Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Sûreté et sécurité

Les directions de la sûreté se revendiquent de la RSE

Missionnées pour protéger les personnes et les biens, les directions de la sûreté-sécurité rajoutent une corde à leur arc : la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Simple effet de mode ? « Green washing » ? Ou engagement profond ? Panorama de trois démarches.

Dans les couloirs feutrés des sièges sociaux, les directions de la sûreté-sécurité se voient devoir pousser plus loin la transversalité de leurs missions. Bien sûr, il s’agit toujours avant tout de protéger les personnes, les biens, le patrimoine de données de l’entreprise. Ainsi que les données à caractère personnel de leur collaborateurs, clients, fournisseurs et partenaires. Mais au sortir de la crise sanitaire (du moins peut-on l’espérer), en plein milieu de la guerre en Ukraine et de l’accélération du réchauffement climatique, bon nombre de nos citoyens sont à la recherche de sens dans leur situation de travail. À cet égard, les DSS n’échappent pas à la règle. Aujourd’hui, les directions de la sûreté-sécurité n’ont d’autre choix que de rajouter une nouvelle corde à leur arc : appliquer la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) à la sûreté-sécurité et au cyber. Comment s’en sortent-elles ?

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Annick Rimlinger, directrice sûreté, sécurité, cyber et Data Protection d’Aema. © Aema

Proximité des objectifs entre RSE et SSC

« En réalité, il y a une véritable proximité entre les objectifs de la RSE et ceux de la sûreté-sécurité et du cyber (SSC) », lance Annick Rimlinger, directrice sûreté, sécurité, cyber et Data Protection d’Aema, groupe assurantiel né en 2021 du rapprochement entre Macif et Aesio Mutuelle qui pèse 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie 18 000 collaborateurs. En effet, la RSE veut améliorer la qualité de vie des collaborateurs et des parties prenantes, notamment aux plans social et environnemental. « En visant à protéger les biens et les personnes, la SSC constitue un écosystème très large qui englobe les collaborateurs, les assurés, les partenaires et les prestataires et l’environnement, reprend Annick Rimlinger, qui est également membre du Club des directeurs de sécurité et de sûreté des entreprises (CDSE). Quant à notre mission, elle vise globalement à améliorer la prévention de sorte à limiter les risques. En fait, la SSC ne peut se contenter d’une vision auto-centrée. Elle ne peut se concevoir que de manière étendue. C’est un bien commun qui doit tous nous animer. »

La SSC : un impact positif

« Lorsque nous formons nos collaborateurs, ils deviennent plus vigilants non seulement dans leur vie professionnelle mais aussi dans leur vie personnelle. Tant en sûreté-sécurité qu’en cyber, poursuit Annick Rimlinger. Notre exigence en va de même pour les parties prenantes, notamment nos prestataires et fournisseurs auxquels nous imposons un certain niveau de SSC. Ils doivent donc mettre en place leurs propres dispositifs de réduction des risques, de gestion de crise et de continuité d’activité car nous sommes tous interdépendants. »

En d’autres termes, la SSC est un coût évité qui fait que la fonction DSS est créatrice de valeur. Du coup, dans le sillage de Nicole Notat, l’ancienne dirigeante de la CFDT et la fondatrice du cabinet de notation extra-financière Vigeo, Annick Rimlinger plaide avec d’autres DSS pour que la SSC soit partie intégrante de la notation extra-financière. Un choix logique.

Proximité de méthodes

Reste que le point fort de la RSE, c’est de s’être haussée dans les rapports annuels d’activité des grades entreprises, en imposant, outre le rapport financier, le rapport extra-financier. Qui plus est, la RSE dispose de son propre référentiel de bonnes pratiques avec la norme internationale ISO 26000. Quant à la SSC, elle en est loin. Qu’à cela ne tienne ! « Les bonnes pratiques d’ISO 26000 en cinq étapes peuvent parfaitement s’appliquer à la sécurité globale. Notamment en ce qui concerne la gouvernance », souligne Annick Rimlinger. En RSE comme en SSC, il s’agit, entre autres, de définir qui est responsable et de mettre en place une équipe dédiée qui s’inscrit dans la durée. Il est également nécessaire d’établir un état des lieux précis sur la situation avant de définir et d’appliquer un plan d’actions correctives.

Autre point fort de la RSE : à l’instar de la norme d’assurance de la qualité (ISO 9000) ou de la norme de protection de l’environnement (ISO 14000), la RSE appuie sa démarche d’amélioration continue sur des indicateurs de la performance de sorte à mesurer l’impact des mesures prises dans le cadre du plan d’action.

