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Risques industriels et environnementaux

Sprinkleurs : une conjoncture difficile

Les Sprinkleurs ont fait la preuve de leur efficacité, mais la progression du marché a ralenti. Il va falloir explorer de nouvelles pistes...

Dans 85 % des cas, le déclenchement de seulement cinq têtes de sprinkleurs ou moins, aboutit à la maîtrise totale des départs d’incendie. C’est cette efficacité démontrée qui fait la force des sprinkleurs. Malgré ce chiffre, la réalité est en deçà des attentes. En effet, encore une fois, le marché des sprinkleurs en France n’est pas à l’échelle de ce qu’il est dans d’autres pays. Ainsi, à l’inverse des situations que l’on connaît dans d’autres pays, les systèmes d’extinction automatique à eau de type sprinkleur ont du mal à s’imposer sur de nouveaux marchés. Plusieurs raisons à cela : une prescription privée en dents de scie, un lobbying qui pourrait être meilleur, une réglementation à étendre, etc.
Certes, le Groupement français des installateurs et fabricants de sprinkleurs (GIS) annonce dans le dernier bulletin de la FFMI « des perspectives en termes d’ouvertures potentielles de marchés« . Mais, pour ajouter, un peu plus loin, que le GIS reste dans l’attente d’une concrétisation de ses espoirs. Comment concrétiser ces espoirs ? Cela passera par l’assurance qui est un véritable allié de la profession et par un travail de réflexion sur l’avenir du sprinkleur, les nouvelles technologies à explorer pour conquérir des parts de marchés et sur les mentalités qu’il faut faire évoluer et une reconnaissance par les pouvoirs publics via une nouvelle réglementation.

Deux types de marchés

« Les marchés auxquels s’adresse le sprinkleur se divisent en deux. Il y a, d’une part, celui où l’assureur est le prescripteur (industrie, logistique) et, d’autre part, celui où l’installation de sprinkleurs est imposée par la réglementation , comme pour les centres commerciaux d’une surface de vente de plus de 3 000 m2« , explique Patrick Abgrall, président-directeur général de Tyco Fire & Integrated Solutions France. Sur ces deux marchés, on rencontre cependant des taux d’équipement qui varient. On est à 100 % dans le cas ci-dessus. En ce qui concerne le secteur industriel, le taux avoisine difficilement les 20 %, selon Michel Coquard, responsable qualité et management chez Rodio J. Il est certain, en ce qui concerne les entrepôts et la logistique, que l’article 14 de l’arrêté 1510 favorise le développement de la protection par sprinkleurs. Les sprinkleurs sont tributaires de l’action des assureurs et de la réglementation. Or, on peut faire mieux.
Il faut mener des actions en profondeur pour aider ce matériel à affronter et intégrer la concurrence de nouvelles technologies qui, pour certaines, enlèvent des parts de marché aux sprinkleurs, en travaillant auprès des pouvoirs publics afin de proposer de nouvelles réglementations qui ouvriront de nouveaux marchés.

Une technologie atone ?

Pour Anthony Sèches, responsable commercial chez Rolland Sprinkleurs, “la dernière innovation remonte à une dizaine d’années en France : il s’agissait de la tête ESFR. Les innovations sont concentrées vers ce que les Américains appelent le ‘residential’. Ce marché, là-bas, est devenu pratiquement plus important que l’industriel. En France, il est quasi inexistant.” Les évolutions concernent aussi le gain de temps dans l’installation d’un réseau sprinklé et dans la facilité de la pose. Par exemple, Rolland Sprinklers propose désormais Rapidrop, qui se compose d’un flexible spiralé en inox avec deux raccords aux extrémités, d’un manchon spécial et d’une allonge, ainsi que d’une barre et de deux fixations. Rapidrop permet de positionner au mieux les sprinkleurs au niveau des plafonds suspendus. Son installation s’effectue en 10 à 15 minutes et ne nécessite pas de préparation ni de finition particulière.
Les fabricants de sprinkleurs observent donc ce qui se fait à l’étranger. Tout en s’intéressant à de nouveaux types de produits. Chez Rodio J, on porte une attention particulière au développement d’installations à brouillard d’eau afin de pouvoir proposer des solutions alternatives aux sprinkleurs, comme les salles informatiques, les tunnels, les locaux privés ou les archives. On le constate, les nouveaux créneaux à prendre par le sprinkleur et les potentialités commerciales sont hors des us et coutumes de la profession.
Même constat chez Tyco F&IS. Patrick Abgrall aimerait voir aboutir deux projets sur lesquels les professionnels travaillent depuis plusieurs années. Le premier concerne l’installation de sprinkleurs dans les zones de circulation des habitations (escaliers, couloirs), un peu à la manière de ce qui vient de se passer pour les Daaf. L’autre est plus avancée, elle vise, via un groupe de travail avec le CNPP, à créer des règles d’installation pour la protection dans les ERP de type J (locaux de sommeil). Les travaux du GIS et du CNPP ont abouti aux bases d’une spécification des sprinkleurs pour ces bâtiments. Mais, malgré leurs efforts, cette spécification n’est pas encore prise en compte par les pouvoirs publics.

