Gérer les risques
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Santé et qualité de vie au travail

Thierry Fassenot (Cnamts) : « Santé et sécurité au travail : il faut écouter davantage les opérateurs »

Ingénieur conseil à la direction des risques professionnels de la caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts), Thierry Fassenot nous explique comment les opérateurs de terrain mettent en œuvre la prévention. A l'occasion de l'Atelier des Préventeurs (5 octobre à Paris), il interviendra sur le thème « Les opérateurs terrain : de l’implication à l’application ».

Comment en êtes-vous venu à vous engager dans la prévention des risques professionnels ? 

Au départ, j’ai une formation d’ingénieur (Supelec) en électricité, électrotechnique et automatismes. J’ai commencé à travailler dans le pétrole, le raffinage, puis la fabrication de machines spéciales. Après 17 ans en entreprise, j’ai souhaité changer d’orientation et m’attacher à une meilleure prise en compte de l’aspect humain dans l’organisation du travail pour donner plus de sens à mon activité et contribuer à inscrire la performance humaine à son juste titre dans l’entreprise. En 2000, j’ai eu l’opportunité d’entrer comme ingénieur conseil en prévention à la Caisse régionale d’assurance maladie d’Alsace-Moselle. En 2007, je suis passé au national pour assurer le pilotage du réseau des caisses régionales sur les thèmes de la prévention du risque routier, des troubles musculosquelettiques (TMS) et le suivi en prévention des secteurs de la métallurgie et des transports notamment. A côté du pilotage du réseau, ce travail représente l’animation de commissions paritaires, la négociation avec les organisations professionnelles et syndicales sur les actions qui peuvent être menées dans les entreprises. Ces négociations englobent l’adoption de recommandations, des bonnes pratiques et des incitations financières pour donner aux entreprises les moyens de mettre en œuvre une prévention durable – au lieu de prendre des mesures au coup par coup.

Pour vous, qui doit mettre en œuvre la prévention des risques professionnels ?

Le but, c’est que tous les opérateurs puissent le faire ! Et que la prévention soit intégrée à l’activité de chacun. Mais cela présuppose un engagement fort de la direction de l’entreprise dans une démarche de performance globale. Dans ce cadre, la prévention doit s’insérer dans la définition de chaque poste à tous les niveaux. Ensuite, cette stratégie de prévention doit se déployer de la direction vers l’encadrement de proximité – qui doit être aussi partie prenante. Cet engagement doit se retrouver à tous les niveaux hiérarchiques et permettre à chacun d’exercer son activité en intégrant le prévention des risques rencontrés.

Comment l’approche systémique de la prévention en entreprise se construit-elle au niveau des opérateurs de terrain ?

Le terme « systémique » signifie que la prévention est intégrée et que, à chaque instant, elle a sa place. On dit « systémique » car l’entreprise fonctionne dans un contexte très tendu où l’on optimise tout ce qui peut l’être. Donc la moindre perturbation, le moindre aléas (une machine en panne, un retard de livraison…) doit être pris en compte à tous les niveaux car cela va modifier les opérations planifiées et demander une action de « récupération » de l’opérateur qui peut être confronté à de nouvelles situations de risque. En effet, en cas de perturbation, les opérateurs se focalisent sur ce qui vient d’arriver et pour rattraper la situation, pour tenir l’objectif, peuvent sous-estimer certains risques ou en voir apparaître de nouveaux. C’est dans ce type de cas que peuvent survenir des accidents. Tandis que, lorsque l’approche de la prévention est systémique, même en cas de perturbation, on sait conserver les gestes qui protègent. J’appelle cela les « savoir-faire de prudence ». Bien sûr, cela suppose que l’encadrement connaisse le travail réel des opérateurs et que la direction leur donne les moyens de faire remonter ces situations et les risques associés.

Comment passer de l’implication des collaborateurs à l’application de la stratégie de prévention ?

L’application n’existera que si la réalité des événements est connue de tous et pas uniquement de l’opérateur qui subit les problèmes. C’est lui qui connaît ce qui se passe dans la réalité quotidienne du travail. C’est lui qui sait que, de temps en temps, il y a un défaut d’approvisionnement, par exemple. Pour y parer, il va se constituer de petits stocks intermédiaires, développer des pratiques différentes de ce qui est prescrit… Ce type de parade doit être connu de la hiérarchie de sorte à reconfigurer l’organisation du travail pour faire face aux perturbations. Et ceci dans une perspective de prévention des risques. De fait, la prévention se décline selon deux axes. Celui de l’entreprise qui conçoit des éléments et des mesures pour que l’opérateur soit protégé. Et celui de l’adaptation aux conditions réelles pour lequel l’opérateur de terrain doit avoir les moyens de remonter ce qui se passe réellement sur le poste de travail, notamment ses difficultés à reconfigurer l’organisation travail face à un imprévu, tout en maintenant les mesures de prévention. Bien sûr, cela amène à modifier les processus opératoires pour que les perturbations arrivent le moins souvent possible et qu’on sache les traiter. En clair, il faut comprendre et prendre en compte toute la réalité des situations de travail.

Quels sont les pièges à éviter ?

Plaquer des organisations très définies par des objectifs de production mais sans prévoir les perturbations possibles et les mesures permettant de les prévenir. Autre piège : ne pas écouter suffisamment les opérateurs, ne pas leur allouer un espace de dialogue leur permettant de remonter les situations réelles, les contraintes, les difficultés… 

Comment faire participer l’ensemble des collaborateurs à la prévention des risques ?

Dans l’organisation du travail, il faut prévoir des moments où on va développer une certaine écoute. Il y a l’écoute individuelle dans le cadre d’un processus d’amélioration où l’on remonte non seulement ce qui ne va pas mais aussi ce qui peut être amélioré. C’est l’occasion de faire des propositions. Puis il y a l’écoute collective dans laquelle on implique les opérateurs dans des groupes de travail qui vont construire de nouvelles organisations : le changement d’une ligne de production, le positionnement de nouveaux équipements, l’enchaînement des processus… Tout ceci suppose que l’on s’assure que tous les opérateurs aient des notions en prévention. C’est-à-dire que lorsqu’ils arrivent dans l’entreprise, on les accueille en leur expliquant comment est organisée l’entreprise, quelles mesures de prévention y sont instaurées… On ira des mesures générales jusqu’aux mesures particulières.

Qu’attendez-vous de l’Atelier des Préventeurs ?

J’espère découvrir des expériences concrètes d’animation de la prévention, confronter différentes modalités de mise en œuvre. L’idée n’est pas de savoir ce qu’il faut faire mais surtout comment on le fait et comment cela se déploie et se répartit dans toute l’organisation du travail au sein de l’entreprise.

Propos recueillis par Erick Haehnsen

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