Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Sûreté et sécurité

Le continuum de sécurité se construira avec les entreprises

Pour son colloque annuel, le CDSE a pris l’habitude d’inviter le ministre de l’Intérieur. Retour sur certains des points forts de la nouvelle vision gouvernementale en matière de co-construction du continuum de sécurité, qui fait la part belle au directeur de la sécurité.

La 25e édition du Colloque du Club des Directeurs de la Sécurité des Entreprises (CDSE), qui a eu lieu 18 décembre dernier, a été l’occasion de « parler d’argent, de dollars, d’euros, de cash flow libre [flux de trésorerie disponible, NDLR], d’EBITDA [Earnings before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization ; bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (BAIIDA) en français, NDLR], ROI [Return on Investment ; retour sur investissement]… », lance Stéphane Volant, président du CDSE. On s’en doute, le colloque a été riche en discussions autour de thèmes comme les ressources humaines, les fiches de poste, les responsabilités et acceptabilités sociales, les filières industrielles, les stratégies de partenariat, l’évaluation de la performance économique des investissements de sécurité. « Car tels sont les réflexions, les actions et les indicateurs qui sont au cœur des échanges dans nos Comex, nos Codir, nos comités de direction générale au sein desquels nos directeurs de la sécurité sont de plus en plus appelés à prendre la parole », rappelle Stéphane Volant.

Regarder la sécurité comme un investissement
Les temps changent et s’accompagnent d’un cortège d’incertitudes, de crises et de menaces qui pèsent à la fois sur les salariés, les clients, les produits et les réseaux des entreprises. « Un salarié inquiet pour sa sécurité, notamment à l’étranger, est un collaborateur qui refusera probablement d’assurer sa mission. Un client qui a peur ne fréquentera probablement plus un espace de vente qui lui était pourtant dédié. Un produit contrefait perdra une partie de sa valeur. Un réseau [informatique] est corrompu ou piraté et c’est toute l’entreprise qui est en panne, pointe du doigt le président du CDSE. Et si l’État doit prendre sa part dans la sécurité, l’entreprise doit aussi prendre la sienne et même regarder désormais les investissements consentis en matière de sécurité comme des investissements à la rentabilité avérée, comme un véritable levier de croissance, et parfois même comme une marque de fabrique. » A charge pour le directeur de la sécurité de se rapprocher non seulement de son président, mais aussi du directeur financier afin de travailler ensemble sur la protection de tous les éléments qui constituent la chaîne de valeur de l’entreprise.

Co-construire le continuum de sécurité

Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, est intervenu dans le cadre du colloque du CDSE pour mettre l’accent sur l’importance des directeurs de la sécurité et de la sûreté des entreprises dans la construction du nouvel écosystème de sécurité, également appelé « continuum de sécurité ». « Il n’est sérieusement plus envisageable d’imaginer que nous soyons dans des mondes parallèles, des mondes distincts […]. Bien au contraire. Nous savons que, si nous voulons réussir à porter, à garantir la sécurité, la protection dont nos concitoyens […], c’est évidemment par ces complémentarités que nous devons agir. Et l’État, comme les entreprises que vous représentez font face ensemble aux mêmes menaces et aux mêmes enjeux », insiste Christophe Castaner. Véritable priorité du gouvernement, ce continuum de sécurité s’établira entre services de police et de gendarmerie, élus locaux, polices municipales, entreprises de sécurité privée, mais aussi en impliquant les citoyens. « C’est un volet capital de la mise en œuvre de la police de sécurité du quotidien que nous construisons au plus près du terrain et pour laquelle nous aurons besoin des uns et des autres. »

