Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Sûreté et sécurité

Le directeur sécurité-sûreté : quelle vision de la technologie à 5 ans ?

Souveraineté numérique, protection de la donnée, cryptographie légère, intelligence artificielle… Les directeurs sécurité-sûreté vont être sur tous les fronts de l’innovation. Sous peine de voir nos talents fuir à l’étranger.

Avec 4 400 entreprises, l’industrie française de la sécurité a réalisé un chiffre d’affaires de 36,4 milliards d’euros en 2018. La filière exporte 50 % de son CA, soit 14 milliards. Le secteur compte 95 poids lourds. Dont Thales, Airbus Defence & Space en sécurité électronique. Thales et Idemia en gestion des identités et des accès. Ainsi que Naval Group, Airbus Helicopters et Dassault Aviation pour les plateformes de sécurité. Atos, Cap Gemini, Orange Cyberdefense et Sopra Steria en cybersécurité. Sans oublier Atos pour la sécurisation des paiements. La filière enregistre aussi 118 ETI (1), 1 817 PME et 2 410 micro-entreprises de 2 millions de CA. Pour 2019, l’Observatoire de la filière industrielle de sécurité se montre optimiste avec un CA estimé de 29,7 milliards.

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Bruno Le Maire estime que les DSS ont un rôle majeur à jouer dans la sécurité, la cybersécurité ainsi que dans la conciliation entre télétravail et sécurisation des données de l’entreprise. © D.R.

L’avenir, c’est protéger les données des entreprises

Lors du colloque du CDSE (2), en juin dernier, Bruno Le Maire a rappelé les enjeux des directeurs sécurité-sûreté (DSS) : « Avec le développement des réseaux, de la 5G et du télétravail, il faut garantir la sécurité des données des entreprises. C’est vital, estime le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance. Cela peut être fait au niveau national. À cet égard, nous réfléchissons à un Cloud souverain. Cela peut être fait au niveau européen. Avec mon collègue allemand, Peter Altmaier, nous travaillons à la création de Gaia-X. » A savoir un projet d’infrastructure de données, sécurisé et fiable pour l’Union européenne. Cette initiative franco-allemande à dimension européenne est soutenue par 22 entreprises.

Les directeurs sécurité-sûreté plébiscités

« Cette question de la sécurité, de la cybersécurité, de la conciliation entre télétravail et sécurisation des données de l’entreprise, c’est à mes yeux un enjeu absolument majeur. Et j’espère que la France se positionnera parmi les leaders de ce sujet, enchaîne Bruno Le Maire. Et vous, les directeurs de la sécurité et de la sûreté des entreprises, vous avez évidemment un rôle majeur à jouer dans ce domaine. »

Un cadre collaboratif pour les DSS

De son côté Marc Darmon, président du CSF Industries de sécurité (3), donne un cadre pour ces collaborations entre l’industrie de sécurité et les DSS : « Le CSF Industrie de sécurité réunit les représentants de grands groupes, d’ETI de PME. Mais aussi le président du CDSE, Stéphane Vollant, des représentants de l’administration, de Bercy, du ministère de l’Intérieur. Ainsi que du SGDSN (4), de l’ANSSI (5) et des partenaires sociaux. » Tous ces acteurs ont rassemblé les actions du CSF autour de cinq projets visibles, emblématiques, structurants pour cette industrie. « Tous ces projets font appel au sujet de souveraineté numérique », poursuit Marc Darmon.

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Marc Darmon (CSF Industries de sécurité) : « Nos cinq projets font appel au sujet de souveraineté numérique. » © Thales Group

Cinq projets visibles

Le premier porte sur le déploiement d’une identité numérique forte dont la traduction sera la carte d’identité biométrique. Le second projet concerne les territoires numériques de confiance. « Avec le développement de solutions permettant aux collectivités locales de déployer des solutions avancées, notamment de vidéoprotection. Même si elles ont de faibles capacités de maîtrise d’ouvrage, précise le président du CSF Industries de sécurité. Le troisième, c’est la cybersécurité, au sens large et avec plusieurs volets dans ce projet. Incluant les solutions pour un Cloud de confiance. Et, enfin, des solutions de sécurité pour les JO de 2024 et la Coupe du monde de Rugby 2023. »

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L’intelligence artificielle n’est pas propre à la filière de sécurité mais elle en impacte la plupart des segments. © Maximalfocus / Unsplash

Souveraineté de la donnée

En parallèle, les technologies en matière d’électronique autour du stockage et du traitement des données foisonnent. Qu’on en juge : mémoires non-volatiles, puces neuromorphiques, calcul quantique, calcul photonique, photonique intégrée, réseaux d’interconnexion photonique, calcul de haute performance (HPC)… « Le nombre et le volume des bases de données croient de manière exponentielle », indique Observatoire de la filière industrielle de sécurité. La problématique de sécurisation de ces jeux de données prend de plus en plus d’importance. Que ce soit pour des raisons régaliennes (services publics, bases de données critiques), économiques (protection des données sensibles des entreprises). Ou citoyennes (droits du citoyen, protection des données personnelles, droit à l’oubli…).

Cryptographie légère (Lightweight cryptography)

Dans ce contexte, le développement rapide des objets connectés (IoT) impacte tous les aspects liés à la cybersécurité. D’où l’intérêt des techniques cryptographiques pour assurer une sécurité globale du système. En revanche, les IoT disposent de performances informatiques trop limitées pour la cryptographie. Ce qui donne naissance à un domaine de recherche très actif autour de la cryptographie dite légère. En bref, il s’agit de nouveaux algorithmes ou protocoles cryptographiques adaptés aux environnements électroniques restreints. Y compris les étiquettes RFID, les capteurs, les cartes à puce sans contact, les appareils de santé et de soins. La cryptographie légère devrait s’étendre progressivement à tous les domaines de l’IoT. Les premières applications industrielles sont en train d’être développées et mises en place.

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Les directeurs sécurité-sûreté gagneraient à s’impliquer dans l’industrie de sécurité pour développer la souveraineté numérique.

Edge AI et Intelligence artificielle

Réseaux de neurones artificiels, multicouches ou non, supervisés ou non, réseaux antagonistes génératifs… Les développements en matière d’intelligence artificielle ne sont pas propres à la filière de sécurité. Mais de nombreuses adaptations et applications émergent sur la plupart des segments. Les DSS devront suivre les développements de l’Edge AI. Autrement dit la conception de puces et systèmes embarqués dédiés à l’exploitation d’algorithmes de Machine Learning. Sans oublier la biométrie comportementale : reconnaissance faciale, reconnaissance de signatures, identification des personnes par une séquence d’images de marche…

Risque de fuite des cerveaux

En matière d’intelligence artificielle, la France bénéfice d’une excellence en matière de formation et de recherche. D’ailleurs, certains acteurs français de la sécurité prennent d’assez fortes positions en matière d’applications de sécurité. Notamment Thales Digital Identity & Security et Idemia. La France est de loin distancée par les États-Unis et la Chine qui bénéficient d’un solide tissu industriel du numérique. On observe alors une fuite des cerveaux le pays de l’Oncle Sam qui pourrait menacer l’avenir de la filière de sécurité. Pour retenir les talents, les DSS gagneraient à convaincre leur direction générale d’acheter les innovations françaises en la matière.

Erick Haehnsen

(1) Entreprises de Taille Intermédiaire

(2) Club des directeurs sécurité des entreprises

(3) Comité stratégique de filière Industries de sécurité

(4) Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale

(5) Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information

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