Le présentéisme ou le cheval de Troie de l’absentéisme

« Ce n’est pas un petit rhume qui va me décourager » ; « En restant actif, la grippe ne va pas s’installer » ; « Je dois absolument boucler ce dossier aujourd’hui » ; « Un doliprane et c’est reparti ! » Que ce soit pour cause de conscience professionnelle, pour faire acte de présence ou par pur « workaholisme », les salariés européens sont de plus en plus nombreux à être victimes de présentéisme. Or, cet excès de zèle et son impact négatif sur la santé font le lit de l’absentéisme.

Un phénomène qui se démocratise

Le signal d’alerte a été donné par le rapport annuel du Chartered Institute of Personnel and Development (CIPD), une association de professionnels des ressources humaines consacrée au bien-être et à la santé au travail. Médiatisée par la chaîne de télévision britannique BBC, l’enquête constate que la tendance au présentéisme est de plus en plus préoccupante : malgré des problèmes de santé physique ou mentale, les employés sont de plus en plus nombreux à se rendre au bureau, quel qu’en soit le prix. Plus précisément, le rapport estime que 83% des personnes interrogées déclarent avoir observé des cas de présentéisme dans leur entreprise. Et ce chiffre serait amené à augmenter. Même constat du côté de l’assureur britannique Vitality, qui évalue à 40% le présentéisme du côté des employés qu’il a interrogés dans le cadre d’une étude consacrée à la santé et au bien-être au travail. Un chiffre qui a triplé en cinq ans.

La stratégie de l’autruche
Pour Neville Koopowitz, le directeur général de l’assurance médicale britannique Vitality, interviewé par la BBC, ce phénomène, qui est à considérer comme une véritable politique de l’autruche, représente un réel danger pour la santé des employés et donc de l’entreprise : « Nous pensons que le présentéisme est l’élément-clé du problème de la productivité en Grande-Bretagne, où les gens travaillent beaucoup, mais pas de manière optimale. » Côté français, où 62% du personnel admet s’être rendu au moins une fois au travail malgré des problèmes de santé, la culture du présentéisme serait apparue en opposition à l’absentéisme. En témoigne le sociologue Denis Monneuse, interrogé par Le Monde en janvier dernier. Celui-ci estime que « c’est en partie pour lutter contre la caricature du Français absentéiste que les gens veulent se montrer présents au bureau. »

Des comportements qui diffèrent
Le présentéisme se matérialise sous plusieurs formes. Il y a tout d’abord le « surprésentéisme » qui consiste à travailler malgré une maladie, le « présentéisme contemplatif » qui correspond au fait de « bâiller aux corneilles », sous-entendu de faire acte de présence sans faire preuve d’une grande productivité. Enfin, le « présentéisme stratégique » incite les employés les plus zélés à arriver les premiers et partir les derniers pour gagner les faveurs de la hiérarchie.

Une menace psychosociale
Enfin, l’étude de Vitality souhaite mettre en garde contre les dégâts psychosociaux de l’acharnement au travail. Du fait que les troubles psychologiques tels que le stress, la dépression ou encore le burn-out sont difficiles à détecter, le présentéisme est susceptible d’aggraver ces troubles en instaurant une atmosphère délétère au bureau ou en contaminant les autres collaborateurs. Sans pour autant aider les employés à se concentrer convenablement sur leur tâche…

Ségolène Kahn


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