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Risque incendie

Notre-Dame de Paris : le dispositif des pompiers pour sauver la cathédrale

400 sapeurs-pompiers, dont une vingtaine à l’intérieur de la nef en proie aux flammes, drones, robots d’assistance et de lutte contre l'incendie… la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris a lutté des heures pour sauver la cathédrale et ses précieux trésors. Retour sur une nuit de combat intense.

« [En tant que pompier de Paris] on ne s’imagine pas un jour intervenir pour sauver Notre-Dame », a confié à « La Dépêche » ce mardi 16 avril le lieutenant-colonel Gabriel Plus, porte-parole des pompiers de Paris, devant les cendres encore fumantes de la cathédrale. Depuis la veille, l’escadron de soldats du feu a lutté sans relâche contre les flammes qui ont ravagé le monument. L’incendie, qui a notamment détruit la charpente longue de plus de 100 mètres et baptisée « la forêt », a concrétisé l’un des scénarios catastrophes les plus redoutés des pompiers. Bâti fragile, œuvres historiques, matériaux nobles et précieux, structures interdépendantes… comment les sapeurs-pompiers de la Brigade de Paris sont-ils intervenus pour sauver les vestiges de la première Dame de France ?

400 pompiers mobilisés
Tout a commencé lundi 15 avril à 18h50 dans les combles de la cathédrale où le feu s’est propagé avec une vitesse déconcertante à l’ensemble du toit, embrasant la charpente et engloutissant dans les flammes la fameuse flèche de 90 m de hauteur. A brûle-pourpoint, 400 pompiers sont dépêchés sur le parvis du monument, armés de dix-huit lances à incendie, certains juchés sur des bras mécaniques à des dizaines de mètres de hauteur. Plusieurs drones équipés de caméras ont également été déployés par la police nationale afin de repérer les principaux foyers. Objectif : limiter la propagation du feu avant qu’il ne soit trop tard.

Les eaux de la Seine au secours de Notre-Dame
« Il a fallu faire les bons choix très rapidement, en prenant en compte le vent, les travaux, les moyens hydrauliques… Il fallait reprendre le dessus [sur le vent et] sur le temps qui a, dès le début, joué contre nous », confie le lieutenant-colonel Gabriel Plus. Techniquement, l’eau était pompée directement depuis la Seine, située à quelques dizaines de mètres, à bord de petites embarcations reliées à d’immenses tuyaux. Si de nombreuses personnes -y compris Donald Trump dans un tweet- se sont demandé pourquoi l’usage de bombardiers d’eau n’a pas été envisagé, la Sécurité civile a en fait opposé son veto : « Le largage d’eau par avion sur ce type d’édifice pourrait en effet entraîner l’effondrement de l’intégralité de la structure ». Quant aux hélicoptères, il leur est interdit de survoler des métropoles comme Paris, pour des raisons de sécurité. Pour attaquer l’épicentre du foyer, une vingtaine de sapeurs-pompiers se sont engagés dans les deux tours pour attaquer l’incendie depuis l’intérieur. « C’est ce qui a permis de sauver l’édifice. Nous savons depuis ce matin que cela s’est joué à un quart d’heure près », estime Laurent Nuñez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, durant sa prise de parole.

Sauver à tout prix les deux tours
Lorsque les pompiers ont réalisé qu’il était impossible de sauver la toiture, les efforts se sont concentrés sur les deux beffrois, c’est-à-dire la partie qui supporte les tours. « Imaginez : si la charpente des beffrois est fragilisée, ce sont les cloches qui s’effondrent ! », se remémore le porte-parole des pompiers de Paris. Après quelques heures d’une angoisse palpable, Jean-Claude Gallet, le commandant de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, a annoncé vers 22h50 que les « deux tours de Notre-Dame étaient sauvées » et sa structure « sauvée et préservée dans sa globalité ».

Evacuer les biens les plus précieux
Autre enjeu, et pas des moindres : la sauvegarde de biens d’une valeur inestimable à l’intérieur de Notre Dame. Parmi les trésors sauvés in extremis des flammes, la Sainte-Couronne d’épines, la tunique du roi Saint-Louis ainsi que des objets liturgiques et de très rares manuscrits ont été confiés au Louvre. Autre miracle, aux dernières nouvelles, Vincent Dubois, l’organiste titulaire du grand orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris, a annoncé que l’instrument était a priori sauvé. »

Un robot en éclaireur
« Puis, à partir du moment où la flèche menaçait de s’effondrer, nous avons retiré les personnes qui étaient engagées à l’intérieur en les remplaçant par un robot qui permettait […] de faire baisser la température à l’intérieur de la nef », poursuit Gabriel Plus. Ce courageux robot, le Collossus de Shark Electronics, a été envoyé à l’intérieur de la nef. Ce robot d’assistance technique et de lutte anti-incendie est équipé de caméras qui lui permettent de réaliser des missions de reconnaissance lorsque les températures sont trop élevées pour une intervention humaine. Piloté à distance par un opérateur, le Collossus circule à 6 km/h. Il est pourvu de chenilles pour franchir les obstacles et peut également tracter jusqu’à 200 mètres de tuyaux d’eau, soit près de deux tonnes, malgré ses 450 kilos.

Des enjeux architecturaux
Enfin, mardi matin dans les lueurs de l’aube, les pompiers ont assuré que l’incendie était « complètement maîtrisé » et « partiellement éteint », seuls des « foyers résiduels » demeurant encore actifs. « Le péril du feu étant écarté, le sujet est « bâtimentaire » : [il s’agit de] savoir comment la structure va résister au très grave incendie de cette nuit », a déclaré Laurent Nuñez, devant la presse peu avant 7h00 du matin. De fait, une réunion s’est tenue à 8h00, rassemblant « des experts, des architectes du bâtiment de France, pour essayer de déterminer si la structure est stable et si les sapeurs-pompiers peuvent s’engager à l’intérieur pour continuer leur mission », a-t-il ajouté.

Ouverture d’une enquête pour destruction involontaire par incendie
Pour rappel, si les causes de l’incendie ne sont toujours pas connues, les enquêteurs penchent pour un « départ de feu accidentel » depuis le chantier en cours sur le toit de la cathédrale. Une enquête a d’ailleurs été ouverte pour « destruction involontaire par incendie », a annoncé le parquet de Paris. Quant aux ouvriers du chantier, ils ont été auditionnés dans la nuit par les enquêteurs, toujours selon le parquet.

Ségolène Kahn

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