Les Etats-Unis : l’Eldorado du sprinkleur ?

Il faut le reconnaître : la France est très en retard, en matière de sprinkleurs, par rapport aux pays anglo-saxons. Et, plus particulièrement, les Etats-Unis. Là-bas, les sprinkleurs sont même utilisés dans le secteur résidentiel. « Ils sont très en avance et depuis longtemps« , regrette Patrick Abgrall. « Les sprinkleurs sont obligatoires dans les maisons individuelles en fonction de la réglementation des Etats, et ce depuis très longtemps…« . De même, dans l’hôtellerie, où les Américains installent des sprinkleurs. D’ailleurs, les groupes hôteliers américains équipent leurs hôtels en France avec des sprinkleurs. Ce que confirme Michel Coquard pour les hôtels Hilton. Pourquoi ces différences ? Lobbying faible ? Des pouvoirs publics peu sensibilisés à l’extinction automatique à eau ? Des assureurs en retrait ?

Un faisceau de freins…

En France, les pompiers se soucient principalement de l’évacuation des personnes lors d’un incendie. Or, s’ils étaient plus convaincus de l’efficacité des sprinkleurs, ils auraient un véritable rôle de prescripteurs au sein des commissions de sécurité. En outre, même si les assureurs restent les premiers prescripteurs, Patrick Abgrall craint que, dans les deux années à venir, ils se mettent un peu en retrait, « car il existe actuellement, et cela devrait durer un peu, une concurrence forte dans le monde de l’assurance. Dans ce contexte, il est évident qu’ils seront moins enclins à demander des efforts à leurs assurés pour les conserver ou pour remporter de nouveaux contrats. Si l’on ajoute à cela le fait qu’en France, on construise moins de grands sites industriels et que le nombre de centres commerciaux est limité… Cette conjoncture n’aidera pas notre activité dans les mois qui viennent. »

Un avenir incertain…

Il va donc falloir travailler sur de nouveaux marchés. En France, les professionnels regardent vers le secteur agroalimentaire qui est assez peu équipé. Des actions de médiatisation sont menées par Rodio J dans ce secteur, avec l’expérience de la société Senoble qui vient de faire équiper son nouveau dépôt froid grande hauteur par Rodio J. On constate aussi que les dirigeants d’entreprises sont de plus en plus sensibles à la protection de l’outil de production, pour maintenir les flux de production et la chaîne de fabrication, en particulier les sous-traitants. C’est un bon levier pour leur vendre du sprinkleur. Le développement du marché passe aussi par un lobbying plus efficace. C’est la mission de l’European Fire Sprinkler network qui rassemble fabricants et installateurs.
La terre promise est peut-être le marché du particulier. Mais il faudra une aide des pouvoirs publics. Puis, être capable de vendre des sprinkleurs aux particuliers. Or, pour Michel Coquard, il paraît difficile d’imposer à un particulier de s’adresser à un installateur certifié. Les lois du marché étant ce qu’elles sont, on peut imaginer que le particulier se tournera vers des intervenants issus d’autres univers, le sanitaire ou le climatique, par exemple, qui lui proposeront, en plus, des sprinkleurs raccordés sur le réseau d’eau public.

En savoir plus

Cet article est extrait du Magazine APS 149 – numéro de Mars 2006.
Pour plus d’information sur nos publications, contactez Juliette Bonk .

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