Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

Samya Bellhari-Trahin : « TMS : diversifier les actions pour toucher tous les collaborateurs »

Interview de l’ergonome et psychologue du travail chez FM Logistic (CA : 1,075 milliard dont 63% à l’international ; 5 700 salariés), certifiée ergonome européen. Dans le cadre de l’Atelier des Préventeurs (6 juin à Paris), elle nous livre son expérience dans la prévention des risques. A ce titre, elle a conçu des jeux et travaille à la conception d’un dispositif d’aide à la manutention de charges lourdes avec l’Université Technologique de Compiègne (UTC).

Dans le cadre de l’Atelier des Préventeurs (6 juin à Paris), Samya Bellhari-Trahin nous livre son expérience dans la prévention des risques. A ce titre, elle a conçu des jeux et travaille à la conception d’un dispositif d’aide à la manutention de charges lourdes avec l’Université Technologique de Compiègne (UTC).

Quels sont vos enjeux en matière de sécurité et de santé au travail (SST) ?
Mon poste a été créé il y a quatre ans à la direction de la transformation Qualité, hygiène, sécurité et environnement (QHSE), sûreté et douanes, afin d’enrichir et poursuivre les enjeux SST qui avaient été bien entamés. A savoir réduire l’accidentologie. Et prévenir les maladies professionnelles. En effet, le secteur de la logistique est très accidentogène. Or, FM Logistic a quasiment divisé par deux le nombre d’accidents du travail (AT) passant en 2013 de 349 AT à 242 en 2017 alors que l’entreprise n’a cessé de grandir. En 2013, le taux de fréquence (nombre d’accidents par rapport au nombre d’heures travaillées x 1 million) était de 71 contre 44 en 2017. L’autre enjeu majeur porte sur l’amélioration des conditions de travail. Cette démarche a démarré en 2006, quand le document unique a été mis en place. Tous les trois ans, une nouvelle feuille de route est délivrée à l’ensemble de nos plateformes logistiques. Ces engagements sont pris par la direction QHSE en partenariat avec la direction générale en France qui les fait respecter en donnant aux sites les moyens pour atteindre les objectifs fixés.

Quelles ont été les grandes étapes de la démarche SST ?
En 2010, nous avons adopté le logiciel Acciline de chez Ayming. Avec cet outil d’enregistrement des AT, l’entreprise a structuré sa démarche. Elle dispose d’une consolidation des chiffres d’AT et de leurs causes. C’est à partir de ces chiffres qu’il est possible de prendre les bonnes décisions d’amélioration. Il y a aussi un système de notification d’alerte. Concrètement, les membres du comité de direction France, les chefs de projet de la direction QHSE ainsi que le directeur et le DRH de la plateforme… tout le monde reçoit par mail en temps réel l’alerte d’un accident avec arrêt de travail qui est survenu. C’est un système d’alerte continu.

En sortez-vous des statistiques nationales ?
Oui. Par exemple, pour l’année 2017, nous pouvons dire que les manutentions manuelles, donc le port de charges ou de colis, sont à l’origine de 57% des AT. Ensuite, les accidents dus à des collisions entre les piétons et les chariots élévateurs ou entre deux engins sont de 32%. Quant aux risques machine et aux malaises, ils sont de 8% chacun. Enfin, il y a aussi les accidents du travail bénins : coupures, chocs, chutes de plain-pied.

Avez-vous mis au point des outils pédagogiques ?
En fait, nous avons commencé en 2016 par une série de quatorze affiches reprenant nos quatre principes fondamentaux en SST : vivre ensemble, respecter les équipements, travailler avec prudence, circuler avec vigilance. Chacun de ces principes a été décliné en trois ou quatre affiches. En complément, nous avons réalisé un film de huit minutes en trois partie : le témoignage un peu « trash » d’un salarié – encore présent dans l’entreprise – ayant subi un accident important sur une de nos plateformes ; la présentation des règles à suivre ; et les solutions ainsi que les axes d’amélioration et les bonnes pratiques. Ce film a été vu par 100% des collaborateurs du groupe sur la période 2016-2017. Sur chaque plate-forme, le responsable QHSE recevait des équipes de 10 à 20 personnes pour le visionner afin de susciter des échanges et des débats. Sur le principe des affiches, nous avons réalisé l’année dernière quatorze fiches mémo sur nos fondamentaux SST sous forme de questions/réponses. Ce jeu a été distribué à tous les chefs d’équipe.

Avez-vous approfondi la démarche des jeux ?
Oui, avec des moniteurs-formateurs, une responsable QHSE et moi, nous avons conçu le module ludo-éducatif « Protéger votre capital santé au travail » sous la forme d’un jeu de plateau. C’est une manière de rajeunir le module de formation « Gestes et postures ». 30 mallettes de jeu ont ainsi été fabriquées. L’ambition, c’est que tous les collaborateurs soient formés à cette thématique grâce à la mallette d’ici 2019. A cet égard, nous avons formé une trentaine de moniteurs-formateurs à ce module.

Comment intervenez-vous dans la conception d’équipements de protection pour le port de charges lourdes ?
Nous avons testé un certain nombre d’équipements innovants d’aide à la manutention. Nous avons ainsi acheté une ceinture lombaire ainsi qu’une trentaine d’ergosquelettes chez quatre fabricants. Ces dispositifs de suppléance ont été utilisés sur plusieurs sites. Aucun ne convient réellement. D’où l’idée de co-construire notre propre solution avec l’Université technologique de Compiègne (UTC). Le prototype sortira en juin, au bout d’un an de travail. En septembre, nous débuterons la campagne d’essais sur plusieurs plateformes logistiques.

Quels sont vos objectifs pour 2018 ?
Mettre en place la nouvelle norme de sécurité et santé au travail ISO 45001 sortie en mars dernier. Nous avons déjà formé tous les directeurs de plateforme, tout le comité de direction France ainsi que l’ensemble des directeurs de département.

Propos recueillis par Erick Haehnsen

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