Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Les secondes Assises Nationales de la Vidéosurveillance Urbaine

Strasbourg a hébergé la seconde édition de cet évènement consacré à l'état de l'art en politique et technologies de vidéosurveillance urbaine...

Le Palais des Congrès de Strasbourg était le théâtre les 13 et 14 novembre derniers des 2ndes Assises Nationales de la Vidéosurveillance Urbaine. Elles étaient inaugurées par Mme Fabienne Keller, Maire de Strasbourg. Cette ville pionnière et modèle en termes de stratégie et de déploiement d’équipements en vidéosurveillance urbaine en est à sa troisième tranche d’investissements pour la protection de la voie et des espaces publics. Dominique Legrand a rappelé que la sûreté est une préoccupation majeure de l’Etat, des collectivités et des entreprises privées, dont l’AN2V a vocation à être partenaire, en favorisant l’expression et la mutualisation des expériences de chacun en matière de vidéosûreté. Le Président de l’AN2V a placé ces secondes assises sous le thème de 4 convergences : technique via les réseaux, territoriale via les interconnexions, des acteurs via leurs besoins, et des forces de sécurité via leurs moyens, vers un but unique, la quiétude des citoyens.

Convergence des territoires

Si 2 communes souhaitent mutualiser leurs systèmes de vidéosurveillance, alors interviendront des questions stratégiques, techniques, juridiques, humaines et organisationnelles. L’exemple de la vidéosurveillance de la ville d’Orléans a été présenté par M. Montillot, Adjoint au Maire délégué à la sécurité, pour qui tous les territoires doivent être concernés : la voie publique, les universités, les hôpitaux, etc…Aujourd’hui à Orléans tous les quartiers sont sous vidéo, les fourreaux de l’agglomération pouvant accepter les fibres de la ville, ainsi que le centre commercial sous surveillance privée avec ouverture des images aux forces de police, le campus universitaire, et les gares prises en charge par le Conseil Général du Loiret. Deux caméras de Transdev bénéficient d’une interconnexion avec l’espace public : elles ont été financées par la ville et sont contrôlées par la police municipale. Cinq caméras de la gare routière ont été financées par le Conseil général et sont gérées par la ville. L’OPAC d’Orléans a installé des systèmes dans des immeubles rénovés, avec contrôle privé le jour et par la Police Municipale la nuit. Les bus disposent d’un enregistrement embarqué, et il y a eu création de la première police intercommunale dédiée aux transports urbains. Sur évènement il y a basculement automatique entre le CSO de la Police Municipale et le CIC de la Police Nationale. Toutes ces coordinations ont facilité une baisse constante de la délinquance depuis 6 ans, totalisant – 64% entre 2001 et 2007.

Convergence technique sur IP

Si tous les fournisseurs sont aujourd’hui passés sur IP, il s’agit avant tout d’une couche de transport. L’interopérabilité n’est pas encore une réalité absolue, et certains matériels fonctionnent mieux ensemble, surtout en mono-constructeur. Si la plupart des constructeurs fournissent des SDK, il n’y a pas de norme de bon fonctionnement de ces SDK, juste des bonnes pratiques. Les interopérabilités sont prévues sur certains points et à certains niveaux. D’où le vent en poupe pour les superviseurs et hyperviseurs.
A Reims, le réseau multiservices Jupiter de fibres optiques supporte le réseau informatique, la ToIP, la GTC, la gestion des parkings et des feux tricolores, etc…. Il utilise plusieurs technologies de transport, comme la fibre optique pour le Man, des liaisons TDSL et ADSL, de la 3G et du WiFi. Initié dès 2001, Il est aujourd’hui déployé jusqu’à la plupart des parcelles, et a permis des économies substantielles.
Laurent Vogt, Responsable Marketing de NextiraOne, a fait le constat que l’évolution des métiers et des technologies complique la gestion du système d’information, dont il faut maîtriser la complexité et les coûts cachés. Il faut intégrer la sûreté dans le système d’information. Des réseaux multiservices sont déjà déployés à cette fin. La vidéo permet de nouveaux usages, comme non seulement la régulation du trafic routier, mais aussi la gestion de guichets, des bornes d’appels d’urgence, ou une aide à l’utilisation des défibrillateurs publics.
Pierre Grard, Directeur Sûreté – Sécurité de ETDE a rappelé que l’évolution des technologies a eu pour corollaire une évolution des usages, la vidéosurveillance de base ayant laissé la place à la vidéoprotection. La convergence technologique doit répondre à l’adéquation homme – machine, être adaptée aux contextes sociaux et économiques, être modulable, et permettre aujourd’hui la mobilité et la mutualisation pour une meilleure efficacité des forces de secours, des services techniques.
Spie a présenté sa solution Vigicité d’exploitation de vidéosurveillance, solution ouverte permettant la répartition de l’exploitation entre les différents acteurs et l’intégration de nouveaux métiers de la sécurité. Elle intègre des outils cartographiques avec géolocalisation et statistiques, et de nouvelles interfaces comme des hyperviseurs.

