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Risques industriels et environnementaux

Sécurité incendie | L’industrie hôtelière n’a plus que quelques semaines pour se mettre aux normes

La réglementation s’est durcie en matière de sécurité incendie pour l’industrie hôtelière. Les consignes se sont multipliées pour prévenir les incendies mortels.

Le 4 août, l’ensemble des établissements hôteliers devra être conforme aux règles imposées par l’arrêté du 24 juillet 2006. Déjà appliqué aux nouveaux établissements, ce texte a été pris à la suite de l’incendie mortel du 15 avril 2005 survenu durant la nuit à l’hôtel Paris-Opéra. Vingt-cinq personnes, dont onze enfants, y ont péri. Cet hôtel cumulait les handicaps en matière de protection incendie : absence de cloison coupe-feu et de dispositif d’évacuation des fumées, et présence d’un seul escalier pour évacuer les occupants. Pour autant, l’établissement était conforme à la réglementation d’alors. D’où la volonté des pouvoirs publics de revoir les règles en vigueur afin de garantir la sécurité des occupants d’un hôtel.

Exigences renforcées

Les modifications de la réglementation impactent essentiellement les hôtels de cinquième  catégorie. C’est-à-dire ceux qui accueillent moins de 100 personnes et qui constituent l’essentiel du parc hôtelier. « Les grands hôtels comportent systématiquement plus de portes, de personnel, d’escaliers », précise Chantal Prieur, chef du service Incendie et handicap à l’agence de Paris du Bureau Véritas. Les hôtels de cinquième catégorie présentent également un visage multiple, de l’hôtel haut de gamme à celui d’arrière-cour, avec des configurations variées.

La plupart d’entre eux comportent seulement un escalier, l’un des points sensibles de la sécurité incendie. L’arrêté demande plus de rigueur aux hôteliers, notamment sur la mise à jour de leur registre de sécurité et sur l’encadrement avant, pendant et après travaux. Quant à ces derniers, l’arrêté renforce les exigences sur certains points (escaliers, portes, revêtements, blocs autonomes d’éclairage de sécurité, système de sécurité incendie et leur détecteur, consignes au public) afin que les hôtels garantissent une sécurité optimale à leurs occupants.

Au cœur des outils, le système de sécurité incendie (SSI) regroupe les matériels servant à collecter toutes les informations ou ordres liés à la seule sécurité incendie, à les traiter et à effectuer les fonctions nécessaires à la mise en sécurité de l’établissement. Des fournisseurs proposent une solution globale, pour que les hôteliers n’aient qu’un seul interlocuteur, pour l’installation comme la maintenance (par exemple Siemens Cerberus, Aviss, Legrand, Chubb Sécurité, Nugélec, Finsecur, Tyco Fire Protection Services France, etc.).

Détecter l’incendie

Objectif de la prévention des incendies : favoriser l’évacuation des occupants de l’hôtel sans incident ni panique. Ainsi, plus vite l’alarme est-elle donnée, plus vite peut commencer la course contre le feu. L’installation de détecteurs est donc la première pierre à poser dans l’édifice de la sécurité incendie. Détecteurs de fumées et détecteurs de chaleur sont installés dans les circulations horizontales communes et dans les locaux à risque de l’immeuble. Gérard Cros, gérant du Sport Hôtel, un établissement de 44 chambres situé dans le 12e arrondissement de Paris, en a ainsi installé dans tous les lieux de stockage, la cuisine, la laverie, la chaufferie.

Un certain nombre d’incendies est dû à des problèmes électriques, notamment à cause de l’ajout successif d’appareils. « En réalisant régulièrement une mesure dans les armoires électriques par thermographie infrarouge, ceci permettra d’identifier tout début d’échauffement », recommande Benoît Sallé, expert en assistance conseil dans le secteur incendie – explosion à l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS). Ces détecteurs sont reliés à une centrale, conventionnelle ou adressable, qui déclenche la sirène d’évacuation. « Les systèmes adressables identifient de quel détecteur provient l’alerte », précise Franck Lorgery, responsable développement chez Tyco Fire Protection Services France.

