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Santé et qualité de vie au travail

Première édition française du Top 60 des rôles modèles LGBT+ et allié·e·s au travail

Les discriminations en raison de l’orientation sexuelle reculent peu à peu en entreprise. Quitte, parfois, à recourir à un psychologue d’entreprise et à inscrire le respect des différences dans le règlement intérieur.

A l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre l’homophobie, ce vendredi 17 mai, l’Autre Cercle, l’association française référente pour l’inclusion des personnes LGBT+ (Lesbiennes, Gays, Bisexuel·le·s, Transgenres, Intersexes et toute autre orientation sexuelle ou identité de genre) au travail, vient de révéler la liste des 60 rôles modèles et allié·e·s LGBT+ en France lors d’une cérémonie qui a réuni 500 décideur·e·s du monde économique ou engagé·e·s sur la thématique. Organisée avec OUTstanding, qui réalise l’équivalent dans le monde anglo-saxon depuis cinq ans avec le Financial Times, cette première édition française a permis de recueillir pas moins de 115 candidatures. Parmi elles, 60 personnalités ont été sélectionnées par le jury.

Sortir de l’invisibilité
Selon le rapport de la Human Rights Campaign (HRC) Foundation (2018), aux États-Unis, 46% des salarié·e·s LGBT+ disent être « dans le placard » au travail. Toutes les enquêtes antérieures en France concluent que deux tiers d’entre eux ne sont pas visibles. Alors qu’être « invisible » n’est pas propice à l’épanouissement et à l’expression de tous les talents, être visible confronte certains LGBT+ aux tabous et aux LGBT-phobies. « Je fais partie de la famille des transgenres. Mes copines disent que je suis transsexuel. Je vis en nana depuis une vingtaine d’années. Parfois, je redeviens homme. Je me fais alors traiter de « transgenre binaire ». On me reproche de « rétrograder » ! Je m’en fous. Je suis borderline. Je ne suis pas de toutes les manifs du troisième genre mais j’essaie de donner une autre image des trans. C’est mon cheval de bataille », livre Brigitte Boréale qui, pour lier la parole au geste, a produit un clip à l’occasion des présidentielles de 2017 avec une dizaine de trans rassemblé·e·s dans le Groupement international des grandes gueules nyctalopes (GIGGN) pour élire à la fois un président et un gouvernement tout en proposant une nouvelle constitution en 69 articles.
Après une maîtrise de philosophie et de psychologie, Brigitte Boréale a démarré sa carrière de journaliste dans les « Grandes affaires », entre autres à Libération. « Je fais partie d’une génération stigmatisée. A chaque fois que j’étais en femme, je risquai de me retrouver au poste, poursuit-elle. Le jour, j’étais homme. La nuit, j’étais femme. La nuit ou le jour, je ne vivais qu’à moitié. En 2001, j’ai décidé d’être Brigitte Boréale. » Tous les journaux dans lesquels elle avait travaillé l’ont interviewée. Elle était de tous les plateaux TV, dont feu le Grand Journal de Canal+. Coqueluche des médias mais pas des rédacteurs en chef. « Aucune rédaction n’envoie une trans en conf’ de presse à l’Élysée. »

Des secteurs avancés
Dans certains secteurs, comme la mode et le luxe, être gay n’est pas nécessairement synonyme de frein de carrière. « Je travaille dans la mode et l’habillement car la communauté gay y est très présente, reconnaît Arnaud, la trentaine, responsable décoration pour une grande marque d’habillement. Je n’ai jamais été ennuyé par mon orientation sexuelle. D’autant que ce type d’entreprise valorise la diversité des orientations sexuelles ainsi que la promotion des femmes aux postes de haut niveau. En revanche, il peut y avoir des discriminations sociales. Mieux vaut provenir du XVIe que du « neuf-trois ». » Il n’empêche. La culture de la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) fait évoluer les mentalités. En témoigne, sous couvert d’anonymat, le responsable des affaires sociales d’une multinationale française. « Il y a deux ans, Clotilde, directrice marketing d’une de nos filiales, annonce à sa DRH qu’elle va bientôt s’appeler Jean-Marie. Son PDG en tombe des nues. Pris de panique, ne sachant comment s’y prendre avec Clotilde, il refuse de la recevoir. » Malaise dans tout le comité de pilotage. La DRH recourt alors à une psychologue qui, en quelques séances collectives et individuelles, dédramatise la situation et remet les pendules à l’heure : Jean-Marie aura naturellement les mêmes qualités et compétences professionnelles que Clotilde. « Au final, l’équipe a le sentiment d’avoir progressé, de s’être enrichie au plan humain. »

Revoir l’organisation des entreprises
Certes, une plus ou moins grande tolérance s’installe dans les entreprises à l’égard des personnes LGBT+ (lesbiennes, gay, bi, trans). « Je n’ai jamais rencontré le moindre problème de discrimination au travail », explique, quand même sous couvert d’anonymat, Hermine, haut fonctionnaire à Bercy qui héberge l’association Coming-G, des couleurs pour le Minefi. Reste que, dans bien des cas, les homosexuel·le·s et les trans doivent raser les murs. Bien sûr, pas question de reformater les neurones des homophobes. « Cependant, l’entreprise peut installer un cadre qui, dans le règlement intérieur, indique les principes à respecter sous peine de sanctions prévues et se donner les moyens de repérer les dérives lorsqu’elles se produisent, souligne Jean-Claude Delgènes, PDG du cabinet Technologia, spécialisé dans la transformation managériale des organisations. Les entreprises peuvent aussi installer une commission ad hoc, incluant une personne volontaire de la DRH ainsi qu’un ou deux représentants du personnel et du CSE. » L’idée, c’est que les personnes discriminées puissent la saisir afin que la règle soit rappelée en montrant qu’il n’y aura pas de tolérance en cas de non respect. Pour se familiariser à l’intérêt de la diversité, rendez-vous à la Marche des Fiertés le 29 juin prochain à Paris !

Erick Haehnsen

Les lauréats de la première édition française du Top 60 des rôles modèles LGBT+ et allié·e·s au travail
Parmi les lauréat·e·s de cette première édition française, on trouve dans la catégorie « Rôle Modèles LGBT+ dirigeant·e·s », Didier Schil, directeur délégué du groupe Atlantic) ; Sophie Delannoy, directrice du développement sud-est d’Auchan Retail France ; Sébastien Petit, directeur Social Media Europe de Blizzard Entertainment. Dans la catégorie « Rôle Modèles LGBT+ leaders », citons Jean-Marie Boutin, directeur associé chargé des relations institutionnelles d’Accenture et Valérie Hallouin, responsable de projets RH chez Renault. Enfin, dans la catégorie des Allié·e·s, Jean-Laurent Bonnafé, administrateur directeur général de BNP Paribas, Nicolas Sekkaki, président d’IBM France et Patrick Dixneuf, directeur Général d’Aviva Europe et Aviva France, ont également été récompensés.

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