Six projets récompensés pour prévenir les inondations

Comme chaque année, les collectivités locales du sud de la France redoutent un  »épisode méditerranéen ». En effet, chacun se souvient des terribles inondations à Cannes, Antibes, Vallauris, Biot et Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes) qui, dans la nuit du 3 au 4 octobre, ont fait une vingtaine de morts. A Cannes, il était tombé 180 mm de pluie en 3 heures – dont 107 mm en à peine 1 heure – ! Et c’est à cette même période de l’année que l’Association française des établissements publics territoriaux de Bassin (AFEPTB) et le ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer (MEEM) tiennent à Lyon ce lundi 17 octobre les Ateliers Previrisq Inondations 2016 à la Cité-Centre des congrès de Lyon.

Un appel à projets lancé en 2015
Dans le sillage de la stratégie nationale de gestion du risque d’inondation élaborée en 2014, de la mise en place de la gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (Gemapi) et des stratégies locales de prévention des risques, un appel à projets a été lancé en 2015. Celui-ci a porté sur les politiques publiques intégrées, la gestion des divers risques, les liens entre recherche et gestion des risques, les expériences ayant une valeur internationale. Un comité de pilotage a été mis sur pied afin de regrouper l’Académie de l’eau, l’Association française pour la prévention des catastrophes naturelles (AFPCN), la Société hydrotechnique de France (SHF), le MEEM), l’Institut national de recherche en sciences pour l’environnement (Irstea) – qui est également organisateur du colloque FLOODrisk qui aura lieu du 17 au 21 octobre à Lyon également) pour recueillir des exemples et encourager d’autres initiatives. Pour sa part, un jury indépendant a analysé les 18 projets retenus à l’issue de l’appel à projets et a sélectionné 3 projets primés et 3 projets à mention spéciale.

 »Isère amont » : un projet qui protège 300.000 personnes
Vainqueur incontestable, le projet  »Isère amont » revêt une ampleur jugée exceptionnelle. Porté par le Syndicat mixte des bassins hydrauliques de l’Isère (Symbhi), il s’étale sur toute la vallée du Grésivaudan, en amont de Grenoble. « Tout au long de 50 kilomètres, ce programme d’aménagement comporte des systèmes d’endiguement ainsi que la mise en place de zones d’expansion des crues qui ne sont pas constructibles – mais susceptibles d’être exploitées pour l’agriculture. Pas moins de 16 zones ont ainsi, été aménagées sur une surface de 3.500 ha. En outre, 250 ha de forêts alluviales (qui supportent d’être inondées) sont en cours de création, explique Marc Forêt, président du jury. Cet investissement, encore en cours de montage, représente 135 millions d’euros. La première phase, qui a été initiée en 2004, est achevée. La seconde vient de démarrer. Ce qui est remarquable, c’est que 29 communes de la vallée du Grésivaudan y ont participé. Cet énorme travail de concertation et de négociation concerne une population de 300.000 personnes. »

Délocaliser une zone industrielle
Pour sa part, le secteur portuaire de Redon (Ille-et-Vilaine) ressemble à un grand nombre de villes françaises : créée il y a une trentaine d’années, sa zone industrielle de 40 ha se trouve en zone inondable. « Après avoir étudié toutes les politiques de protection par endiguement, à savoir des travaux très lourds, la communauté de communes et l’EPTB ont remis en cause cette zone industrielle pour décider d’engager la délocalisation des entreprises qui y sont présentes, poursuit Marc Forêt. Des études ont été effectuées pour déterminer une nouvelle zone industrielle en terrain non inondable. Quant à la zone initiale, implantée en zone Natura 2000, elle sera remise à l’état naturel. » Reste qu’après concertation, les acteurs locaux recherchent des financements afin d’aider les entreprises à se relocaliser dans la nouvelle zone. « Le montage n’est pas encore complètement achevé. Les entreprises vont quand même devoir mettre la main au portefeuille, reprend Marc Forêt. Cela dit, elles avaient été très touchées par la crue catastrophique de 2014. » BTP, réparation de poids lourds, pièces automobiles, entreposage logistique… 12 entreprises (dont 6 en activité réduite) devront déménager. Le rachat du foncier, la délocalisation des entreprises, la déconstruction de leurs anciens bâtiments et la reconstruction des nouveaux coûteront 3,5 millions d’euros.

Cartographie interactive des crues en Franche-Comté

Initié en 2004, l’Observatoire de l’hydrologie de Franche-Comté est loin d’être une structure classique. Porté conjointement par l’Etat, via la Dreal, et par l’EPTB Saône-Doubs, il s’agit avant tout d’une plateforme régionale d’information sur les inondations et les démarches engagées par l’Etat et les collectivités sur la prévention des risques. « Cette démarche de longue haleine envisage aujourd’hui de s’étendre à la Bourgogne, suite à la fusion des deux régions, précise Marc Forêt. L’observatoire dispose de moyens informatiques puissants avec un système de cartographie interactive où chacun peut savoir, pour tel type de crue, s’il peut faire face ou non. Cet outil sert autant à la prévention qu’à la gestion des risques en matière de constructibilité et de protection contre les crues. » Ajoutons que, pour un budget annuel de 67.000 euros, toutes les modélisations de crue sont aussi en ligne et que ce projet s’inscrit en complément de la Base de données historiques sur les inondations (BDHI).

Détecter la menace en zones dénuées de stations de mesure
Parmi les mentions spéciales, la  »méthode de détection des pluies extrêmes et d’anticipation des crues sur les cours d’eau non surveillés » de l’Irstea trouve son actualité dans les crues torrentielles qui concernent les rivières dénuées de capteurs de niveau d’eau et de débit. Baptisé Aiga, le système de l’Irstea s’appuie sur les radars météo et sur ses très grandes capacités de calcul. Autre projet, certes modeste mais méritant, l’appui à la gestion concertée de crise et à la mise en place d’une aide à l’élaboration des Plans communaux de sauvegarde (PCS) et des Dossiers d’information communale sur les risques majeurs (Dicrim) sur le bassin versant de l’Ardèche, porté par le Syndicat mixte Ardèche Claire et l’EPTB Ardèche Claire. « Ce projet aide concrètement les communes à élaborer leur PCS en bénéficiant d’une aide au diagnostic et d’ateliers thématiques. De cette manière, le territoire de l’Ardèche va être entièrement couvert par des PCS approuvés », remarque Marc Forêt. Enfin l’EPTB Loire a reçu la mention spéciale pour son action visant à réduire la vulnérabilité aux inondations des monuments historiques et autres biens patrimoniaux sur le bassin de la Loire et ses affluents. Une initiative originale et intéressante car les directives et financements européens exigent la prise en compte des dimensions sociales, humaines et culturelles dans les dispositifs de prévention et de protection contre les crues.

Erick Haehnsen


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