Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Sûreté et sécurité

Sécurité : lumière sur l’intelligence artificielle au CES de Las Vegas

Chaque année, le salon mondial de l’électronique grand public apporte son lot d’innovations. Intelligence artificielle, objets connectés, composants électroniques : l’édition 2019 n’a pas déçu avec, en prime, une forte présence de start-up françaises.

Maison connectée, voiture autonome, écrans TV déroulants, plateformes de santé numériques, drones, intelligence artificielle…du 8 au 11 janvier, la cuvée 2019 du Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas (Nevada, Etats-Unis) a attiré 180 000 visiteurs, 4 000 exposants et 1 000 conférenciers. Parmi les exposants, la France tient une place à part avec 425 entreprises présentes dont 380 start-ups – dépassant ainsi pour la première fois le contingent américain de jeunes pousses. Notamment grâce aux pavillons de Business France et de la French Tech, mais aussi les régions comme la Bretagne, le Grand Est et Auvergne Rhône Alpes. Sans compter les sociétés comme Engie, l’Institut Mines-Télécom ou La Poste.

Sécuriser les réseaux d’IoT

Côté sécurité, citons la start-up française Acklio qui sécurise les réseaux sur lesquels sont branchés les objets connectés (IoT). Fondée en 2016 par deux chercheurs, Alexander Pelov et Laurent Toulain, issus de Télécoms Bretagne (devenue IMT Atlantique), la jeune pousse est en train d’imposer un standard mondial. En effet, Acklio, actuellement hébergée par l’incubateur d’IMT Atlantique, propose une couche logicielle d’interopérabilité entre les différents réseaux Low-Power Wide-Area Network (LPWAN), à savoir les liaisons sans fil à faible consommation énergétique comme 6LoWPAN, Ant/Ant+, Blue Tooth Low Energy (BLE), Dash7, Enocean, Insteon, One-Net, RuBee, WiBree, Z-Wave, ZigBee… Les informations collectées par les IoT deviennent alors compatibles avec le protocole IP qui permet déjà d’échanger des données entre les ordinateurs et les périphériques. Cette technologie devrait intéresser les fabricants de systèmes de sécurité (vidéosurveillance, contrôle d’accès, détection d’intrusion, lutte contre le feu, etc.). La start-up, qui emploie quinze salariés, a reçu le prix « coup de cœur » décerné par Engie et Wavestone. Et pour cause, grâce à son standard international, elle a développé un produit de réseau avec le géant américain Cisco !

A gauche, Marianne Laurent responsable marketing d'Acklio
sur le stand de la Bretagne au CES de Las Vegas. © D.R.
A gauche, Marianne Laurent responsable marketing d’Acklio
sur le stand de la Bretagne au CES de Las Vegas. © D.R.

La première serrure LiFi au monde

Autre start-up française prometteuse : Havr, créée en octobre 2017 par Simon Laurent et Alexandre Ballet, deux ingénieurs de l’Université technologique de Compiègne (UTC). La jeune pousse a inventé la première serrure connectée par LiFi, le réseau qui passe non pas par Wifi ou BLE, mais par la lumière du smartphone. Un procédé plus sûr et moins facile à pirater. « Nous avons déposé quatre brevets sur le produit et la technologie, explique John Mears, directeur des opérations de Havr. Le procédé consiste à transmettre un code d’ouverture modulé dans la lumière du smartphone vers un capteur à fibre optique qui va le détecter dans le boîtier de la serrure. »
« En 2018, nous avions présenté au CES notre prototype. Cette année, nous y avons exposé notre produit industriel », reprend John Mears. Cependant, Havr reste une start-up du logiciel : la fabrication industrielle des produits est sous-traitée. Tout d’abord à Thirart, une ETI basée dans la Somme, spécialisée depuis 100 ans dans la fabrication de cylindres de sécurité. Ensuite à Kaertech, basée aux Philippines et à Hong-Kong, qui fabrique la partie IoT. Pour sa part, Havr assure la conception du système global, de l’application smartphone et du tableau de bord pour gérer les comptes utilisateurs, les serrures, l’état des batteries, les accès et les alertes en cas de tentative d’intrusion. L’offre est actuellement en phase de test chez Enedis et au sein du laboratoire pharmaceutique Ibsen.

