Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

Les exosquelettes, en marche contre les TMS

Mécaniques ou motorisés, ces équipements de prévention individuels entrent timidement dans les ateliers et sur les chantiers, afin de prévenir les risques de troubles musculosquelettiques (TMS) liés notamment au travail bras en l'air.

Avec le vieillissement de la population et l’allongement de la durée légale du travail, le marché des exosquelettes devrait exploser. Selon une étude du cabinet ABI Research, qui référence une quinzaine de constructeurs dans le monde (mais pas de français), les ventes de ces équipements de prévention individuels devraient atteindre les 5,8 milliards de dollars à l’horizon 2028, contre 192 millions de dollars en 2018. Ces ventes concernent les produits motorisés ou mécaniques, destinés au grand public comme aux professionnels, parmi lesquels les exosquelettes d’assistance à l’effort pour prévenir les troubles musculo-squelettiques (TMS) liés au travaux pénibles. Un marché sur lequel des entreprises françaises se positionnent. Citons Ergosanté, HMT, RB3D et Exhauss. Ces deux derniers font figure d’acteurs historiques. Quant à RB3D, il est le seul à proposer un exosquelette motorisé. Développé en partenariat avec des géants du BTP, son Exopush sert au nivelage des sols en démultipliant la force de l’utilisateur. De son côté, Exhauss propose Picker, une gamme d’exosquelettes mécaniques dont la dernière génération a été lancée en octobre dernier. Par rapport à ses prédécesseurs, cette dernière bénéficie d’un gros effort d’allègement. Le modèle le plus léger, en l’occurrence Delta, ne pèse que 3,5 kg. Par ailleurs, la gamme Picker se distingue par sa capacité à délivrer à l’opérateur une assistance au soulèvement qui croît à mesure qu’il soulève sa charge. Exhauss commercialise aussi sa gamme d’exosquelettes modulables, en l’occurrence System, dont plusieurs milliers d’exemplaires ont été déployés notamment chez Bouygues. Les compagnons du géant du BTP en ont d’ailleurs fait une démonstration lors du dernier Vivatech, le salon des innovations technologiques qui s’est déroulé à Paris du 16 au 18 mai.

Exosquelette modulable et multifonctions

Pour sa part, Ergosanté se distingue avec son exosquelette multifonctions. Spécialisée dans l’amélioration des conditions de travail, cette entreprise française a remporté un appel à projet lancé par SNCF Mobilités pour le développement d’un exosquelette modulaire et multifonctions. La dernière version vient également d’être présentée sur le salon Vivatech. Cet équipement de prévention individuel apporte une assistance au niveau des jambes, du dos, des bras et pour le port d’outil. « Le poids et les contraintes mécaniques supportés par l’exosquelette sont directement redirigés sur les hanches », indique Samuel Corgne, le dirigeant et fondateur de l’entreprise créée en 2013. Pour être au plus près de ses clients, la société rassemble une douzaine d’agences en France et compte 48 salariés dont un tiers d’ingénieurs et d’ergonomes. Grâce à cette équipe, Ergosanté fabrique les propres produits qu’elle conçoit et forme leurs utilisateurs. A l’instar de Shiva qui va être mis en place dans les 40 technicentres de la SNCF. Protégé par 4 brevets, cet exosquelette est adaptable dans 90% des cas à la morphologie de l’utilisateur. Autre particularité, une grande partie des pièces mécaniques qui le composent sont fabriquées en matériaux composites associant fibre de verre et plastique à l’aide d’un parc d’imprimantes 3D installées chez Ergosanté. « Ce mode de fabrication nous donne de la flexibilité car il permet de nous adapter à la demande de nos clients », fait valoir Samuel Corgne. Ce dernier s’affaire actuellement à la certification CE de son exosquelette modulable adapté à la plupart des postures pénibles, telles que le travail avec la nuque en extension ou la pose de pièces lourdes avec les bras en l’air.

