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Bertrand Rose (Unistra) : « Nous prévenons les TMS en combinant réalité virtuelle, jumeau numérique et avatars »

Interview de Bertrand Rose, enseignant-chercheur et directeur-adjoint ingénierie de la faculté de Physique et Ingénierie à Université de Strasbourg (Unistra). Avec une équipe de chercheurs du Laboratoire Icube, il a développé une solution numérique pour prévenir les risques de TMS et améliorer l’ergonomie des postes de travail. Et ce, grâce à l’association de la réalité virtuelle, des jumeaux numériques et des avatars. Point fort, cette solution s’adresse à des entreprises industrielles de toutes tailles.

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Bertrand Rose, enseignant-chercheur et directeur-adjoint ingénierie de l’Unistra. © Agence TCA

Qu’est ce qui fait l’originalité de votre solution ?

Notre solution accompagne les entreprises dans leur transition digitale pour les aider à améliorer leur productivité tout en prévenant les risques de troubles musculosquelettiques (TMS). Nous analysons les postures et les mouvements des opérateurs de manière à corriger l’ergonomie des postes de travail. Dans cette perspective, nous combinons plusieurs technologies telles que la réalité virtuelle, les avatars et les jumeaux numériques.

A quoi servent ces différentes technologies ?

Le jumeau numérique sert à modéliser les postes de travail afin de les adapter aux besoins des opérateurs. Sur l’écran, ces derniers sont visualisés dans leur environnement de travail. Lequel a été préalablement numérisé soit par scanner 3D soit par photogrammétrie obtenue à partir de photos du poste de travail. C’est dans ce jumeau numérique qu’évoluent virtuellement et sous forme d’avatars les opérateurs qui ont eu leurs gestes précédemment numérisés à l’aide d’une combinaison équipée de capteurs amovibles. Ces dispositifs se situent au niveau des articulations des mains, poignets, coudes et épaules. L’exécution de chacun des gestes est alors visualisable à l’écran.

Comment les risques de TMS sont-ils identifiés ?

Le manager ou le préventeur peuvent visualiser, sous forme de code couleur, le niveau de confort, de pénibilité, ou de dangerosité de chaque mouvement. Dans ces deux derniers cas, il sera possible de modifier, avec un casque de réalité virtuelle, le jumeau numérique pour adapter le poste à la morphologie du salarié concerné en faisant varier la profondeur, la hauteur, etc., des postes de travail.

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L’environnement de travail est préalablement numérisé. © Unistra

Les opérateurs sont visualisés sous forme d’avatars, comment faîtes-vous pour distinguer chacun des opérateurs ?

Pour les différencier, nous utilisons des avatars personnalisables en fonction du genre de l’opérateur, taille, dimensions des membres, couleur de la peau, corpulence, couleurs de vêtements, etc.

Dans quel cadre s’inscrit cette solution ?

Initialement, nous l’avons développé au sein du laboratoire Icube de l’université de Strasbourg avant qu’elle soit intégrée dans la plateforme web d’usine virtuelle. Laquelle est portée par le consortium franco allemand VIRTfact (Virtual Innovative Real Time Factory). L’enjeu de cette plateforme vise à accompagner les grandes entreprises, PME et TPE dans leur passage à l’industrie 4.0. Et ce, grâce à l’utilisation d’un jumeau numérique qui aide à simuler les activités humaines et à suivre le fonctionnement de la ligne de production.

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Le préventeur visualise sous forme de code couleur, le niveau de pénibilité. © Unistra

Quels sont les développements en cours ?

Nous développons actuellement une combinaison Low Cost à la fois confortable, facilement ajustable, nettoyable et à un prix abordable. En outre, nous prévoyons de recourir à l’IA afin de concevoir des postes de travail les moins pathogènes possibles grâce à la base de données de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) qui recense les meilleurs angles articulaires possibles.

Auprès de quelles entreprises avez-vous testé votre solution et quand prévoyez-vous de la lancer ?

Nous avons réalisé des analyses de poste chez Schneider Electric, Novartis et Tenneco. Nous leur avons fourni une cotation de la pénibilité des postes ainsi que des pistes d’amélioration. Aujourd’hui c’est de l’interprétation humaine mais demain, c’est l’intelligence artificielle qui les suggérera. Nous prévoyons de créer une startup avant de lancer notre première version commerciale au 1er semestre 2024 sous forme de prestation pour évaluer la pénibilité des postes de travail.

Propos recueillis par Éliane Kan

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