Gérer les risques
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Santé et qualité de vie au travail

Matthieu Petit (Eose) : « TMS : poser le bon diagnostic pour réussir la démarche de prévention »

Président d'Eose, un cabinet conseil spécialisé dans l’amélioration des conditions de travail et la qualité de vie au travail, Matthieu Petit interviendra le 6 juin 2018 lors de l'Atelier des Préventeurs sur la nécessité d'établir un diagnostic pertinent pour définir un plan d'action et les moyens à mettre en œuvre, dans le cadre d'une démarche de lutte contre les troubles musculosquelettiques (TMS).

Cela fait 30 ans que des formations en gestes et postures sont déployées dans les entreprises. Or, les cas de troubles musculosquelettiques (TMS) ne cessent d’augmenter. Cela ne traduit-il pas un problème de diagnostic ?
En matière de prévention des risques, les entreprises ont tendance à fractionner le sujet. Or le travail doit être vu comme un tout, avec des contraintes aussi bien physiques que psychologiques et organisationnelles pesant sur les salariés. Pour établir le bon diagnostic, qui permettra de mettre en place des solutions durables, il faut avoir un regard transversal de façon à comprendre et analyser les situations de travail en étant au plus proche de la réalité. Au-delà d’un problème de diagnostic, la logique de réparation a longtemps prévalu sur la dynamique de prévention. Intégrer le plus en amont la prise en compte des contraintes professionnelles dans la conception du travail est le véritable enjeu pour enrayer l’augmentation des maladies professionnelles.

Poser un bon diagnostic réclame d’évaluer correctement l’état de santé des salariés et de l’entreprise. Mais comment s’y prendre ?
Comme je l’ai recommandé précédemment, l’entreprise doit avoir une démarche globale et non fragmentée. Le suivi des indicateurs sociaux tels que le nombre d’absences, les arrêts de travail ou les remontées de plaintes, peut constituer des signaux d’alerte d’une situation qui se dégrade. En complétant avec les facteurs de risques tant de ses salariés que de ses situations de travail, on peut alors évaluer l’état de santé de l’entreprise et des salariés. Sur ces sujets, il ne faut pas hésiter à s’appuyer sur l’état de l’art qui définit les facteurs de risques. Ils sont, entre autres, induits par l’âge, l’activité, la répétitivité du geste ou les charges à porter, ou encore par l’organisation du travail. Pour que le diagnostic soit complet, je recommande aussi d’instaurer une veille sur la santé physique et psychologique des salariés. Le rôle des chefs d’équipe ou des managers est primordial pour collecter les données du terrain et les remonter. Dès lors, l’entreprise peut s’appuyer sur un faisceau d’informations pour poser son diagnostic et évaluer sa propre santé. Les arrêts de travail d’employés en souffrance peuvent avoir un impact sur sa productivité et donc sa performance économique.

Comment garantir une vraie compréhension des situations de travail et un recensement des facteurs de risques ?
Il faut passer du temps avec les salariés afin de comprendre leur activité et avoir une vision concrète de leur travail. Cela passe par une observation et des échanges informels sur le terrain. En général, cette démarche rencontre un retour positif des salariés et participe à faire émerger des solutions consensuelles et pérennes. Ensuite, il faut organiser des entretiens individuels et collectifs afin de compléter l’analyse tirée du terrain. Cette méthode de diagnostic participatif et collaboratif peut être complétée par un point de vue extérieur pour avoir un regard croisé. Concernant les facteurs de risque, je recommande aux préventeurs de s’appuyer sur les outils existants et sur leur expérience ainsi que celle des salariés. Il existe différentes grilles de lecture fournies notamment par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), qui recense de manière exhaustive les différentes contraintes professionnelles à l’origine, de près ou de loin, des TMS.

Comment intégrer les facteurs psychosociaux et organisationnels dans l’analyse ?
Dès l’instant que l’on s’attache à analyser l’ensemble des contraintes du salarié et de ses situations de travail par l’utilisation de grilles de lecture, les risques psychosociaux (RPS) seront forcément abordés. Cela confirme l’importance d’avoir une analyse la plus transversale possible. L’intégration de ces grilles de questionnement et d’analyse, les observations et les échanges sur le terrain permettent d’être exhaustif et de diminuer ainsi les risques d’erreur de diagnostic.

Propos recueillis par Eliane Kan

Matthieu Petit interviendra le 6 juin 2018, dans le cadre de la 2e édition de l’Atelier des Préventeurs.

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