Les premières évacuations peuvent, ainsi, être concentrées sur les espaces proches de l’incendie. De plus, les pompiers bénéficient d’informations plus précises dès qu’ils arrivent sur le site, données d’autant plus précieuses que l’hôtel est grand. Cette précision complète, voire compense, la multiplication des informations données désormais par les occupants de l’hôtel via leur téléphone portable. « Aujourd’hui, la moindre fumée provoque quinze appels différents, parfois contradictoires », commente Daniel Vernier, directeur de la sécurité du groupe Pierre & Vacances. Les sirènes prennent ensuite le relais, parfois associées à des flashes lumineux. Bien que ces derniers ne soient pas encore requis par la réglementation, leur usage se développe pour alerter les personnes sourdes.

Des hôtels qui n’en sont pas
L’arrêté du 24 juillet 2006 est destiné aux établissements recevant du public (ERP) qui proposent une activité de sommeil. Une part de l’industrie hôtelière y échappe pourtant. Les hôtels résidences, par exemple, sont parfois constitués de logements en copropriété, un régime juridiquement différent puisque soumis au code de l’habitat. C’est notamment le cas de la résidence du Golf à Courchevel, qui est gérée par le groupe Pierre & Vacances. Cette résidence a connu un incendie important, en mars 2011, qui s’est propagé par l’extérieur à cause d’un matelas en flammes jeté sur le balcon. Les occupants du dernier étage ont été évacués par les coursives extérieures. L’hôtellerie de plein air dispose, elle aussi, de ses propres règles, précisées par les arrêtés préfectoraux. Chaque région, chaque terrain, présente, en effet, des risques différents. Les mesures mises en place concernent l’information du client, les moyens d’alerte mis en place (du porte-voix pour petits campings au haut-parleur avec groupe électrogène pour les plus grands), ainsi que le plan d’évacuation des clients.

Blocs lumineux autonomes

L’évacuation est d’autant plus délicate que les réactions humaines ne sont pas toujours appropriées. En effet, l’occupant d’un hôtel cherche à prendre instinctivement le seul chemin qu’il connaisse, c’est-à-dire celui qu’il a pris pour rejoindre sa chambre. Or, si celui-ci est bloqué car touché par l’incendie, l’occupant risque de se sentir perdu et de céder à la panique. Une information claire est donc de mise. Tout d’abord, des panneaux dans les chambres, en plusieurs langues si celles-ci sont occupées par un public cosmopolite, donnent les premières consignes. Ceux-ci sont complétés par un panneau en bande dessinée, pour les personnes ne sachant pas lire ou d’un panneau en langue étrangère. Une fois dans le couloir, les gens sont guidés par des blocs lumineux autonomes qui indiquent la sortie la plus proche. Si l’hôtelier a choisi un système adressable, les blocs autonomes indiquent la sortie la plus éloignée de l’incendie. Dans les grands hôtels, ce système évite également que les personnes se concentrent toutes dans les mêmes issues. « Les systèmes d’évacuation sont pensés pour le public, mais négligent souvent les salariés en sous-sol », alerte Benoît Sallé de l’INRS. « On sous-estime les dispositions à mettre en place, comme d’éviter les encombrements, surtout devant les portes, on y oublie les fléchages d’évacuation. »

Portes coupe-feu

L’évacuation sera facilitée, les fumées mortelles canalisées, l’incendie plus facilement maîtrisé si les flammes et les fumées sont circonscrites. L’hôtel est donc cloisonné de tous côtés. La cage d’escalier tout d’abord, par laquelle le feu risque de se propager aux différents étages, dispose, à chaque communication, de portes coupe-feu (Malerba, Boullet, mais aussi Lapeyre, La Plate-Forme du Bâtiment, Point P, etc.). Si les chambres ouvrent directement sur l’escalier, il faut créer un sas intermédiaire, ce qui oblige à réduire la taille des chambres, voire à en supprimer. « Nous voyons donc s’accumuler des investissements très lourds et une baisse du chiffre d’affaires », déplore Jean-Paul Rousseau, gérant de l’hôtel Saint-Jacques, à Paris. Les portes coupe-feu sont également obligatoires dans les couloirs, dès que ceux-ci mesurent plus de 10 mètres, et à chaque entrée de pièce.

