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L’Europe de la sécurité veut accélérer les projets d’innovation pour garantir sa souveraineté

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Les Rencontres AGIR ont eu lieu ce mardi 28 novembre à Station F (Paris). © Agence TCA

Pour leur troisième édition, les Rencontres AGIR (Accompagnement par la gendarmerie de l’innovation, de l’industrie et de la recherche) organisées sous l’égide du ministère de l’Intérieur, viennent d’avoir lieu ce mardi 28 novembre à Station F (Paris). A savoir le plus grand campus au monde qui rassemble plus de 1 000 start-up, 30 programmes d’accompagnement et 150 fonds de capital risque… Proposées à l’initiative de la cellule innovation de la gendarmerie nationale, les Rencontres AGIR entendent favoriser l’accélération des programmes d’innovation dans la sécurité-sûreté et la cybersécurité, partager des solutions et découvrir des cas d’usage. En lien avec les administrations ainsi que les forces ministérielles et interministérielles, l’objectif des Rencontres vise à regrouper la communauté des innovateurs de la Gendarmerie, les unités spécialisées, les directeurs de projets des futurs équipements et les partenaires industriels. Il s’agit aussi de partager les besoins de la Gendarmerie, d’appuyer les démarches capacitaires et de découvrir des solutions potentielles.

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Station F rassemble 1 000 start-up, 30 programmes d’accompagnement et 150 fonds de capital risque. © Agence TCA

1,6 milliard d’euros pour la recherche et l’innovation en sécurité

Cette année fut l’occasion d’organiser des tables rondes dont « L’Europe : accélérateur de projets et garantie de souveraineté ». L’occasion aussi de mettre en exergue que Horizon Europe, doté d’une enveloppe de 95,5 milliards d’euros sur le période 2021-2027, est le programme de soutien à la recherche le plus important au monde. Dont 25 milliards pour la recherche fondamentale, 5,53 milliards pour la recherche appliquée et 13,6 milliards pour le soutien à l’innovation. « Sur ce montant, la sécurité mobilise 1,6 milliard d’euros sur la période au profit de quelque 1 700 projets, resitue Nicolas Bessot, chef d’unité pour la recherche en innovation et sécurité à la Direction générale de la migration et des affaires intérieures de la Commission européenne (DG Home). Il faut rappeler qu’en majorité, les Etats membres n’ont pas de programme de recherche et de soutien à l’innovation en matière de sécurité-sûreté et cybersécurité. » Le cluster 3 « Sécurité civile pour la société » du pilier 2 « Problématiques mondiales et compétitivité industrielle européenne » d’Horizon Europe vient combler ce manque.

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Nicolas Bessot, chef d’unité pour la recherche en innovation et sécurité DG Home. © Agence TCA

Un volet sur les catastrophes

Pour en bénéficier, « il convient en premier lieu de répondre à des critères d’ancrage terrain, c’est-à-dire au besoin des utilisateurs, dont ceux de la Gendarmerie. Ensuite, la solution proposée doit être transfrontalière ou au moins européenne. Et faciliter le développement de projets collaboratifs entre industriels, laboratoires de recherche et société civile », poursuit Nicolas Bessot. Parmi les thématiques retenues, citons la gestion des risques de catastrophes (environnementales, industrielles, technologiques, biotechnologiques…) à probabilité faible mais à impact fort. Les recherches concernées incluent les méthodes d’intervention d’urgence par les primo-intervenants (pompiers, secouristes, sécurité). La recherche concerne également les catastrophes elles-mêmes et le cycle de gestion, dans le but de concevoir des plans d’intervention à même de sauver des vies de manière économe et efficace. Une attention particulière est accordée aux pandémies et aux risques NRBC (nucléaires, radiologiques, bactériologiques, chimiques) mais également aux événements climatiques et géologiques (tremblements de terre, volcans, tsunami).

Support aux politiques de sécurité de l’Union

Autre thématique majeure : le cluster comprend « le support aux politiques sur la sécurité de l’Union européenne », décrit Nicolas Bessot. Dans le détail, ce support comprend la protection des frontières extérieures (aériennes, terrestres et maritimes) ainsi qu’une meilleure connaissance des besoins transfrontaliers et des migrations (légales ou illégales). Autre aspect : la protection des espaces publics, dont la détection d’armes, ainsi que la gestion des alertes et des foules. Également à l’étude, les contre-mesures en cas d’attaque, l’analyse de données en temps réel. Mentionnons aussi la sécurité et la résilience des infrastructures ainsi que des fonctions sociétales vitales : santé, police, énergie, mobilité, services publics et financiers, infrastructures de communication (terriennes ou spatiales)…

