Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

Gare à la lumière bleue émanant des écrans

L’hyperconnectivité est dangereuse pour notre santé car l'éclairage bleu émis par les diodes électroluminescentes (Led) peut avoir des effets toxiques sur la rétine et sur la production de mélatonine responsable de l'endormissement et des cycles de sommeil.

Nous baignons du matin au soir dans une lumière bleue diffusée par les diodes électroluminescentes (Led). Cachées derrière les écrans plats de nos ordinateurs, smartphones et tablettes, elles émettent un pic de couleur bleue. Laquelle se rapproche de la lumière du jour. Or les effets combinés de cet éclairage bleu et de l’hyperconnexion peuvent perturber la production de mélatonine. Cette hormone est sécrétée selon un rythme circadien. Sa production est plus importante le soir et diminue progressivement durant la nuit. En perturbant cette sécrétion, les Led retardent l’endormissement et ont un impact sur la régulation du cycle du sommeil. Pis, la perturbation des rythmes circadiens basés sur l’alternance jour/nuit peut entraîner des troubles métaboliques.

Danger pour les femmes enceintes
Ce qui peut occasionner de graves effets sanitaires. Tels que des cancers, notamment celui du sein, les pathologies cardiovasculaires et les effets sur la santé psychique. Si le lien entre la lumière bleue et ces effets sanitaires n’est pas établi chez l’homme, la relation est fortement suspectée rapporte l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans son rapport « Effets sur la santé humaine et sur l’environnement (faune et flore) des diodes électroluminescentes (Led) », publié en avril dernier. Les auteurs tirent aussi la sonnette d’alarme pour les femmes enceintes exposées à la lumière bleue. En effet, la mélatonine a la propriété de passer la barrière placentaire et peut donc avoir un effet sur le cycle veille-sommeil du fœtus, voire même dans ses fonctions immunitaires. Un effet à vérifier mais l’Anses recommande de limiter l’exposition des femmes enceintes à la lumière de la nuit et de les informer des potentielles conséquences d’une exposition excessive la nuit sur l’enfant porté.

Risques de dégénérescence rétinienne
Un autre effet toxique des longueurs d’ondes propres aux diodes électroluminescentes concerne leur capacité à générer des stress toxiques sur la rétine. Ce risque peut conduire à une baisse de la vue ou à des pathologies rétiniennes telle que la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) . C’est du moins ce que dévoilent des travaux de recherche mené sur des rats par le centre de recherche des Cordeliers. Cet institut appartient au groupe de travail constitué par l’Anses. Cette dernière s’intéresse à la question des Led depuis 2010. Son dernier rapport paru au printemps dernier se base sur l’analyse de la littérature scientifique, des mesures physiques d’exposition menées par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). L’enjeu était de caractériser le danger des Led mais aussi vérifier l’efficacité des systèmes de protection disponibles tels que des filtres ou des lunettes.

Nouveau risque dévoilé
Ce rapport dévoile d’ailleurs un nouveau risque lié à la lumière bleue, à savoir, l’instabilité de leur intensité lumineuse. 43% des Led à usage domestique en présentent une variation dégradée. Certaines peuvent s’allumer et s’éteindre 100 fois par seconde. Les effets stroboscopiques peuvent être lourds de conséquences. A commencer par les crises d’épilepsie, accidents de la route, migraines, et fatigues visuelle. Des risques pris en compte par la législation européenne en cours de révision sur l’écoconception.
Au plan réglementaire, la phototoxicité des lampes Led a déjà été prise en exergue puisqu’elles sont classées en catégorie RG allant de 0 pour un effet neutre à 3 pour un risque élevé. Pour l’heure, ce classement n’est pas forcément mentionné mais les experts de l’Anses veulent le rendre obligatoire. La grande majorité des produits d’éclairage serait classée de RG 0 à RG 1, selon un avis du syndicat de l’éclairage publié dans un dossier consacré aux effets de la lumière bleue publié dans le quotidien Le Monde en date du mercredi 5 juin 2019. L’article pointe du doigt en revanche les phares de voitures, éclairages portatifs (en mode torche ou frontal) mais aussi les jouets. Voilà pourquoi l’Anses recommande à cet égard de limiter la mise à disposition des produits grand public au classement RG 1.

L’efficacité des filtres remis en cause
Concernant l’efficacité des protections disponibles sur le marché, l’Anses a confié au CSTB le soin d’effectuer plusieurs mesures. Les études montrent qu’aucune lunette n’est suffisamment efficace pour être considérée comme un équipement de protection contre les risques phototoxiques. En effet, l’atténuation varie entre 15 % pour les lunettes de vue et 60 % pour les verres jaunes orangés portés par les joueurs de jeux vidéo. Concernant les effets mélanopiques, seuls les verres des Gamers offrent un filtrage de l’ordre de 30% à 43%. Côté écrans, aucune efficacité réelle n’a été observée pour les écrans revendiquant une limitation de l’émission de lumière bleue. Voilà pourquoi, les experts de l’Anses préconisent de baisser la température de couleur (passage au blanc chaud) et celle de la luminosité des écrans afin de diminuer la quantité de bleu diffusée. Surtout, les experts recommandent de limiter l’exposition à des lumières bleues en recourant à des éclairages de couleurs chaudes avant le coucher et pendant la nuit.

Eliane Kan

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