Convergence des acteurs

Le réseau de vidéosurveillance de la ville d’Amiens, présenté par M. Eric Delgado, DGA, est utilisé conjointement par la Police Municipale, les services de la voirie, des eaux, et informatique. Une agence a été créée pour gérer tous les réseaux de la ville. La vidéo est par exemple utilisée pour la vérification directe des badges sur les pare-brises des véhicules des différents services.
M. Richard Olszewski, Vice-Président du Forum Français de la Sécurité Urbaine et Adjoint au Maire de la ville de Roubaix, a souligné que le politique ne doit pas se laisser piloter par la vidéosurveillance mais doit la piloter. Il recommande d’éviter la dictature du partenariat.
M. Tanguy Le Goff, Chef de Projet à la Mission Etudes Sécurité de l’IAURIF, a exposé les limites de la convergence entre acteurs, dans le cas de la vidéosurveillance dans les lycées, ceux-ci ne coopérant que faiblement avec les acteurs de la sécurité locale, souvent par volonté de ne pas se transformer en auxiliaire de justice.

Vers la vidéogestion

Pour Dominique Legrand, la convergence a bien un sens, c’est celle des intérêts des 3 grandes entités de notre société, l’Etat, les collectivités publiques et les collectivités privées. Dans les 2/3 des cas, la vidéo est utilisée pour apporter une meilleure gestion de l’espace public. C’est pour cela qu’au-delà des composantes vidéosurveillance ou vidéoprotection, c’est de vidéogestion qu’il convient de parler.
La conclusion a été apportée par M. Robert Grossman, Président de la Communauté Urbaine de Strasbourg, pour qui la lutte contre la délinquance oblige à réfléchir et adopter la vidéosurveillance. C’est en effet son adoption qui a été la mesure la plus productive en conjonction avec le travail de la Police Nationale dans certains quartiers de Strasbourg, avec une baisse considérable de la délinquance en 10 ans. Aujourd’hui les maires des autres communes de la Communauté Urbaine souhaitent eux aussi accueillir des caméras.

Un cas pratique : la réussite de Strasbourg

M. Francis Jaecki, Directeur Général Délégué à la Sécurité et à la Prévention de la Communauté Urbaine de Strasbourg, a présenté la vidéosurveillance de la Communauté Urbaine de Strasbourg (CUS), qui regroupe 28 communes, concernées et coordonnées depuis le début du projet. Les premières priorités d’équipement ont été le centre touristique et un quartier difficile, ainsi que la voirie communautaire. Puis il a été décidé que toute création d’équipement public ferait l’objet d’un équipement vidéo. Le centre de supervision a été financé sur le budget de la CUS, qui possède 150 caméras au total, une 3ème phase de 60 caméras étant en cours. Les transports (tramway) et la gare sont équipés. Des liaisons existent entre le CIC de l’Hôtel de Police et les transports publics, les stations les plus sensibles étant surveillées. Les installations à venir concernent notamment les services d’urgences des hôpitaux. La surveillance du stade de football est gérée par le club lors des rencontres, avec un basculement automatique en cas de débordement vers le centre de supervision. La vidéosurveillance du CHU, dans le quartier de Hautepierre, bénéficie aussi d’une liaison. Depuis 2001, la délinquance a baissé de 30% en général et de 40% sur la voie publique. Un élément clé de cette réussite a été d’associer les services de police aux choix d’implantation des caméras, les autres critères étant la fréquentation des lieux, les zones passage, et la densité des commerces. L’établissement de cartographies des évènements avec analyse statistique permet les croisements avec les informations sectorielles. La communication publique est également un facteur clé de succès. Pour M. Jaecki, la convergence est au cœur des travaux, et la vidéosurveillance est un outil fédérateur.