Shiva est un exosquelette multifonctions développé avec SNCF Mobilités. © Ergosanté
Shiva est un exosquelette multifonctions développé avec SNCF Mobilités. © Ergosanté

Un constructeur automobile dans la mêlée

Cette posture fait d’ailleurs partie des positions de travail les plus pénibles dans les métiers du ferroviaire, de l’aéronautique, du BTP ou encore de l’automobile. Certains constructeurs de voitures ont même sauté le pas. C’est le cas de Comau, filiale de Fiat-Chrysler spécialisée dans l’automatisation des lignes d’assemblage. Son exosquelette est vendu en France depuis le début de l’année. Il est déjà utilisé par Fiat et Ford ainsi que par le fabricant italien de pâtes alimentaires Barilla. Disponible en deux tailles pour un poids de 4,5 kg, il se règle aussi-bien sur le dos, l’épaule, le bras et le ventre. « Grâce à notre exosquelette, nous enlevons 30% d’effort musculaire au niveau des épaules », fait valoir Eloi Wintrebert, responsable du développement commercial chez Comau France.

Grâce à cet exosquelette, les opérateurs diminuent de 30% l'effort musculaire. © Comau
Grâce à cet exosquelette, les opérateurs diminuent de 30% l’effort musculaire. © Comau

Force réglable de 2 à 7 kg

Dans l’industrie, une des grandes tendances du marché des exosquelettes est d’assister l’opérateur dans ses postures de travail. C’est le cas de l’EksoVest de l’américain Ekso Bionics distribué en France depuis six mois par l’entreprise Azairis. Cet équipement individuel de prévention soulage la pression exercée sur les épaules et le dos, pour le travail bras en hauteur, et laisse une complète liberté de mouvement à l’opérateur. En prime, l’EksoVest se règle à la fois suivant la force voulue (de 2 à 7 kilos) et la morphologie de l’opérateur, puisque trois tailles sont proposées. A savoir Small, Medium et Large, pour un poids de 4,8 kilos. « L’exosquelette est vendu avec des accessoires textiles tels que des brassards et des ceintures qui passent en machine à laver », indique Jean-Charles Moinet, cofondateur de l’entreprise Azairis, le distributeur d’Ekso Bionics basé à Saint-Brévin Les Pins (Loire Atlantique). Spécialisé dans la conception de poste de travail, cet intégrateur est d’ailleurs agréé Crédit Impôt Innovation.

L'EksoVest s'enfile comme un harnais. © Ekso Bionics
L’EksoVest s’enfile comme un harnais. © Ekso Bionics

Produit sur mesure

Répondre de manière spécifique aux demandes des clients est le parti pris adopté par la startup française Human Mechanical Technologies (HMT). Cofondée en 2017 par six actionnaires, dont cinq ingénieurs diplômés de l’École nationale d’ingénieurs de Tarbes (Hautes-Pyrénées), cette entreprise a ainsi lancé son modèle Plum’ dédié au travail bras en hauteur. Pesant moins de 4 kg, celui-ci délivre une assistance allant de 3 à 6 kg par bras. Cet EPI s’enfile comme un harnais. Il est équipé de deux supports mécaniques sur lesquels le porteur appuie ses avant-bras afin de soulager les contractions musculaires. « Lorsque l’opérateur baisse le bras, le système le détecte et débraye automatiquement », décrit Kevin Regi, le président de l’entreprise, qui compte parmi ses clients le spécialiste de l’électroménager SEB ainsi qu’Enedis. Depuis le début de l’année, l’opérateur de réseau d’électricité teste ainsi une version de Plum’ personnalisée aux besoins de ses utilisateurs. Par ailleurs, HMT finalise pour un géant de l’aéronautique une version visant à limiter les risques de rayures susceptibles d’être provoquées par l’exosquelette. Elle devrait être présentée lors du prochain Salon International de l’Aaéronautique et de l’Espace (SIAE) qui se déroulera du 17 au 21 juin au Bourget.

Eliane Kan

Les exosquelettes de HMT sont développés sur mesure.
© Agence TCA
Les exosquelettes de HMT sont développés sur mesure.
© Agence TCA

Commentez

Participez à la discussion


La période de vérification reCAPTCHA a expiré. Veuillez recharger la page.