Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

La pénibilité au travail pèse davantage sur le personnel hospitalier

Selon une étude de la Dares, les infirmières, aides-soignantes et sages-femmes paient le plus lourd tribut. La situation promet de s’améliorer avec la prochaine réforme du système hospitalier voulue par le président de la République.

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Le président Emmanuel Macron en visite à l’hôpital le 15 mai dernier. © DR

Le 25 mai aura lieu le lancement du « Ségur de la santé », conformément à la promesse du président de la République. En effet, le 15 mai dernier, Emmanuel Macron avait rencontré le personnel soignant d’un hôpital parisien. Le chef de l’État s’est engagé à mettre fin à leur paupérisation. Mais aussi à revoir l’organisation du système hospitalier affaibli par les réductions budgétaires successives.

Ce nouveau plan s’appuie sur plusieurs piliers. Dont la revalorisation des salaires et des carrières, l’investissement dans les bâtiments et le matériel  ainsi que la mise en place d’une gouvernance plus souple et plus déconcentrée. Dès lundi prochain, les partenaires sociaux seront donc invités à discuter des mesures d’amélioration à apporter à l’hôpital. Ces discussions devront aboutir cet été à la présentation d’un plan qui sera traduit dans le prochain budget de la Sécurité sociale.

Les quatre facteurs de pénibilité à l’hôpital

Parmi les enjeux de la réorganisation des hôpitaux, figure pour le personnel soignant la réduction des contraintes organisationnelles. Lesquelles font partie des quatre facteurs de pénibilité dont souffre le personnel soignant. C’est d’ailleurs ce que relevait en décembre dernier une étude de la Dares. Parmi les salariés des secteurs public et privé, le personnel hospitalier paie le plus lourd tribu en termes de pénibilité. Selon l’organisme de statistique dépendant du ministère du Travail, les plus touchés sont les infirmières, les sages-femmes et les aides soignantes. Quatre risques visent particulièrement le personnel hospitalier. A savoir, les contraintes organisationnelles, les expositions à des agents chimiques et biologiques ainsi que les risques psychosociaux. Plus d’un tiers des hospitaliers se disent être en situation de tension au travail et 57,7 % souffrent d’un manque de reconnaissance.

20% des infirmières à la retraite avec un taux d’invalidité

À ces risques RPS se combinent les contraintes physiques. Ces dernières touchent 85 % des hospitaliers. Pointées du doigt, la position debout prolongée, le port de charges lourdes, la réalisation de mouvements douloureux et fatiguants. Sans oublier les déplacements fréquents et longs. Résultat, 20% des infirmières partent en retraite avec un taux d’invalidité et une espérance de vie inférieure à 7 ans (78 ans au lieu de 85 ans pour une femme).

Plus de 70% du personnel souffrent des contraintes organisationnelles

En plus des contraintes physiques, le personnel hospitalier souffre particulièrement des contraintes organisationnelles. Lesquelles se traduisent par l’abandon d’une tâche pour une autre non prévue (65,8%), le travail le dimanche (45%) ou de nuit, des horaires variables d’un jour à l’autre (34,1%). Sans compter le fait de devoir travailler au-delà de l’horaire officiel et de ne pas avoir au moins 48 heures consécutives pour se reposer. Ces contraintes organisationnelles affectent plus de 70 % des personnels du secteur hospitalier.

Une profession épuisée par le Covid-19

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Thierry Amouroux est infirmier et porte-parole du syndicat SNPI. © D.R.

La situation s’est aggravée avec la première vague du Covid-19. Laquelle a fait plus de 28 000 morts* dont une trentaine de professionnels de soins. « Nous en sortons épuisés car il a fallu gérer l’épidémie mais aussi le manque de personnel, de matériel médical et de protections comme les masques et sur-blouses », témoigne Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers SNPI CFE-CGC. À cela s’ajoutent les craintes du personnel de contaminer les autres patients.

Explosion des appels reçus par la plate-forme SPS

D’où une explosion des appels vers la plate-forme SPS (Soins des professionnels de santé) opérée par l’association éponyme.  Ce dispositif d’accompagnement psychologique, anonyme et confidentiel fonctionne 24 heures/24 et 7 jours sur 7 avec 100 psychologues. Du 23 mars au 5 mai 2020, ces derniers ont traité 2 700 appels émis majoritairement par des femmes (70,6%). Un quart des appels ont eu lieu la nuit ou le dimanche selon SPS qui vient d’ailleurs de faire un bilan. Lequel montre une aggravation de la souffrance des professionnels de santé. Principales raisons, l’anxiété due au coronavirus (45%), l’épuisement professionnel (13%), les problèmes d’organisation du travail (12%) et l’impact du confinement (10%).

Besoin d’effectifs et de lits supplémentaires

Durant le confinement, la plateforme a reçu en moyenne 73 appels par jour dont 35 % proviennent d’infirmiers ou d’aide-soignants. La hausse de la durée des appels continue (actuellement de 23 minutes en moyenne) démontrant aussi un besoin de verbaliser leur stress et leur intense fatigue. D’où leur besoin d’être épaulés et reconnus. Un défi que l’État doit relever en revalorisant les carrières et les salaires qui sont parmi les plus bas d’Europe. Mais aussi en créant des effectifs et des lits supplémentaires.

Eliane Kan

* au 18 mai 2020, on enregistre 28 108 mots dont 17 466 à l’hôpital.

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