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La réalité virtuelle au service de la prévention des risques

 

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L’ASMT65 utilise la réalité virtuelle pour sensibiliser les professionnels aux risques liés aux TMS et aux RPS. © ASMT65

Ludique à souhait, la réalité virtuelle se révèle aussi un outil efficace pour sensibiliser les entreprises et le grand public à la prévention des risques et la santé au travail. En témoigne l’ASMT 65 (Association de santé et de médecine au travail) basée dans les Hautes-Pyrénées. Avec ses 7 centres et ses 70 collaborateurs répartis dans le département, cet organisme, dont le siège se trouve à Tarbes, compte 5 400 entreprises adhérentes. Elle suit 70 000 salariés travaillant principalement dans le commerce, la réparation automobile, l’hébergement-restauration, l’industrie manufacturière et les soins à la personne. Régulièrement présente sur les salons et autres événements, l’ASMT 65 y présente depuis deux ans une application de réalité virtuelle (RV). Objectif : sensibiliser les visiteurs sur la question des TMS (Troubles-musculosquelettiques) et les RPS (Risques psycho-sociaux). Coiffées d’un casque, les personnes se retrouvent immergées dans un magasin où elles vont se glisser dans la peau d’une caissière. Un métier connu de tous. L’appli amène l’utilisateur à adopter des postures contraignantes et à soulever des charges lourdes. « Il se retrouve aussi confronté à des incivilités de la part de clients qui procurent du stress et peuvent aussi être à l’origine de TMS » , soulève Florent David, responsable communication chez ASMT65. Face au succès de cette application, l’association envisage de sensibiliser les dirigeants des entreprises adhérentes. Elle y travaille mais cela va lui demander de construire, autour de cet atelier, un nouveau module pédagogique. Le premier a impliqué deux autres organismes de santé du Tarn-et-Garonne et du Gers ainsi que l’IUT Paul Sabatier d’Auch qui a participé à son développement. La construction du module revient à Immersive Factory, un spécialiste de la réalité virtuelle.

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La formation en RV dure en moyenne une quinzaine de minutes. © Immersive Factory

Catalogue de contenus mutualisés

Basée à Paris, cette entreprise créée en 2016 compte une trentaine de personnes dont un tiers de développeurs et des formateurs HSE (Hygiène, santé environnement). « Avec la RV, nous faisons passer des émotions. Par exemple nous mettons virtuellement le salarié en danger de manière à impacter sa mémoire et faire en sorte qu’il mémorise les consignes à respecter et les situations d’accidentologie », explique Bertrand Pierre, cofondateur et directeur général de l’entreprise. Cet acteur de la RV développe des contenus en co-construction principalement avec de grandes entreprises. Comme Colas (BTP), Orano (nucléaire), Saint-Gobain (matériaux) ou encore Vinci (énergie et construction). Ensuite, il mutualise ces contenus au sein d’un catalogue disponible moyennement un abonnement annuel. Ce qui les rend accessibles au plus grand nombre. Son catalogue compte une trentaine d’applications HSE d’une durée allant de 10 à 15 minutes. Parmi lesquelles, la co-activité sur les chantiers, le travail en hauteur, la consignation et déconsignation électrique. « En 2024, notre catalogue s’étoffera avec de nouvelles applis dédiées notamment le travail sur échafaudage et le contrôle de conformité des chariots élévateurs », annonce Betrand Pierre. L’offre d’Immersive Factory ne se limite pas aux grandes entreprises et organismes de santé. Elle s’adresse aussi aux PME et aux TPE avec l’organisation de journées consécrées à la sécurité en réalité virtuelle, animées par ses formateurs. « Nous en organisons 250 par an », rapporte le dirigeant.

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Avec ses contenus immersifs, Reverto aide les entreprises à changer durablement le comportement de leurs collaborateurs à vis du harcèlement sexuel, du handicap ou encore de la discrimination. © Reverto

Prévention des RPS

Avec la démocratisation des casques de RV (les plus connus étant ceux de HTC, Meta et Pico), le marché français des solutions immersives dédiée à la santé et à la sécurité au travail s’enrichit chaque année. Elles émanent aussi bien d’organismes de formations que de producteurs de contenus. A l’exemple de 2Jprocess dont le catalogue de réalité virtuelle compte près de 30 contenus différents. Ils couvrent une dizaine de thématiques comme le levage de charges, le risque routier ou encore la prévention des chutes.

Mais la réalité virtuelle s’intéresse aussi la prévention des risques psycho-sociaux (RPS). A l’exemple de Reverto, un producteur de contenus immersifs doublé d’une activité d’organisme de formation. Avec sa vingtaine de collaborateurs, l’entreprise lyonnaise propose des contenus d’une quinzaine de minutes dédiés à la prévention du sexisme en entreprise, harcèlement sexuel, burnout, etc. Des applis réalisées sous la houlette de Lenaïc Cadet, responsable R&D de Reverto. Docteur en psychologie cognitive, celle-ci a réalisé une thèse sur l’impact de la RV sur les émotions et la mémoire.

Coiffés d’un casque immersif, les collaborateurs sont plongés dans une scène de cinéma dont ils deviennent un des personnages. Suivant le scénario choisi, ils vont se retrouver en situation de harcèlement sexuel, handicap ou discrimination. L’enjeu, leur faire ressentir des émotions et les sensibiliser sur ces sujets de sorte à ce qu’ils modifient durablement leur comportement. « C’est de l’apprentissage par l’expérience qui va les former à identifier les situations à risque et à savoir comment réagir sachant que la séance immersive se poursuit par un débriefing et un rappel des procédures », explique Guillaume Clere, réalisateur et président fondateur de Reverto. Lequel prévoit pour 2024 une nouvelle appli consacrée aux violences externes dont sont victimes les personnes travaillant au guichet.

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De plus en plus d’entreprises laissent des casques immersifs en libre-service afin de prévenir les risques RPS. © Healthy Mind

Traitement contre le stress et l’anxiété

En matière de santé au travail, les applications immersives ne se limitent pas à la prévention des risques. Elles peuvent aussi servir à atténuer les douleurs, stress et autres anxiétés, comme le montrent les contenus produits par Healthy Mind. Cette entreprise parisienne regroupe une vingtaine de personnes dont des développeurs et graphistes. Son catalogue dénombre une vingtaine de contenus immersifs. Disponibles en libre-service dans des salles de repos ou prescrits par des professionnels de santé, ils invitent à se relaxer dans des paysages de montagnes, forêts, univers marins, etc. Et ce, durant cinq minutes pour une courte pause à vingt minutes en moyenne. Voire davantage sachant que l’offre s’adresse à deux types de clients. D’un côté, aux entreprises qui veulent proposer à leurs salariés une solution de qualité de vie au travail (QVT). Et de l’autre, aux établissements de soins pour réduire la douleur, l’anxiété et le stress de leurs patients. Pour développer ses contenus, l’entreprise s’appuie sur son comité d’experts médicaux regroupant des anesthésistes, des hypnothérapeutes, des spécialistes de la douleur et des neurosciences. « Nos contenus aident les départements de santé au travail à diminuer les RPS comme le burnout, à améliorer la concentration et éviter les risques de retour à domicile des salariés lorsqu’ils ne se sentent pas bien », explique Antoine Breton, directeur commercial de Healthy Mind. Ce dernier mène actuellement un projet de R&D impliquant des capteurs électro-encéphalographiques. Portés durant les séances immersives, ceux-ci serviront à détecter automatiquement les marqueurs émotionnels afin de moduler et modifier les environnements en temps réel. De quoi personnaliser les séances.

Eliane Kan


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