 Question d’éthique
M. Montillot rappelle que l’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme présente le droit à la sûreté comme un droit fondamental, et que tout élément contribuant à la sûreté contribue à la liberté. Depuis 1995, toutes les règles mises en place sont des règles d’éthique. Dominique Legrand a posé la question du devenir de l’éthique si on étend la vidéosurveillance à d’autres usages. Pour M. Melchior, Chargé de Mission Vidéosurveillance au Ministère de l’Intérieur, pour éviter les dérapages la formation des utilisateurs devrait être non seulement technique mais aussi déontologique. Il vaut mieux faire un système qui fonctionne bien et en respect des règles d’éthique, et le faire savoir, que de minimiser les risques d’atteinte à la vie privée. Comme le rappelle un auditeur, dire la vérité fait partie de l’éthique.

 La parole ministérielle
Le discours de la Ministre de l’Intérieur Mme Alliot-Marie, prononcé par M. le Préfet Rouvière, a rappelé l’efficacité de la vidéosurveillance pour l’élucidation de crimes et la baisse de la criminalité, qui n’est plus à démontrer. Les caméras de vidéoprotection remportent l’assentiment de 74 % de la population. Notre pays ayant pris un certain retard avec 340.000 caméras autorisées selon la loi de 1995, dont seulement 20.000 sur la voie publique. Aussi Mme la Ministre a-t-elle autorisé le triplement en 2 ans du nombre des caméras sur la voie publique.

 Le point sur les Assises
> Dominique Legrand, Président de l’AN2V, fait le bilan : « Les 2èmes assises ont été l’occasion de valider le besoin de cet évènement. Après Nice, Strasbourg a permis son institutionnalisation. Suite à ce succès et au flot d’appels qui ont suivi, nous avons pris la décision de nous structurer avec l’arrivée d’un permanent, M. Rémi Fargette, qui possède la double compétence d’avoir eu la responsabilité de la sécurité d’une ville et d’être passé par un bureau d’études. Nous travaillons actuellement sur le thème des prochaines assises. Il faudrait comprendre pourquoi la vidéosurveillance fait peur, alors que l’apport des images dans la gestion d’une ville est si important. Nous souhaiterions développer la bonne perception de la vidéogestion. L’AN2V a programmé 5 réunions en 2008, dont les thèmes seront la vidéosurveillance urbaine intelligente, quel plan d’affaires lui appliquer, est-elle liberticide, la vidéosurveillance des espaces publics dans les petites communes, et la vidéosurveillance urbaine en dehors de nos frontières. Nous sommes heureux du soutien apporté par APS Magazine, qui se distingue des média grand public en apportant un professionnalisme avancé dans la communication autour de la vidéosurveillance urbaine. »
> Laurent Lagie-Defrance, du Réseau Idéal, nous précise l’historique de l’évènement : « L’idée des Assises de la Vidéosurveillance Urbaine est née suite à un échange avec Dominique Legrand. Nous avons remarqué le besoin d’un évènement traitant des aspects plus techniques de la Sécurité Urbaine comme la vidéosurveillance. Les 1ères Assises Nationales de la Vidéosurveillance Urbaine ont été organisées à Nice en décembre 2006. Elles sont toujours l’aboutissement de la collaboration du Réseau Idéal avec une ville disposant d’une expérience exemplaire en la matière. Nous avons eu des contacts avec le groupe Reed Expositions, qui ont abouti à l’établissement d’un partenariat avec APS cette année. Le succès de cette édition est grandement dû à APS qui a assuré une promotion de l’évènement dans sa Newsletter. Nous sommes heureux de ce partenariat et nous espérons le continuer et l’approfondir en 2008. »

En savoir plus

Cet article est extrait du Magazine APS n°170 – Avril 2008.
Pour plus d’information sur nos publications, contactez Juliette Bonk .

Commentez

Participez à la discussion