Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Pics de pollution : les plus longs et intenses depuis 10 ans

Circulation alternée en Île-de-France pendant 5 jours, imposée à Lyon pour la première fois. Interdiction pour les vieux véhicules de circuler à Grenoble... les pics de pollution que nous connaissons cet automne sont les pires que l'on ait eu depuis 2006. Bien sûr, les transports sont mis en cause mais ils ne sont pas les seuls responsables.

« Pas de bol, il fait beau ! » Cette phrase pourrait devenir habituelle en raison de la multiplication annoncée de pics de pollution tant en Île-de-France que dans d’autres villes européennes, comme le rapporte l’Agence européenne de l’environnement (AEE) dans son rapport 2016. En effet, le temps ensoleillé que nous avons connu depuis le 30 novembre dernier est dû, selon Airparif (qui mesure la qualité de l’air en l’Île-de-France), à la présence d’un anticyclone ainsi qu’à l’absence de vent. Cet anticyclone qui a couvert une grande partie de l’Europe se caractérise par une très grande masse d’air froid, sec et lourd qui accumule les polluants comme les particules fines et les plaque au sol. Principalement en l’Île-de-France où l’indice Atmo de qualité de l’air a été au niveau  »mauvais » ou  »très mauvais » pendant une dizaine de jours. Airparif qualifie cet épisode de pollution comme « le plus long et le plus intense jamais observé en hiver depuis 10 ans ». En Île-de-France, la circulation automobile alternée a duré 5 jour. Et, pour la première fois, elle a été imposée à Lyon ce vendredi 8 décembre. A Grenoble, les voitures immatriculées avant 1997 ont été interdites de circulation, de même que les poids lourds et autocars antérieurs à 2001 ainsi que les deux-roues datant d’avant 2000.

Pollution atmosphérique : 467.000 décès prématurés en Europe chaque année

Cette situation est partie pour durer. Malgré un légère dépression qui a apporté un peu de pluie durant ce week-end dans le nord du pays, la situation anticyclonique devrait reprendre pendant au moins une quinzaine de jours, selon Météo France. Outre la toux ainsi que l’irritation des yeux et de la gorge, la pollution atmosphérique chronique est aussi dangereuse que les pics observés actuellement. En cause, les particules fines, d’un diamètre inférieur à 10 micromètres (PM10) jusqu’ à 2,5 micromètres (PM2,5) qui pénètrent profondément dans l’appareil respiratoire et les autres organes, en particulier le cœur. Ce qui accroît le risque d’affections cardiovasculaires ou de cancers du poumon. Pis, ces particules fines traversent la barrière placentaire. En d’autres termes, elles sont susceptibles d’affecter les fœtus… De son côté, une étude de Santé publique France, indique que la pollution aux particules fines provoque 48.000 morts par an dans notre pays. Autant que l’alcool ! Pour sa part, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) dénonce régulièrement les effets de la pollution atmosphérique sur la santé des Européens, en particulier dans les zones urbaines. Dans son rapport 2016 intitulé Air Quality in Europe, l’agence estime que la pollution atmosphérique demeure le plus grand risque écologique pour la santé en Europe, engendrant une baisse de la qualité de vie du fait des maladies et des quelques 467.000 décès prématurés qu’elle provoque chaque année.

La circulation routière n’est pas la seule fautive
Les particules fines proviennent en majorité des activités humaines : industrie extractive, chauffage, transport automobile, utilisation d’engrais dans l’agriculture… Dans les villes, les concentrations de polluants sont très élevées près des axes routiers. Pourtant, selon Airparif, le trafic automobile ne représente que 28% des émissions de PM10 à Paris et dans sa proche banlieue. A peine plus que le chauffage des particuliers et des entreprises (26%). Le bois qui ne représente que 5% du chauffage est responsable de 88% des particules fines de l’ensemble du chauffage. A cet égard, la préfecture de police de Paris a interdit « l’utilisation du chauffage individuel au bois d’appoint ou d’agrément », durant le pic de pollution. Rappelons que l’usage des cheminées aurait dû être banni dans la capitale en 2015 mais Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, la jugeait « excessive » et « ridicule ». En revanche, une étude scientifique vient de montrer que dans les vallées de Haute-Savoie, le chauffage au bois émet 85% des particules fines. Bien loin devant le trafic routier ou l’industrie.

Les mesures prises par le gouvernement
Participant au Conseil des ministres extraordinaire réuni ce samedi 10 décembre, Ségolène Royal a présenté une série de mesures destinées à lutter contre la pollution atmosphérique. Tout d’abord, l’extension de la prime de conversion vers des véhicules électriques qui sera étendue aux utilitaires et aux taxis pour un montant de 10.000 euros. Jusqu’ici, les professionnels pouvaient bénéficier d’un bonus écologique de 6.000 euros. Dès l’an prochain, cette subvention sera rallongée de 4.000 euros s’ils mettent leurs vieux véhicules diesel au rebut. Dans la foulée, la ministre a rappelé l’existence d’une prime de 1.000 euros pour l’achat d’un scooter électrique à partir du 1er janvier. A côté de ces primes, Ségolène Royal, a annoncé l’obligation d’apposer sur tous les véhicules le  »certificat qualité de l’air », à savoir des vignettes de couleurs différentes selon le niveau de pollution du véhicule dans les zones à pics de pollution réguliers. Par ailleurs, les préfets pourront, en cas de pic de pollution, prendre des mesures de restriction du trafic en fonction du niveau d’émission des véhicules. Et non plus seulement sur la base des plaques d’immatriculation aux numéros pairs ou impairs. Parmi les mesures gouvernementales à l’étude, citons l’aide de 200 euros pour l’acquisition de vélos à assistance électrique ainsi que la gratuité d’accès des péages autoroutiers pour les véhicules électriques.

Erick Haehnsen

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