Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Le numérique s'attaque aux incendies de forêt

Images satellitaires, cartographies de la végétation, simulation de la propagation des feux ou encore crowdmapping, les chercheurs du centre Irstea à Aix-en-Provence développent des technologies de pointe afin de prendre à bras le corps les risques environnementaux de feux de forêt.

Chaque année, le risque d’incendie de forêt est à son maximum de mi-juin à mi-septembre. Ainsi, selon l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea), près de 60.000 feux de forêt sont recensés chaque année en Europe, soit une moyenne de 500.000 ha brûlés par an – principalement dans le sud – pour ce qui concerne la France. En cause, le comportement du feu dépend des interactions multiples entre météo, topographie et végétation. Pour atténuer durablement l’intensité, la sévérité et le nombre d’incendies en France, les scientifiques du centre Irstea d’Aix-en-Provence développent des méthodes et des outils d’aide à la décision à destination des décideurs tels que les gestionnaires et les élus locaux.

Interface habitat-forêt. Parmi les facteurs de risque d’incendie de forêt, citons les citadins qui, de plus en plus nombreux, s’installent en bordure voire au cœur des forêts pour être plus proches de la nature. Problème, ces zones de contact, appelées  »interfaces habitat-forêt », sont sources de nombreux départs de feu. De plus, les statistiques annoncent une augmentation de 20% de la population dans le sud de la France d’ici 2020. Comment alors prévenir ce risque ? « Que ce soit dans ces zones méditerranéennes ou encore en Australie ou en Californie, les nouveaux habitants de ces interfaces n’ont pas la culture du feu ni celle de l’entretien du territoire. C’est là que réside le danger ! », explique Christophe Bouillon, ingénieur d’études au centre Irstea d’Aix-en-Provence qui, pour prévenir le risque d’incendie, développe toute une batterie d’outils. A commencer par l’identification de 12 types d’interfaces habitat-forêt prenant en compte des critères comme la structure horizontale de la végétation au contact avec le bâti. Vient ensuite la publication d’un guide méthodologique de ces interfaces à destination des acteurs de terrain (gestionnaires forestiers, élus, etc.) ainsi que la mise en ligne d’un logiciel de calcul des interfaces habitat-forêt, baptisé WUImap. L’outil permet, entre autres, de cartographier les interfaces en renseignant la zone, l’obligation de débroussaillement, les données concernant le bâti ainsi qu’une carte représentant la végétation. Le tout, à l’échelle d’une commune.

4 types d’habitat. Pour cela, le logiciel s’appuie sur une carte de connectivité de la végétation locale. Réalisée à partir d’images satellitaires produites par des chercheurs du centre Irstea de Montpellier, cette carte est chargée de calculer la propagation du feu selon les types d’habitats présents sur le terrain selon quatre types : isolés, groupés, denses et très denses ainsi qu’en fonction des 12 classes d’interfaces habitat-forêt. De plus, il est possible de modéliser l’évolution de ces interfaces ainsi que l’historique des feux à partir de données anciennes fournies par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), des directions départementales des territoires de la mer (DDTM) ainsi que de l’Office national des forêts (ONF). Une possibilité dont profite déjà la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de la région Auvergne-Provence-Alpes-Côte d’Azur qui a commandé aux chercheurs une cartographie des interfaces habitat-forêt sur l’ensemble des Bouches-du-Rhône et son évolution sur une période de 10 ans (1999-2009).

Une cartographie du risque à l’échelle européenne Si depuis 2010, le logiciel a été transmis à toutes les DREAL de l’Hexagone, les chercheurs n’en restent pas là. Avec l’aide d’équipes espagnoles et italiennes, ils ont développé une interface appelée RUImap (Rural Urban Interface) chargée de couvrir un territoire plus étendu. Déjà, cet outil a été testé dans trois zones méditerranéennes : dans la région de Valence en Espagne, en Sardaigne (Italie) et dans les Bouches-du-Rhône en France, lesquelles ont pour point commun une forte augmentation de l’urbanisation, à proximité des zones naturelles ou encore le long des côtes (tourisme) avec une végétation très inflammable.

Évaluer la vulnérabilité des projets de construction D’autre part, les équipes de l’Irstea sont en train de phosphorer sur un nouveau module destiné à évaluer la vulnérabilité des nouveaux bâtis ou des projets de construction en fonction de leurs matériaux de construction, de leur proximité avec la végétation ou encore de leur mobilité potentielle. Il s’agit aussi de préconiser les mesures à prendre en cas de danger (débroussaillement, élagage, enlèvement de bois mort près de l’habitation, etc). A terme, les chercheurs nourrissent l’ambition de créer à partir de ce module une plate-forme web qui permettrait aux riverains d’évaluer eux-mêmes leur niveau de vulnérabilité aux incendies. Le but étant de sensibiliser les habitants à la culture du risque qui leur fait défaut.

Responsabiliser les citoyens face aux risques. Dans ce sillage, une application gratuite de crowdmapping (élaborer une cartographie participative à l’aide de la population), Signalert, a été lancée l’été dernier afin d’inciter les habitants à signaler et informer les autorités le plus rapidement possible des catastrophes naturelles dont ils seraient témoins. En ce qui concerne les feux de forêt, une start-up éponyme a été créée pour s’associer aux équipes de l’Irstea d’Aix-en-Provence dans le but d’élaborer un questionnaire de description des incendies. A commencer par la taille du front de flammes, le nombre de foyers, le type de zone touchée, la couleur de la fumée ainsi que la force du vent. En retour, l’utilisateur reçoit les témoignages d’autres usagers à proximité afin qu’ils puissent échanger entre eux via les réseaux sociaux. L’application fournit, bien sûr, des conseils sur les comportements à adopter face aux dangers mais aussi des liens vers des sites officiels émettant des messages de vigilance ou d’alerte.

Ségolène Kahn

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