La détection d’intrusion se dissout dans la convergence IP

Dans l’univers des nouvelles technologies, on assiste souvent à des effets de cannibalisation. Ainsi le numérique est-il en train d’avaler l’analogique. Dans la foulée, l’irrésistible ascension du protocole IP (Internet Protocole), sur réseau Ethernet, ouvre une voie royale à la convergence des systèmes de détection d’intrusion, de contrôle d’accès et de vidéosurveillance (DicaVS). Un évolution au départ confortée par la pertinence de la levée de doute vidéo qui est venue en complément de la détection d’intrusion. Mais la convergence des systèmes de sécurité ne s’arrête pas là. Elle est même en passe de s’étendre à la gestion technique des bâtiments (GTB) et à la détection d’incendie. Comme l’illustre la nouvelle centrale Desigo CC de Siemens Building Technologies (SBT) qui est certifiée  »Unité d’aide à l’exploitation vers les systèmes de détection d’incendie Sinteso et d’asservissement STT20. Dans un monde parfait, la vision d’ingénieur voudrait faire triompher l’idée que toutes les informations provenant de multiples capteurs d’une site (intrusion, température, humidité) ainsi que des caméras de vidéosurveillance et autres lecteurs de badge… convergent sur les écrans d’un système global de supervision (dans le cas d’un seul système vidéo), voire d’hypervision (dans le cas de plusieurs systèmes vidéo ou plusieurs superviseurs). Est-ce à dire pour autant que les systèmes de détection d’intrusion seraient déjà en train de se faire absorber, engloutir, phagocyter ou cannibaliser ? Ce serait peut-être aller un peu vite en besogne.

Étude préalable de sécurité
Une chose est sûre : « Après les attentats terroristes de Charlie Hebdo et du Bataclan qui ont eu lieu à Paris, la détection d’intrusion revient sur le devant de la scène. A côté de la vidéosurveillance, la demande en systèmes de détection d’intrusion est en train de monter en puissance dans les établissements recevant du public (ERP), les lieux culturels et le tertiaire, constate Stéphanie Tucoulet, secrétaire générale du syndicat des professionnels de la sûreté, vidéoprotection et détection incendie (SVDI). Autrefois, seuls se sentaient principalement concernés les organismes d’intérêt vital (OIV) ou les sites industriels. Aujourd’hui, nous assistons à une accélération de la prise de conscience dans une très grand nombre d’établissements du danger potentiel du terrorisme. » Bien sûr, la sirène d’alarme peut faire fuir des malfaiteurs mais, même très forte, elle a peu de chances de dissuader des terroristes déterminés à tuer. « En revanche, les personnes présentes ne tarderont pas à comprendre qu’elles doivent évacuer les lieux au plus vite », poursuit Stéphanie Tucoulet. A cet égard, le SVDI plaide pour une solide formation des installateurs : « Avant de préconiser une solution, le professionnel doit être en mesure de réaliser une étude préalable de sécurité, incluant le plan d’évacuation. Car, entre une supérette, une tour de bureaux ou un théâtre, les besoins en détection d’intrusion, alarme et évacuation sont différents, reprend Stéphanie Tucoulet. De même, entre un bureau de tabacs en centre ville et en banlieue, les solutions vont varier. »

Alarmes sur smartphone
Néanmoins, certains distributeurs et installateurs critiquent le secteur de la détection d’intrusion car ils trouvent que les fabricants d’éléments n’innovent pas assez. Peut-être que l’édition 2016 d’Expoprotection, qui aura lieu du 7 au 9 novembre au parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris, leur donnera tort. « Les contacts secs, qui détectent l’ouverture d’une porte ou d’une fenêtre, n’ont guère changé depuis des années. Tout juste a-t-on vu les capteurs infrarouges (thermiques pour la vision nocturne) ou radar (mouvement) converger dans un seul produit. Mais, les principes physiques restent les mêmes, remarque Jean-François Jorre, responsable du pôle études et projets de CCF (groupe Sonepar), un distributeur à valeur ajoutée présent dans une dizaine de villes en France. A côté de cela, la principale innovation en détection d’intrusion, c’est que presque tous les fabricants ont développé des applications pour smartphones. » Dans le sillage de la levée de doute vidéo, les caméras de vidéosurveillance grand public intègre un détecteur de mouvement et des LED. Via une box Internet, elles envoient l’alerte d’intrusion aussi bien à un télésurveilleur qu’à un smartphone. Ces systèmes convergents sont même devenus un standard dans les applications d’entrée de gamme pour le résidentiel ou le petit tertiaire en DIY (Do it yourself ; à installer soi-même). Citons, entre autres, Abus, HIK Vision, Honeywell, iProtect, RSI Video Technologies, UTC, Vanderbilt ainsi que la centrale Verisure de Securitas Direct qui va jusqu’à propose une fonction anti-brouillage grâce à une connectivité supplémentaire sur le réseau Sigfox dans le cas où le réseau GSM serait perturbé. « Les centrales sont en général programmables en page Web et les notifications de sécurité sont souvent consultables sur smartphone. Autre évolution, les centrales sont de plus en plus souvent connectées aux capteurs par radio mais, pour les grandes installations, on privilégie la connexion en mode filaire », commente Jean-François Jorre.

