SST : des risques disparaissent, de nouveaux émergent

2020 marquera l’interdiction du mercure dans la fabrication des instruments d’observation. Représentant de graves menaces pour la santé humaine, cette substance n’est pas la seule à avoir vu son utilisation interdite ou drastiquement restreinte. C’est le cas, entre autres, de l’arsénite de sodium, du cadmium, du chrome hexavalent, du plomb et de l’amiante. Pour ces deux dernières substances, longtemps utilisées dans le bâtiment, le risque de nouvelles contaminations n’est pas complètement écarté. « Il s’est déplacé, par exemple, vers le secteur de la déconstruction des bâtiments, où les opérateurs sont susceptibles d’inhaler des poussières toxiques, souligne Nathalie Dedessus-Le-Moustier, maître de conférences en droit privé à l’Université de Bretagne Sud.

Confrontation entre le progrès technique et le droit du travail
Cette juriste est aussi co-auteure – avec Florence Douguet – d’un ouvrage publié chez Lavoisier en 2010, intitulé « La santé au travail à l’épreuve des nouveaux risques ». Parmi lesquels figurent les nanoparticules de carbone, d’argent, de dioxyde de titane, etc. Utilisés dans des secteurs très variés tels que l’agroalimentaire, les cosmétiques, l’électronique ou les produits de construction, ces nanomatériaux ont une granulométrie de l’ordre du milliardième de mètre. Ils possèdent des propriétés spécifiques très intéressantes pour l’industrie mais dont on ne connaît pas précisément les effets sur la santé. Entrant dans la catégorie des risques incertains, ils font l’objet d’une confrontation entre les impératifs du progrès technique et les contraintes de santé au travail. « Une des autres difficultés que posent ces nanoparticules, c’est que les entreprises ne savent pas forcément qu’elles les utilisent », soulève la juriste. En outre, on peut s’interroger sur l’efficacité des instruments d’évaluation des risques et des dispositifs de prévention.

Exposition chimique différenciée en fonction du sexe

Nathalie Dedessus-Le-Moustier s’intéresse aussi à l’impact de l’utilisation des produits chimiques contenant des substances mutagènes ou reprotoxiques, en particulier sur la santé des femmes. Il en est de même pour les risques psychosociaux (RPS). Or, la loi du 4 août 2014 n° 2014-873 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes prévoit que, dans le cadre de l’évaluation des risques, les entreprises doivent dorénavant tenir compte de « l’impact différencié de l’exposition au risque en fonction du sexe », rappelle Nathalie Dedessus-Le-Moustier. Elle cite ainsi l’exemple du secteur médical et hospitalier où les femmes, prépondérantes en nombre, ne sont pas suffisamment formées aux risques liés à la présence d’un public sensible. Or il est fondamental qu’elles sachent comment gérer une personne agressive et comment se comporter avec elle. Il est également nécessaire que l’encadrement soit formé et que soit mis en place un dispositif d’alerte avec numéro vert.

De nouvelles affections psychiques
De quoi limiter le nombre d’affections psychiques. Comme le rappelle l’auteure de l’ouvrage, les RPS ne sont pas nouveaux mais très peu sont déclarés, sachant qu’il n’existe pas de tableaux de maladies professionnelles leur correspondant. Cependant, les choses changent. Notamment avec la multiplication des cas de burn-out. Ce nouveau risque peut être lié à des changements organisationnels, associés à des modalités particulières de management, une charge de travail excessive ou encore une mauvaise qualité des relations au travail. Certains secteurs sont particulièrement touchés, à savoir le secteur social, l’éducation, la finance, l’administration et la santé. On voit également émerger un nouveau phénomène : le présentéisme. Il concerne des personnes qui viennent travailler alors même qu’elles sont malades. « C’est un phénomène qui touche notamment le secteur hospitalier », soulève Nathalie Dedessus-Le-Moustier, qui mène actuellement un projet de recherche sur le sujet.

Nathalie Dedessus-Le-Moustier est co-auteure d'un ouvrage
sur les nouveaux risques. © D.R.
Nathalie Dedessus-Le-Moustier est co-auteure d’un ouvrage
sur les nouveaux risques. © D.R.

La robotisation extrême expose davantage les opérateurs

L’industrie n’est pas épargnée par les nouvelles menaces. Aux risques traditionnels (coupures, chutes de plain-pied, brûlures etc.), viennent s’ajouter de nouveaux risques liés notamment à l’extrême robotisation des sites de production. C’est le cas chez Tesla, célèbre fabricant américain de voitures électriques de luxe, comme le relève Michel Héry, responsable de la mission Veille et prospective à l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS). Le constructeur a décidé de robotiser entièrement deux de ses sites de production. Et compte tenu des retards de production, il a décidé d’ouvrir une troisième usine associant hommes et machines. Or, comme les sites n’ont pas été conçus pour que des opérateurs y travaillent, Tesla fait face à des accidents graves, dus notamment à des heurts d’opérateurs par les robots. « A cela s’ajoute une exposition aux solvants d’autant plus importante qu’il n’existe pas de ventilation sur le site », soulève Michel Héry. En matière de robotisation, un autre risque pèse sur les usines : le cyberpiratage des machines. Pour en limiter les effets, le responsable de la veille technologique de l’INRS conseille aux entreprises de protéger les réseaux des cyberattaques et de prévoir des dispositifs, comme des barrières et cages de sécurité, pour protéger les piétons.

Des progrès à accomplir sur les exosquelettes
Des robots aux exosquelettes, il n’y a qu’un pas. Conçus pour limiter les risques de troubles musculosquelettiques (TMS), ces derniers sont de plus en plus utilisés dans l’industrie et le monde de la logistique. Néanmoins, ces dispositifs gagnent à être améliorés. En effet, les versions actuelles sont conçues pour dévier les pressions exercées sur les articulations vers une autre partie du corps qui risque, à son tour, de souffrir à long terme. A moins de neutraliser cette pression grâce à des capteurs et des actionneurs miniatures. « Ces améliorations devraient intervenir d’ici trois ans », explique Michel Héry, estimant que le surcoût induit sera compensé par des gains substantiels de productivité.

Eliane Kan

Les sites du constructeur Tesla mobilisent une armée de robots.
© Kuka
Les sites du constructeur Tesla mobilisent une armée de robots.
© Kuka

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