En complément des portes, l’hôtelier peut installer des écrans mobiles, intégrés dans le faux-plafond et déployés si besoin, ainsi que des rideaux pare-flamme et coupe-feu. Dans le cas de bâtiments très proches, par exemple, les rideaux sont tirés devant les vitrages, pour les protéger. « Cette mesure empêche la propagation de l’incendie aux immeubles voisins », précise David Maillart, responsable recherche et développement chez Souchier. L’ensemble de ces portes coupe-feu est également destiné à isoler l’occupant dans sa chambre, s’il n’a pu en sortir à temps, pour qu’il attende les secours protégé des flammes et des fumées pendant au moins une demi-heure. Les portes de la cage d’escalier, généralement ouvertes et reliées à la centrale de détection incendie, se ferment en cas d’alerte. Le désenfumage de l’escalier est alors enclenché.

« Le désenfumage évite à la fumée de tuer les occupants, elle permet aussi aux secours de pénétrer dans l’immeuble et limite l’embrasement du bâtiment par les gaz chauds accumulés en toiture, en les évacuant », explique Rodolphe Godin, responsable marketing et communication chez Hexadome.

Ne pas négliger la formation

Pris par l’urgence, peu d’hôteliers prennent le temps de former leur personnel dès leur arrivée. Pourtant, l’erreur humaine est souvent source de drame. Ouvrir une porte exposée au feu ou vouloir jouer les héros risquent de mettre en danger les salariés comme les occupants de l’hôtel. « Les salariés doivent suivre une formation tous les six mois, notamment sur le fonctionnement des extincteurs, la façon d’évacuer l’hôtel, les pratiques à risque, comme encombrer les portes coupe-feu », indique Pierre Billault, responsable de la filière formation ERP IGH au Centre national de prévention et de protection (CNPP). Pour éviter le stress des hôteliers, il conseille de répéter les exercices, afin de créer les automatismes et les bons réflexes. Malheureusement, ces formations et exercices sont réalisés en situation diurne, quand l’hôtel comprend beaucoup de personnel et peu d’occupants, alors que les incendies mortels se déroulent majoritairement la nuit, avec beaucoup d’occupants et seulement le personnel de garde. C’est pourquoi les consignes affichées dans les chambres restent primordiales.

Commission sécurité incendie

Tous ces points sont complexes pour un non-spécialiste. Et l’hôtelier n’est pas libre dans son choix des solutions à mettre en place. Selon la surface de l’hôtel, sa configuration, son emplacement, la nature des pièces, la réglementation impose un type de détecteurs, alarmes, blocs autonomes, portes coupe-feu. C’est pourquoi, avant travaux, l’hôtelier reçoit la commission de sécurité incendie de sa commune, qui indique les travaux à faire. Cette commission, qui comporte notamment un pompier, intervient également après travaux pour les valider.

Pour choisir les solutions, l’hôtelier doit obligatoirement se faire accompagner d’un coordinateur SSI. Celui-ci se charge de la conception du SSI, rédige le cahier des charges, avec plans de zones à destination des installateurs, réalise quelques visites pendant le chantier, et valide l’installation avant le passage du bureau de contrôle. Pièce maîtresse de la procédure : le procès-verbal. « Lequel comprend tous les documents relatifs aux matériels choisis et à leur installation », indique Antoine Delafosse, du cabinet de coordination SSI Assisco, qui liste notamment la réception technique, le dossier d’identité du SSI avec les plans, les documents concernant le cahier des charges initial, le procès verbal de réception, les attendus de la commission sécurité. Ce dossier est fondamental puisqu’il sera utilisé par le bureau de contrôle, la commission sécurité, et sera présenté lors des contrôles ultérieurs. De plus, si le système doit être modifié quelques années plus tard, les intervenants disposeront de toutes les informations nécessaires sur l’existant.