Rationaliser les infrastructures de sécurité
Détecter les intrusion, s’acquitter de la levée de doute grâce à la vidéo, bloquer certaines issues ou, au contraire, en débloquer d’autres… Chacun ressent le besoin de rationaliser les infrastructures de sécurité. Les grands comptes ont mené la danse en demandant à leurs intégrateurs de faire converger contrôle d’accès, détection d’intrusion et système de gestion de la vidéosurveillance (VMS : Video Management System) sur réseau Ethernet. D’emblée, il a donc fallu bâtir les briques de l’interopérabilité.
Côté systèmes, les éditeurs d’hyperviseurs spécialisés comme Prysm ou Saretec ont su orchestrer l’interopérabilité de différents VMS (Video Management Systems), contrôles d’accès et centrales d’alarme-intrusion sur un même système global de sécurité. « Ces hyperviseurs sont l’apanage des grandes installations complexes comme les prisons, les sites militaires ou les stades et les entreprises à sites multiples, approfondit Jean-François Jorre. Côté équipements matériels (capteurs, lecteurs de badges, caméras…), les éditeurs fournissent des outils logiciels qui permettent aux fabricants de s’interfacer avec les hyperviseurs ou les superviseurs. Une fois ces développements réalisés pour un projet donné, les intégrateurs peuvent s’en servir pour le suivant. » A condition, bien sûr, de maintenir à jour les interfaces. On s’en doute, les constructeurs de systèmes vidéo comme Avigilon, Bosch, HIK Vision qui disposent de superviseurs ainsi que les Pure Players de la supervision (oude l’hypervision) comme Eryma, Genetech, Milestone, Prysm, Saretec, SeeTec ou Siemens (qui a revendu ses activités d’équipements à Vanderbilt) ont à cœur de développer des écosystèmes cohérents avec leurs partenaires. Objectif : actualiser en permanence les interfaces entre superviseurs (ou hyperviseurs) avec les équipements matériels de sécurité.
Ce qui n’est pas une mince affaire. « Nous sommes assurés de la compatibilité avec tous les plus gros fournisseurs d’équipements matériels. Mais, sur un projet, il peut arriver que nous soyons obligés de développer une passerelle en raison d’un équipement spécifique vers les protocoles ouverts comme Onvif, OPC ou Bacnet. Il faut alors s’assurer, lors des mises à jour que cette compatibilité persistera, soulève Nicolas Ponche, ingénieur commercial chez Siemens. Par ailleurs, certains constructeurs affichent la compatibilité OPC, par exemple, mais ne la respectent pas toujours sur l’ensemble des spécifications du standard. La compatibilité ne n’est alors que partielle. » Un classique dans le numérique !

 Les centrales sont en général programmables en page Web et les notifications de sécurité sont souvent consultables sur smartphone.
© SBT
Les centrales sont en général programmables en page Web et les notifications de sécurité sont souvent consultables sur smartphone.
© SBT

Les VMS en poupe
En matière de superviseurs (ou d’hyperviseurs), les solutions qui proviennent du monde de la vidéosurveillance semblent avoir le vent en poupe. « Ce phénomène se déroule surtout dans le tertiaire. Il y a une raison économique à cela. Les hyperviseurs issus de la détection d’intrusion commercialisent des licences serveurs mais aussi applicatives pour le contrôle d’accès, l’anti-intrusion et la vidéosurveillance. Surtout, s’ajoute à cela des licences pour les équipements physiques : pour vos 50 portes, vos 100 fenêtres et vos 100 caméras. Cela finit par faire cher. Tandis que les éditeurs de superviseurs à base de VMS, qui deviennent de plus en plus intelligents, ne font payer que les licences pour serveurs, comptabilise Jean-François Jorre. En parallèle, de plus en plus d’installateurs-intégrateurs deviennent des fabricants ensembliers. Ils prennent un VMS du marché, y rajoutent leur couche logicielle, achètent les équipements matériels en OEM [Original Equipment Manufacturer ; fabricant d’équipement d’origine, NDLR] en Asie et y apposent leur logo. Ainsi fournissent-ils des solutions complètes à leur nom pour le petit tertiaire. Nous-mêmes, nous avons été tentés par Prysm mais nous avons abandonné ce projet à cause de la complexité des mises à jour logicielles. »