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L’opération Bobigny cœur de ville menée par Altarea met en œuvre de nombreuses facettes de la RSE. © Altarea

Climat et environnement : des préoccupations renforcées

D’autres entreprises définissent leur propre référentiel. Celui du groupe immobilier Altarea (chiffre ; effectifs : 2 000 salariés) s’intitule « les 4 C » pour Collaborateurs, clients, climat et croissance durable. « La RSE fait partie de notre quotidien. Nous avons établi l’année dernière une feuille de route bas carbone qui démarre cette année, assure Rudolphe Proust, directeur des risques et sûreté (DRS) du groupe immobilier. Outre les résidences services pour seniors, nous restructurons des centres ville (Issy-les-Moulineaux, Bobigny, Bezons…) autour de logements, bureaux et commerces dotés d’une logistique urbaine de de mobilités douces pour en faire des villes plus performantes en termes de RSE et de respect de l’environnement. »

Au menu : mobilisation en synergie de toutes les compétences de haut niveau dans le groupe pour développer la conception bioclimatique des bâtiments, les énergies renouvelables, les matériaux biosourcés, la sensibilisation des occupants aux économies d’énergie, l’économie circulaire, les économies d’eau…

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Rudolphe Proust, DSS du groupe immobilier Altarea. © Altarea

Anticiper la gestion de crise

« À notre niveau, nous participons aux 4 C en sécurisant nos espaces de travail de sorte à apporter confiance et confort à nos collaborateurs, indique Rudolphe Proust dont le groupe exploite 35 centres commerciaux labellisés BREEAM (Building Research Establishment Environmental Assessment Method) et GRESB (Global Real Estate Sustainability Benchmark). La gestion de crise fait partie de nos labels environnementaux. Nous réalisons des exercices de simulation basés sur des accidents chimiques ou des pollutions à proximité de nos centres commerciaux. » Dans la foulée, le DRS d’Altarea a mené des réflexions stratégiques en comité de direction sur la gestion de crise pour anticiper les éventuelles coupures d’électricité évoquées par le gouvernement. « Il s’agit d’étudier comment être résilient et faire face à ces éventuelles coupures d’électricité. Le tout sans perturber la sécurité des collaborateurs ni celle de l’activité de l’entreprise », précise Rudolphe Proust.

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En costume sport et baskets, les agents de sécurité au siège d’Altarea n’en restent pas moins identifiables. © Altarea

Engagement social

Sur le plan social, le DRS d’Altarea met en pratique l’engagement éthique de son groupe en ce qui concerne les sociétés de sécurité privée auxquelles il a recours. « Au siège, les agents de sécurité portent des costumes sport et des baskets. Ils n’en restent pas moins visibles et identifiables. De même, ils accèdent au même restaurant d’entreprise que nos salariés », insiste Rudolphe Proust qui, par ailleurs, est membre du CDSE.

Autre engagement éthique : la stratégie d’achat des prestations de sécurité privée qui porte sur les 35 centres commerciaux du groupe. « Nous n’avons pas de service Achats. Le cahier des charges est défini par la direction de la sûreté et le fait accepter par la direction d’exploitation, fait valoir Rudolphe Proust. Autrement dit, les prestataires discutent en direct avec les donneurs d’ordre. En revanche, nous incluons des clauses sur les formations, les plans de carrière, les conditions de travail, la juste rémunération des agents de sécurité ainsi que le respect des réglementations. Nous sommes dans une démarche qualitative et non quantitative. Cela tient à notre culture. »

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Fabien Dhainaut, responsable du département Sécurité des personnes et des biens à la Caisse d’épargne des Hauts-de-France. ©  Caisse d’épargne des Hauts-de-France

Respecter la diversité

« Au départ, notre métier, c’est de sécuriser des agences bancaires. Aujourd’hui, nous sortons de notre zone de confort. Et c’est très bien ainsi, sourit Fabien Dhainaut, responsable du département Sécurité des personnes et des biens à la Caisse d’épargne des Hauts-de-France, coprésident national de l’Agora des directeurs sécurité et coprésident de l’antenne de Lille. Nous travaillons avec des entreprises de surveillance humaine qui œuvrent dans la réinsertion sociale. Nous en tenons compte dans nos appels d’offre. D’autant que la main d’œuvre se fait rare. Nous n’avons aucun préjugé de sexe, d’origine sociale ou géographique. Nous ne regardons que la carte professionnelle délivrée par le CNAPS. »

Participer à l’encadrement d’actions solidaires

Nouveau volet de l’intervention des DSS dans la RSE :« Notre entreprise permet aux salariés d’accomplir des missions sociales ou environnementales durant leur temps de travail : offrir des heures de lecture dans une école à Roubaix, participer à la préservation d’un espace naturel sensible du Boulonnais…, poursuit Fabien Dhainaut. Nous encadrons ces actions en collaboration avec la direction de la communication et de celle de la RSE pour savoir où sont nos collègues afin de sécuriser les différentes actions. En cas problème, ils sont formés pour savoir qui appeler. »

Erick Haehnsen

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