Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

La pénibilité se niche aussi bien dans l'industrie que le tertiaire

Les contraintes physiques, pressions psychologiques et rythme de travail soutenu ont des conséquences sur la santé et l'espérance de vie des salariés.

Ce mardi 28 avril 2020, nous célébrons la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail (SST). Elle aura pour thème «  la violence et le harcèlement dans le monde du travail ». Ces deux phénomènes constituent une nouvelle forme de pénibilité qui va peser sur l’espérance de vie des actifs. Pour l’heure, un quart des salariés se plaignent surtout des fortes contraintes physiques liées à leur travail (source Ifop).

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Les égoutiers ont une espérance de vie inférieure à celles des ouvriers. © Shutterstock

Parmi les professionnels concernés par la pénibilité, certains en paient un lourd tribut avec une espérance de vie moindre. À l’exemple des déménageurs, ouvriers, agriculteurs et infirmiers. Sans oublier les bûcherons et les égoutiers. Ces derniers exercent un métier mal connu du grand public et particulièrement pénible. Les égoutiers souffrent de la présence de gaz toxiques, de substances chimiques dangereuses, voire même radioactives. Selon le Collectif des égoutiers en colère, ils ont 17 ans d’espérance de vie en moins que les cadres et 7 ans de moins que les ouvriers.

6 % des cadres concernés

Or, à 35 ans, les hommes ouvriers ont une espérance de vie inférieure à la moyenne. Elle s’élève à 42,6 ans de plus contre 44,5 pour la moyenne des hommes sachant que celle des femmes s’avère plus élevée. Pour les hommes, l’espérance de vie la plus longue, soit 49 ans, revient aux cadres et professions intellectuelles supérieures. Cette information provient d’une étude statistique publiée en février dernier, dans le cadre de la réforme des retraites. Il s’agit d’une note publiée par un collectif de mobilisation des agents de la Statistique publique. Selon cette étude, à 35 ans, les ouvriers peuvent espérer vivre sans incapacité jusqu’à 59 ans contre 69 ans pour des cadres.

Parmi ces derniers, 6 % seulement seraient concernés par au moins une contrainte physique élevée. Comme respirer des fumées ou des poussières, être en contact avec des produits dangereux, travailler dans un milieu bruyant ou porter des charges lourdes.

Un quart des salariés épuisés par les contraintes physiques

La pénibilité au travail ne se limite d’ailleurs pas aux fortes contraintes physiques qui toucheraient un quart des salariés. Selon une étude d’Ifop menée en décembre dernier, l’épuisement au travail concerne un actif sur deux. Parmi les nouveaux facteurs, les pressions psychologiques parfois violentes exercées par la hiérarchie, les usagers ou les clients. Ces situations peuvent se cumuler à la pénibilité liée aux rythmes de travail. Dans l’article D 4161-2 du code du travail, le législateur pointe notamment le travail de nuit et celui effectué en équipes successives alternantes.

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Les infirmières de nuit ont des risques élevés de cancers. © DR

Dans ce cadre, les infirmières travaillant en milieu hospitalier paient un lourd tribut. En cause, le travail de nuit et l’intensification du travail dans les unités de soins. L’espérance de vie des infirmières est de 78,8 ans contre 85 ans en moyenne pour les femmes. Autre forme de pénibilité, le rythme de travail répétitif impliquant des mouvements répétés sollicitant tout ou partie des membres supérieurs. Et ce, à une fréquence élevée et sous cadence contrainte.

1 % du chiffre d’affaires consacré à la SST chez Presta Breizh

Une situation que rencontrent quotidiennement les opérateurs travaillant dans l’agroalimentaire. De plus en plus d’employeurs s’appliquent d’ailleurs à améliorer les conditions de travail des opérateurs concernés. A l’instar de Presta Breizh, spécialisée dans la transformation des viandes destinées à la grande distribution. Exerçant dans l’ouest de la France, l’entreprise consacre à la SST 1 % de son chiffre d’affaires. Lequel s’élève à 22 millions d’euros en 2019.

Baisse de la fréquence des accidents

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L’aiguisage des couteaux contribue à diminuer la pénibilité de la transformation des viandes.

Cette année, elle se félicite d’avoir obtenu la première certification Iso 45001 santé et sécurité au travail de son secteur. « Notre métier consiste à désosser, parer* et conditionner les viandes », indique Stéphane Bouthemy, chargé de prévention des risques professionnels dans l’entreprise. Siégeant à Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), cette PME recense près de 500 collaborateurs (dont 90% en CDI) qui travaillent en co-activité sur les lignes de ses clients, des entreprises de l’agroalimentaire.

Centralisation de l’affûtage des couteaux

Pour limiter les risques de troubles musculo-squelettiques, Presta Breizh a décidé d’instituer sur trois de ses quinze sites un poste d’affûtage occupé par un opérateur préalablement formé. Équipé d’une meule, il a la charge de maintenir le pouvoir de coupe des couteaux. « Ce qui évite aux opérateurs d’exercer leur force sur l’outil ou de répéter le geste », explique le responsable SST de Presta Breizh. Reprise en 2013 par deux de ses anciens cadres, l’entreprise connaît un taux de cotisation de 3,84 % contre 5,9 % pour la branche. Le taux de fréquence des accidents a chuté depuis 2014 de 61,56 à 40,42 % en 2019. Idem pour le taux de gravité qui s’élevait à 2,15 % contre 1,13 % l’an passé.

* Le parage des viandes consiste à retirer les nerfs et le gras

Eliane Kan

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