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Nicolas Bessot, chef d’unité pour la recherche en innovation et sécurité DG Home. © Agence TCA

La cybersécurité à l’honneur

Les projets de recherche et d’innovation concernent aussi bien l’analyse de risques et de vulnérabilités que des outils pour les acteurs de la sécurité. Autre thématique poids lourd : la cybersécurité dont les projets de recherche incluent l’auto-réparation, l’intelligence artificielle, la cryptographie, l’informatique et le stockage massivement distribués, les technologies quantiques… Les travaux de recherche visent aussi à répondre aux enjeux de menace en développement comme les attaques contre la démocratie et les élections, les fake news, les faux et les manipulations en ligne. En outre, les principes architecturaux « Security by Design » et « Privacy by Design » des produits et services sont appelés à se généraliser.

PCN : une entrée pour un accompagnement personnalisé

« Horizon Z-Europe est le seul programme au niveau mondial à faire collaborer industriels, autorités publiques, forces de police/gendarmerie et société civile. Le problème, c’est que la France perd du terrain dans les programmes de recherche, déplore Julien Tenedos, coordinateur et point de contact national (PCN) pour le programme Sécurité Horizon Europe au ministère de l’Enseignement supérieur. Pour notre part, nous proposons un accompagnement personnalisé aux porteurs de projets qui souhaitent développer leur innovation au niveau européen en les aidant à trouver des partenaires, à répondre aux appels à projets, à participer à des événements entre les académiques et les forces de police/gendarmerie. » Quant aux programmes, leur enveloppe est généralement comprise entre 3 et 6 millions d’euros. Ils rassemblent 15 à 30 partenaires qui ont chacun un rôle précis. Ce qui réduit d’autant la complexité que chacun doit gérer pour mener sa part du consortium. « Il existe aussi des financements de la part de Bpifrance, des régions et de l’Agence nationale pour la recherche et la technologie (ANRT) pour aider à déposer des projets européens », reprend Julien Tenedos. Reste qu’il faut prévoir de consacrer un équivalent temps plein de 18 mois pour instruire de tels dossiers.

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Jérémy Kespite, responsable de la liaison en matière d’innovation au Lab Innovation d’Europol. © Agence TCA

Des résultats tangibles

Cependant, la recherche et l’innovation européennes en sécurité portent leurs fruits. Notamment au niveau des agences européennes de coopération policière, Europol, et judiciaire, Eurojust. « Nous avons un rôle de bac à sable pour tester des technologies et des modèles de données », fait valoir Lieutenant-Colonel (LCL) Jérémy Kespite, responsable de la liaison en matière d’innovation au Lab Innovation d’Europol. Illustration avec le démantèlement d’EncroChat en 2020, le réseau mondial de communications cryptées basé aux Pays-Bas. Selon un bilan d’Europol en juin dernier, 6 500 personnes ont été arrêtées. « Nous avons récupéré dans leurs smartphones les données de 50 000 criminels dans 120 pays, soit plus de 200 000 fichiers », confie Commandant (CEN) Sarah Petroff, cheffe du département des opérations cyber au Commandement de la gendarmerie dans le cyberespace (Comcybergend), qui s’est immergée dans cette affaire pendant huit mois. Nous avons développé une collaboration entre la France et les Pays-Bas ainsi qu’avec Europol qui nous a permis d’échanger les données de façon sécurisée. D’autant que Europol a une forte connaissance dans 40 langues, notamment les langues slaves mais aussi en cryptomonnaie… Nous avons pu ainsi partager en urgence des données sur des assassinats qui allaient se produire. » De fait, une centaine d’assassinats ou enlèvements ont été évités.

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Sarah Petroff, cheffe du département des opérations cyber au Comcybergend. © Agence TCA

Démantèlement d’EncroChat

Pour environ 1 000 euros, EncroChat vendait des téléphones cryptés, sans caméra ni micro ni GPS ou port USB. Qui plus est, une option pouvaient s’effacer en urgence les données du téléphone grâce à un « code pin panique », rapporte franceinfo. En trois ans, EncroChat aurait ainsi gagné 200 millions d’euros. En revanche, selon Europol, 900 millions d’euros d’avoirs criminels ont été saisis ou gelés. Et près de 100 tonnes de cocaïne ont été saisies ainsi que 160 tonnes de cannabis, 923 armes, 40 avions ainsi que 271 maisons et propriétés. Parmi les personnes arrêtées, 197 seraient des « cibles de grande valeur ».

Erick Haehnsen


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