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Santé et qualité de vie au travail

Une équipe de recherche française a créé de nouveaux matériaux pour améliorer l'isolation acoustique

Il s'agit d'un procédé breveté qui confère à n'importe quel matériau comme le bois ou le verre des performances élevées en termes d'isolation phonique. Mieux encore, un centimètre d'épaisseur suffit à piéger les basses fréquences. Ces nouveaux matériaux sont appelés notamment à réduire le bruit dans les espaces de travail.

Améliorer l’acoustique des lieux de travail peut être salutaire pour les salariés. En effet, les nuisances sonores sont connues pour générer des risques cardiovasculaires, des troubles du sommeil, de la perte de productivité, etc. Or, une fois les bâtiments construits, il est parfois difficile d’améliorer l’acoustique des lieux car cela peut réclamer des travaux d’aménagement longs et coûteux. D’où l’intérêt des recherches menées par une équipe de chercheurs de l’Institut Franche-Comté électronique mécanique thermique et optique – Sciences et technologies (Femto-st)* qui travaillent sur des « métamatériaux acoustiques », à savoir des matériaux combinant une faible épaisseur et de hautes performances au plan acoustique. 

Piéger les ondes dans les matériaux
« Nous avons développé un procédé protégé par deux brevets qui confère à n’importe quelle matière de nouvelles propriétés d’absorption acoustique », explique Abdelkrim Khelif, directeur de recherche CNRS au département Micro-Nano Sciences et Systèmes de l’institut Femto-st de Besançon. L’idée de ce chercheur consiste à créer à l’intérieur de matériaux existants tels que le bois, le verre ou le carton, des volumes ayant une certaine forme géométrique. « Ils agissent comme des pièges dans lesquels les ondes sonores, une fois captées, vont se dissiper dans le temps » ajoute Abdelkirm Khelif. Les panneaux ainsi réalisés se caractérisent par leur finesse puisqu’un centimètre suffit à isoler des basses fréquences. Ce qui évite de recourir à des isolants classiques comme les laines de verre ou de roche. Lesquels présentent deux limites : d’une part, ils nécessitent, à performances égales, des épaisseurs bien supérieures et, d’autre part, ces isolants doivent être dissimulés derrière des parois
, une fois posés.

Prochaine étape : créer des panneaux de quelques mètres carrés
Autre avantage des métamatériaux acoustiques, les « pièges » peuvent être gravés à la surface des panneaux par laser ou par des procédés de menuiserie. « Il est aussi possible de concevoir de toutes pièces des panneaux acoustiques par moulage ou par impression 3D », indique le chercheur. 
L’équipe a réalisé des démonstrateurs dont la surface ne mesure que quelques centimètres carrés. La prochaine étape consistera à réaliser des panneaux de quelques mètres carrés. Les premières étapes de développement ont été soutenues au plan financier par le CNRS à hauteur de 80.000 euros afin de pourvoir aux dépenses de fonctionnement, d’équipement et de recrutement. Abdelkirm Khelif compte tester de nouveaux démonstrateurs et les certifier avant de se lancer à la recherche d’industriels capables de fabriquer ces métamatériaux acoustiques. Premiers secteurs visés, les secteurs de la construction de bâtiments et de navires haut de gamme. Le chercheur prévoit de constituer une startup en janvier 2017 avec Aliyasin Elayouch, le doctorant de l’équipe, et Youssef Tejda, ingénieur au laboratoire. Le trio est épaulé par la Société d’accélération du transfert de technologies (Satt) Grand Est qui s’est impliquée dans l’étude de marché et la propriété intellectuelle. 

Eliane Kan

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