Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

Les cobots à l'assaut des entrepôts logistiques

Armés d'un bras articulé ou posés sur des roues, les robots collaboratifs s'attaquent à la pénibilité des tâches répétitives dans un secteur où l'indice de fréquence des accidents est particulièrement élevé. Notamment dans les entrepôts dédiés au e-commerce.

Avec des surfaces pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de mètres carrés, les entrepôts logistiques sont devenus les nouvelles usines du secteur tertiaire. Parmi les tendances, la progression des ventes du e-commerce s’accompagne d’une forte réduction des délais d’acheminement. De plus en plus de sites de marchands proposent ainsi une livraison le lendemain de la commande, voire le jour-même. Ce qui contribue à augmenter considérablement les cadences avec leur lot de troubles musculosquelettiques (TMS). Pour limiter ces risques, nombreux sont les entrepôts se tournant vers les cobots, contraction de « coopératif » et de « robot ».
« L’enjeu pour les opérateurs, c’est de bénéficier d’une assistance à l’effort et aux mouvements répétitifs et de limiter ainsi les risques de TMS liés à la mise en carton, l’étiquetage des produits ou encore le remplissage et le filmage d’une palette », remarque Pierre-André Foix, PDG de Fox Innovation, société spécialisée dans la robotique et les exosquelettes appliqués à la santé au travail.

Bras articulé et robot mobile autonome
A la différence des automates industriels traditionnels, les cobots sont plus faciles à programmer et à piloter par les opérateurs avec lesquels ils interagissent. Il en existe deux sortes. D’un côté, il s’agit de bras articulés et robotisés qui assistent l’opérateur durant la préparation des commandes, à l’instar des robots proposés par le danois Universal Robots ou l’allemand Kuka racheté par le chinois Midea. Les Français ne sont pas en reste avec des entreprises comme Mip Robotics, RB3d ou Isybot, spin-off du CEA. De l’autre côté, en plus des bras robotisés capables de porter des charges allant en général jusqu’à 10 kilos, le monde de la cobotique compte également des robots mobiles et autonomes conçus pour apporter les marchandises jusqu’à la table des préparateurs de commande. Parmi ces derniers, citons les français Exotec, Scallog et e-Cobot. Ces deux derniers étaient d’ailleurs présents sur le dernier salon SITL (Semaine de l’Innovation dans le Transport et la Logistique), qui s’est tenu à Paris-Nord Villepinte du 26 au 28 mars dernier. A cette occasion, une table-ronde sur l’apport des cobots en matière de productivité dans l’entrepôt et d’amélioration des conditions de travail a réuni des fournisseurs de robot fixes tels que Kuka et des robots mobiles comme Scallog.
A la différence de l’industrie traditionnelle où les indices de fréquence sont en-dessous de la moyenne nationale, celui de la logistique pose problème. En 2017, alors qu’on comptait 67 456 salariés enregistrés sous ce code Naf 5010b entreposage et stockage, l’indice de fréquence était de 75,9/1 000. Un chiffre en légère amélioration par rapport à 2016, où il avait atteint 79,2. Les principales lésions se situent au niveau du dos (35%), des membres supérieurs (25%) et des membres inférieurs (22%).

Acheminer les étagères jusqu’au préparateur de commandes

« Dans les grands entrepôts, les opérateurs peuvent parcourir à pied 15 km, voire plus, pour aller chercher les articles servant à la préparation des commandes », soulève Catherine Philonenko, responsable marketing et communication chez Scallog. Créée en 2013 par son président Olivier Rochet, cette PME d’une quarantaine de personnes (dont les deux tiers sont ingénieurs) conçoit et fabrique ses robots Boby à Nanterre (Hauts-de-Seine). Le modèle en est à sa cinquième génération. Plus design que ses prédécesseurs, le dernier Boby parcourt 1,5 mètre par seconde à vide, puis 1,2 mètre par seconde une fois chargé, sachant qu’il peut porter jusqu’à 600 kilos.
La solution délivrée par Scallog comprend des cobots, mais aussi un logiciel spécifique qui s’interface avec le système d’information de l’entrepôt, ainsi que des étagères spécifiques sur lesquelles sont rangés les produits à leur arrivée dans l’entrepôt. Dès lors, quand le cobot va chercher des marchandises, il se glisse sous l’étagère concernée pour la véhiculer jusqu’à l’opérateur. Ce dernier n’a donc pas à se baisser puisque les articles sont placés à sa hauteur. « Avec notre solution, les entreprises utilisatrices nous ont fait confiance, avouent avoir multiplié par quatre la productivité de leurs opérateurs », indique Catherine Philonenko. Depuis son lancement commercial en 2015, le cobot de Scallog a été vendu à près de 300 exemplaires, dont 200 équipent les entrepôts de Décathlon, l’enseigne spécialisée dans le sport.

Ce cobot porte jusqu'à 600 kg de marchandises.
© Scallog
Ce cobot porte jusqu’à 600 kg de marchandises.
© Scallog

Un cobot suiveur et autonome

A la différence de Boby, qui doit circuler dans un espace interdit aux opérateurs, le robot Husky d’e-Cobot est conçu pour travailler en étroite collaboration avec l’opérateur qu’il suit, afin de collecter les produits durant la phase de préparation de commande. Il peut aussi évoluer de manière autonome dans l’entrepôt, par exemple pour aller chercher les bennes à carton une fois qu’elles sont remplies et les tracter jusqu’à la personne en charge de compacter les déchets », indique Christophe Scheid, responsable des opérations d’E-cobot. Cette PME de 28 personnes est spécialisée dans l’intelligence artificielle (IA) ainsi que dans la conception et l’intégration de solutions cobotiques. Cette année, elle prévoit d’implémenter un bras robotique du marché sur son cobot mobile pour une application dans l’industrie. Mais, elle réfléchit aussi à une utilisation en logistique.

Husky va chercher seul des bennes de carton
pour les acheminer jusqu'au point de compactage
des déchets. © E-Cobot
Husky va chercher seul des bennes de carton
pour les acheminer jusqu’au point de compactage
des déchets. © E-Cobot

Un nouveau design pour le robot de Mip Robotics

Le cobot Husky est commercialisé par Fox Innovation, qui propose par ailleurs des bras robotiques, à commencer par celui de Mip Robotics. « Il s’agit d’un cobot 4 axes que l’on fixe sur une table afin de faire, entre autres, de la mise en carton de petits produits allant jusqu’à 5 kg, du chargement de palettes et de la mise sur étagères de produits et du contrôle qualité » décrit Gonzague Gridel, le président de l’entreprise, qui l’a créée en 2015. Depuis leur lancement commercial en 2017, 30 bras ont été vendus, dont 90% à des industriels, parmi lesquels Lehning, un fabricant de produits pharmaceutiques. « Cet industriel l’utilise en bout de chaîne pour mettre en carton ses produits avant leur expédition », explique le président de l’entreprise qui présente depuis janvier dernier une nouvelle version du bras. Arborant un design repensé, il offre aux utilisateurs une interface qui va simplifier encore davantage sa programmation. De quoi séduire entreprises et opérateurs.

Eliane Kan

Les bras de Mip robotics offrent une interface
facile à programmer pour les opérateurs.
© Mip Robotics
Les bras de Mip robotics offrent une interface
facile à programmer pour les opérateurs.
© Mip Robotics

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