L’importance du rapport Thourot-Fauvergue
La nouvelle vision gouvernementale s’accompagne de la fin de certains tabous envers les entreprises privées qui assurent déjà la sécurité aéroportuaire, la sécurité physique et la sécurité incendie des grands événements sportifs ou culturels, la protection rapprochée ou encore l’intelligence économique. « Dès lors qu’il n’y a plus de tabou […], l’État doit être disposé à mieux partager ses compétences. Le secteur [de la sécurité privée] aspire, et c’est légitime au vu des efforts déjà accomplis, à entrer dans une ère de la maturité et de la confiance. Il doit se mettre en ordre de bataille pour faire face à ces nouveaux défis. Aujourd’hui, une nouvelle dynamique est née ! » Cette reconnaissance de l’importance de la sécurité privée passe aussi par le rapport remis le 11 septembre au Premier ministre, réalisé par les députés LREM Alice Thourot et de Jean-Michel Fauvergue. Lequel vise à intégrer davantage les polices municipales et la sécurité privée dans le dispositif de sécurité intérieur de notre pays. « Ses 78 propositions sont encore en cours d’analyse. La discussion se poursuit encore en ce début d’année. Et j’aurai le plaisir de lancer une grande concertation sur ce sujet-là qui me permettra de préciser les axes prioritaires sur lesquels nous voulons avancer, reprend le ministre de l’Intérieur. Mais je veux dire une chose simple : nous examinerons ces propositions sans rien nous interdire, sans tabou, sans frein. Mais, évidemment, en respectant la place de chacun. A commencer par notre service public de la protection qui doit s’appuyer aussi, chaque fois qu’il est nécessaire, sur l’offre de sécurité privée. » Parmi les autres tabous qui tombent, les agents de sécurité privée devraient pouvoir intervenir sur la voie publique aux abords immédiats des espaces qu’ils sécurisent. De même, ils devraient se voir confier des missions de gardes statiques devant des bâtiments.

« L'État comme les entreprises que vous représentez font face,
ensemble, aux mêmes menaces et aux mêmes enjeux »,
estime Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur.
© CDSE
« L’État comme les entreprises que vous représentez font face,
ensemble, aux mêmes menaces et aux mêmes enjeux »,
estime Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur.
© CDSE

Une nouvelle vision pour le directeur de la sûreté-sécurité

Autre temps fort de l’intervention de Christophe Castaner, la réflexion sur le rôle et le positionnement du directeur de sûreté-sécurité dans les entreprises qui, outre la gestion des équipes de sécurité, doit être reconnu comme porteur d’une stratégie au même titre que les autres cadres dirigeants. « Ce doit être un acteur central pour la notoriété d’une société, pour ses collaborateurs en France comme à l’étranger, pour ses clients et ses fournisseurs, pour ses processus de fabrication ou ses systèmes d’information, souligne le ministre de l’Intérieur. Et l’État est disposé à l’aider pour mener à bien sa mission. Y compris en créant un réseau de confiance afin d’échanger au plus haut niveau des informations sensibles. Il est essentiel que ce cercle de confiance se construise entre nous. » Et de rappeler que, partout sur le territoire, des référents sûreté, policiers et gendarmes spécialisés sont chargés d’accompagner les directeurs de la sûreté sur des sujets comme la sécurisation des sites sensibles ou l’installation des systèmes de vidéoprotection. « A l’étranger aussi, les groupes français peuvent compter le réseau des attachés de la sécurité intérieure. En particulier pour évaluer l’état des menaces, que ce soit en matière de terrorisme ou d’espionnage industriel, insiste Christophe Castaner. Par ailleurs, la DGSI [Direction Générale de la Sécurité Intérieure] dispense régulièrement des conférences aux cadres et salariés des sociétés qui, de par la sensibilité de leur activité, leur localisation ou leur production, se trouvent tout particulièrement exposées. »

Erick Haehnsen

« L'État est disposé à aider [le directeur de la sécurité]
pour mener à bien sa mission », indique le ministre de l’Intérieur.
© CDSE
« L’État est disposé à aider [le directeur de la sécurité]
pour mener à bien sa mission », indique le ministre de l’Intérieur.
© CDSE

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