Mouvements de concentration
La rationalisation des systèmes de sécurité suscite des  »Fusac » (Fusions et acquisitions). Signe des temps, Honeywell Security and Fire, qui a récemment fusionné ses branches sécurité, détection de gaz et incendie, a annoncé l’acquisition d’Xtralis, fournisseur de solutions de détection de fumées ainsi que de RSI Video Technologies (pour 113 millions d’euros) en mars dernier. Ce spécialiste français des systèmes d’alarme sans fil à levée de doute vidéo sous la marque Videofied, basé à Strasbourg (67) a réalisé plus d’un million d’installations dans plus de 60 pays depuis sa création en 2000. « Le marché de la détection intrusion est marqué par l’intégration de plus en plus poussée des logiciels de contrôles d’accès, de détection intrusion et de vidéosurveillance pour faire de la levée de doute. Dans ce contexte, l’offre de sécurité intégrée d’Honeywell Security, baptisée Win-pak, gère ces trois grandes fonctionnalités, resitue une porte-parole de Honeywell Security and Fire. L’ensemble du marché évolue également vers l’IP (Internet Protocol) qui offre une capacité de transmission de données plus importante et plus rapide ainsi qu’une plus grande facilité d’intégration des différents systèmes de vidéosurveillance et de contrôle d’accès. Cette tendance va se concrétiser avec des services disponibles dans le Cloud. Cela permettra de stocker des données et d’accéder à des sites protégés à partir de tablettes ou de smartphones. Reste que cette évolution prendra du temps, en raison, notamment, des questions relatives à la protection des données personnelles qui sont encore sans réponse », détaille un responsable de Honeywell Security.

Diversification des services
« Le marché de la supervision est en pleine croissance », rapporte Yves Scouman, commercial chez l’éditeur Prysm, un éditeur de logiciel de supervision qui réalise avec 15 salariés un chiffre d’affaires de 1,5 million d’euros en 2015 contre 1,3 million d’euros en 2014. La progression de ses ventes repose sur différents facteurs. D’abord, les utilisateurs finaux sont demandeurs d’une performance accrue des systèmes intégrés dans le bâtiment et d’une gestion plus efficace de leur personnel. « Ils demandent des outils adaptés, du reporting, des mains courantes électroniques, du suivi de maintenance, etc », indique Yves Scouman, technico-commercial chez Prysm. A cela s’ajoutent la diversité des techniques et du matériel nécessaires à la mise en œuvre de la sécurité du bâtiment. Laquelle repose de plus en plus sur les interactions entre l’alarme intrusion, la vidéosurveillance et le contrôle d’accès. « Ces fonctions sont couvertes par notre superviseur AppVision Physical Security Integration Manager », indique le technico-commercial de Prysm. L’entreprise fondée en 1996 à Aix-en-Provence délivre une plate-forme de supervision en architecture ouverte aux intégrateurs ou aux fabricants. Dernière en date, la version 4 étrenne une nouvelle interface graphique qui supporte la 3D. Par ailleurs, l’information peut être filtrée de trois manières différentes : par région, groupe et gravité. Enfin, la gestion des alarmes s’enrichit avec un niveau de gravité configurable tandis que l’affichage vidéo et des synoptiques se déclenchent en cas d’alarme.