Pierre & Vacances joue la carte de la prévention

L’avantage d’un groupe comme Pierre & Vacances est de disposer d’une assise financière suffisamment importante pour pouvoir investir dans la sécurité incendie au-delà de ce que le règlement demande. Daniel Vernier, directeur de la sécurité du groupe, cherche, en effet, à identifier des risques particuliers ou des risques généraux non encore intégrés à la réglementation, pour anticiper sur l’évolution de celle-ci. Par exemple, l’hôtelier s’est interrogé sur l’utilité d’installer un détecteur dans chaque chambre et appartement. « Nous en avons installé dans une résidence, reliés entre eux et à une centrale de télésurveillance », indique le directeur sécurité.
« Nous en avons également installé dans un hôtel IGH (immeuble de grande hauteur), reliés à un système adressable. » Résultat, le SSI peut annoncer un départ de feu chambre 1245, une précision très utile pour adopter une réaction sur mesure. Le groupe a dû néanmoins rassurer les commissions de contrôle sur le fait que ces initiatives ne perturbent pas le respect de la réglementation en vigueur.

Une liberté de choix relative

Le choix du matériel et des prestataires reste néanmoins du domaine de l’hôtelier, bien que les devis soient obligatoirement validés par le coordinateur SSI selon le cahier des charges. Seuls les produits qui portent la marque NF présentent la garantie de répondre aux normes actuelles. Mais il arrive qu’en raison de l’évolution des technologies, les normes évoluent. « Les systèmes incendies sont complexes. Vouloir ajouter à des produits datant de plus de dix ans de nouveaux produits peut créer des problèmes de compatibilités », prévient Jean-Paul Henri, spécialiste de la sécurité incendie à la direction des Techniques et des méthodes de la Socotec. Ce que Gérard Cros, de Sport Hôtel, confirme : « J’ai dû installer des portes coupe-feu et de nouveaux détecteurs, mais qui étaient incompatibles avec la centrale incendie. Résultat, j’ai dû tout changer : câbles, centrale, détecteurs et balisage, pour un montant de 75 000 euros. »

Pour choisir les produits et leurs installateurs, l’hôtelier peut se faire aider par un assistant à maîtrise d’ouvrage. Celui-ci présente l’avantage de connaître les installateurs fiables, d’éviter à l’hôtelier une dérive des coûts. « Nous en profitons pour convaincre l’hôtelier de transformer cette contrainte de mise aux normes en opportunité », indique Saïd Mectoub, de SM Conseil. « C’est l’occasion de rendre son hôtel plus cosy, plus agréable à vivre. » Ou comment, à partir d’une obligation coûteuse, donner de la valeur à son patrimoine.


© Anne Desblaches, TechnoChroniqueurs Associés

3 500 fermetures annoncées

Unanimes, les autorités et les syndicats d’hôteliers craignent que 3 500 hôtels, soit 30 % du parc existant, ne puissent appliquer la nouvelle réglementation et soient obligés de fermer. Claude Dauma , président de la Fédération autonome générale de l’industrie hôtelière touristique (FAGHT) indique que « les hôteliers doivent gérer trois normes successives : incendie, classement hôtelier et loi handicap. L’incendie et le handicap engendrent des coûts sans retour sur investissement. Je conseille donc aux hôteliers de réaliser une étude pour identifier si leur établissement pourra supporter le coût global des mises aux normes, pour qu’ils préparent leur éventuelle fermeture dans les meilleures conditions possibles. » Bertrand Lecourt, président de l’Union des métiers des industries de l’hôtellerie (UMIH), donne ainsi l’exemple d’hôtels estimés à 350 000 euros et dont les travaux cumulés de mise aux normes s’élèveraient à 400 000 euros. C’est pourquoi il demande aux autorités de repousser la date limite de l’application du règlement incendie – 4 août 2011 – pour que les hôteliers puissent associer les travaux incendie et les travaux handicap. Obtiendront-ils ce sursis comme ils ont obtenu des concessions pour le règlement incendie ? La réglementation avait, en effet, initialement prévu de demander à tous les hôtels de construire un deuxième escalier. Mais face à l’impossibilité technique que cela représentait généralement, les hôteliers ont obtenu que le cloisonnement de l’escalier existant suffise.

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