la Pologne, etc.
L’autre courant était représenté par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Pour les Etats-Unis, l’enjeu économique était majeur puisque, jusqu’en 2006, c’est une société américaine, Iridian, qui détient le brevet du scanner de l’iris de l’oeil. Précisons tout de même, que le traitement informatique des empreintes digitales est la grande spécialité du leader mondial, le français Sagem…
En Europe, la question a été tranchée, puisque les visas et les titres de séjour devront comporter une photo numérisée du titulaire et les empreintes digitales…

Des nouveaux marchés…

Les papiers officiels constituent donc le premier réel marché de masse de la biométrie. Les enjeux économiques y sont énormes. Cependant, au-delà des applications « traditionnelles » de la biométrie comme la multi-application, des professionnels et autres groupes cherchent à conquérir de nouveaux marchés et à créer de nouveaux besoins. On pense, en premier lieu et bien évidemment, à la sécurisation de l’accès aux données informatiques. Microsoft a ainsi conçu une souris intégrant un capteur biométrique. IBM, de son côté, propose une gamme d’ordinateurs portables dotés, eux aussi, d’un lecteur biométrique. Enfin, certains, comme la société Easydentic depuis 2004, cherchent à démocratiser l’accès à la biométrie des entreprises moyennes en proposant aux PME-PMI et aux professions libérales des systèmes de contrôle d’accès et de management reposant sur la reconnaissance de l’empreinte digitale.

En savoir plus

Cet article est extrait du Magazine APS n°153 – Sepembre 2006.
Pour plus d’information sur nos publications, contactez Juliette Bonk .


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