Vers la GTB

De son côté, Til Technologies, société acquise en 2014 par Sorhea, adopte la même tendance et pousse le service dans une direction particulière : « A la demande de clients comme EY, Safran ou DCNS, nous avons intégré la gestion des temps de repos des collaborateurs, explique Christophe Larcher, responsable commercial de la région France Nord chez TiL Technologies qui a sorti en avril dernier une nouvelle version de sa centrale Micro Sésame capable de gérer 40.000 points logiques ou analogiques répartis sur un ou plusieurs sites. Nous avons aussi dématérialisé le traditionnel badge de contrôle d’accès sur smartphone NFC chez SFR à Saint-Denis. » A l’instar d’Alcea et de son superviseur Alwin, qui va jusqu’à gérer les armoires à clé ainsi que les serrures connectées d’Assa Abloy, Til Technologie tente une incursion dans la GTB. mais, c’est bien la plate-forme Desigo CC de Siemens Building Technologies, lancée en 2015, qui va le plus loin. Outre la sécurité incendie et la sûreté, sa gestion centralisée couvre non seulement le poste chauffage, ventilation, climatisation et éclairage mais aussi l’énergie.

Eliane Kan et Erick Haehnsen

Le marché réclame des outils adaptés, du reporting,
des mains courantes électroniques, du suivi
de maintenance... © Prysm
Le marché réclame des outils adaptés, du reporting,
des mains courantes électroniques, du suivi
de maintenance… © Prysm

Nouveau capteurs chez UTC
Le groupe UTC Fire & Security Products étoffe sa gamme de détecteurs. A commencer par le mini détecteur de mouvement 6933AMP. Fonctionnant en intérieur tout comme à l’extérieur, il embarque deux détecteurs infrarouges passifs indépendants et un module radar. Les trois capteurs doivent s’activer pour déclencher le signal d’alarme d’intrusion. De quoi réduire les fausses alarmes. En outre, avec la technologie infrarouge active ce nouvel équipement peut détecter toute tentative de masquage. L’installateur peut sélectionner une des 4 plages de détection prédéfinies (3, 6, 9 ou 12 mètres) en fonction de l’application pour laquelle il sera utilisé. Par ailleurs ce produit peut être installé à plat sur le mur, à 90° perpendiculaire au mur en utilisant un support en T ou un accessoire de support articulé qui peuvent être achetés séparément. Enfin, en raison de sa taille, il peut être facilement intégré dans les applications résidentielles ou en petit tertiaire. Autre nouveauté, cette caméra Wedge Wifi IP Truvision 3 Mp à vision panoramique de 160°. Équipée d’un objectif fixe de 1,6 mm, elle fournit des images de haute résolution (1920 x 1080 de résolution) et fonctionne de jour comme de nuit. Cette nouvelle caméra embarque une détection de mouvements, un masquage dynamique de zones privatives ainsi qu’un franchissement de ligne. Conçue pour fonctionner dans des conditions difficiles, elle bénéficie d’un indice de protection IP 33 et de protection aux chocs IK8. La transmission des images par WiFi peut s’accomplir jusqu’à 50 mètres. Les taux de transmission vont de 11 Mbs à 150 Mbits.

Un sas virtuel pour contrôler l’unicité des passages dans les zones sécurisées
Optex Security, le spécialiste japonais de la détection infrarouge depuis près de 40 ans renforce la sécurité des accès avec sa solution Accurance 3D. Ce système a pour originalité de créer, à l’aide de capteurs logés dans le plafond, une sorte de sas virtuel qui contrôle l’unicité de passage. De quoi déjouer les personnes qui se faufileraient derrière un salarié pour pénétrer dans un lieu protégé. Ce système de détection d’unicité de passage peut être utilisé conjointement avec les portes tournantes, les sas et autres systèmes de porte de sécurité. « Notre système peut également détecter si les personnes transportent des sacs à dos, portent des boissons ou poussent des caddies », explique Patrice Ollier, le directeur commercial d’Optex Security France dont l’établissement français est basé à Arnas (Rhône). La solution comprend un ou plusieurs capteurs fixés au plafond reliés à un boîtier de commande. Ce dernier héberge le logiciel qui analyse les images reçues par les capteurs pour déclencher ou non l’ouverture des accès. Concrètement, le système Accurance 3D utilise la technologie de « temps de vol » (Time of Flight). Cela signifie que le capteur, qui est composé d’un émetteur infrarouge et d’une caméra, mesure le temps de réflexion de la lumière infrarouge émise entre le sol et le capteur. Ce processus permet de cartographier tous les objets en 3D. Le logiciel de la boîte de commande peut alors coder la hauteur des objets détectés et les rendre visuellement plus facile à identifier. C’est ainsi qu’il peut discriminer une personne d’un chariot. Accurance 3D possède également sa propre fonction anti-sabotage. Il avisera le système d’alarme si des personnes masquent son capteur ou essayent de contourner sa fonction analytique en couvrant leur tête.


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