La start-up ne se contente pas d’ouvrir la serrure connectée
grâce la lumière. Elle propose également un outil complet
de gestion des accès en ligne. © Havr
La start-up ne se contente pas d’ouvrir la serrure connectée
grâce la lumière. Elle propose également un outil complet
de gestion des accès en ligne. © Havr

L’IA à tous les étages

Cette année, l’intelligence artificielle était omniprésente. A tel point que, « d’ici quelques années, on n’en parlera probablement plus [car] elle se sera fondue dans presque l’intégralité des produits intégrant du logiciel et des données, analyse Olivier Ezratty, consultant en nouvelles technologies qui couvre le CES depuis 2006. Dès qu’un produit ou un usage génère des données, chiffres, textes, voix, musique ou images, l’IA peut les exploiter pour réaliser des prédictions, de la segmentation, de la classification, de la reconnaissance d’objets dans les images, vidéos et le langage. » On assiste donc à la poursuite de l’intégration de blocs fonctionnels adaptés au Deep Learning dans les micro-processeurs aussi bien côté serveurs que dans l’embarqué. « Nvidia domine nettement ce marché côté serveurs mais il est bien plus ouvert dans l’embarqué. Tous les grands fournisseurs de processeurs de smartphones s’y sont également mis : après HiSilicon/Huawei et Apple, c’était au tour de Samsung, Qualcomm et Mediatek d’intégrer des Neural Processing Unit (NPU) dans leurs processeurs pour mobiles », poursuit le consultant.

HiSilicon/Huawei a exposé Kirin 980, son processeur à réseaux
de neurones (NPU) pour mobiles, gravé en 7 nanomètres.
© Huawei
HiSilicon/Huawei a exposé Kirin 980, son processeur à réseaux
de neurones (NPU) pour mobiles, gravé en 7 nanomètres.
© Huawei

Sécuriser les objets connectés

De son côté, la start-up israélienne Firedome a développé une solution logicielle qui se déploie sur de nombreux appareils domestiques, même déjà installés. L’intérêt étant de faire en sorte que ces équipements s’adaptent en permanence aux nouvelles cybermenaces, y compris les menaces en déni de service ou en cryptojacking. Autrement dit, Firedome propose un agent de protection proactif qui réagit à l’évolution constante du paysage du risque cyber. La solution est alimentée par une IA en ligne, elle-même épaulée par une équipe d’analystes en cybersécurité.

Firedome déploie un logiciel relié à une IA en ligne
soutenu par une équipe de spécialistes de la cybersécurité
pour sécuriser les objets connectés. © Firedome
Firedome déploie un logiciel relié à une IA en ligne
soutenu par une équipe de spécialistes de la cybersécurité
pour sécuriser les objets connectés. © Firedome

La réalité augmentée pour piloter les drones

Une autre start-up israélienne, Edgybees, a fait le choix de recourir à la réalité augmentée (RA) collaborative pour améliorer la compréhension des scènes dynamique. En fait, ce procédé fusionne la vision par ordinateur, l’analyse de données multi-capteurs et la génération vidéo 3D pour fournir une couche visuelle simple d’informations en temps réel et de haute précision. Autrement dit, Edgybees apporte une clarté instantanée sur une situation donnée, même dans les environnements opérationnels les plus complexes. Cette solution de réalité augmentée est appliquée, entre autres, au pilotage de drones. De quoi intéresser les sociétés de sécurité. Parmi ses investisseurs et partenaires, Edgybees compte déjà Motorola, Verizon, Deloitte et Agile Defense.

Erick Haehnsen

Mieux comprendre une situation donnée dans un environnement complexe en utilisant la réalité augmentée devient un avantage
pour le pilotage de drones. ©  Edgybees
Mieux comprendre une situation donnée dans un environnement complexe en utilisant la réalité augmentée devient un avantage
pour le pilotage de drones. ©  Edgybees

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