Gérer les risques
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Risques industriels et environnementaux

Isabelle Tisserand (anthropologue médical) : « Le travail collectif solidifie les programmes de sécurité globale »

Sorti le 1er mai, l’ouvrage ''Sécurité Alternative : une réponse aux futures menaces ?'' réunit 26 experts de la sécurité, de la sûreté et de la défense. Isabelle Tisserand, anthropologue médical, docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, chercheur et Capitaine de corvette de la réserve citoyenne de la Marine nationale, développe le concept de sécurité alternative.

Comment est née l’idée de ce livre ? 

Nous vivons une époque où tout le monde se plaint de n’avoir pas le temps, d’être isolé. J’ai voulu réunir un collectif de résistants à ces tendances, de gens enthousiastes à l’idée d’un travail interdisciplinaire et intergénérationnel afin de réfléchir aux grandes questions de sécurité, de sûreté et de défense. Et nous avons prouvé que le défi n’était pas impossible ! En un an, nous avons collecté la parole de 26 experts : journalistes, coachs, psychiatres, ostéopathes, préfets, élus, officiers, médiatrices culturelles, sociologues, etc. Des hommes et des femmes de terrain qui travaillent dans différentes branches depuis de nombreuses années mais aussi des jeunes talents. Tous ont été sélectionnés pour leur passion pour ces métiers difficiles.

Qu’est-ce que la sécurité alternative ? 

Le concept a émergé de l’ensemble de ces travaux. C’est l’idée tout d’abord que les Etats et les entreprises doivent être sécurisés avec la même exigence. La sécurité alternative prône un recrutement préventif des professionnels et des volontaires pour limiter les risques humains inhérents à ces métiers. La sécurité alternative développe également des stratégies pluridisciplinaires et interculturelles. On ne fait rien tout seul ! Le travail collectif est nécessaire pour créer des programmes de sécurité globale solides. L’idée de la mixité hommes / femmes est également essentielle à ce concept.

Quel est son objectif ? 

La sécurité alternative s’inscrit le plus possible dans le prédictif pour endiguer les risques avant qu’ils ne surviennent dans tous les contextes des domaines de la sûreté, de la sécurité et de la défense, qu’ils soient privés ou publics. Les risques évoluent sans arrêt, la sécurité doit suivre et proposer des alternatives continuellement. Dans notre ouvrage, chaque auteur soumet un ou plusieurs projets.

En quoi consistent ces propositions ? 

Alain Juillet, instigateur du concept d’intelligence économique, propose par exemple d’encourager toutes les entreprises à développer cette notion afin d’anticiper les risques. Viviane du Castel, docteur en sciences politiques, nous interroge sur la nécessité de créer une véritable école globale de la sécurité qui homogénéiserait la profession. Le docteur Laurent-Melchior Martinez (Marine nationale), suggère aussi de démocratiser le soutien psychologique dans toutes les entreprises. Ce sont des métiers où persistent de nombreuses tensions, où les sollicitations sont nombreuses. Et pour être efficace, il faut savoir maîtriser le stress.

Ces suggestions sont-elles faciles à mettre en place ? 

Oui mais il faut une révolution des esprits ! Une acceptation de l’idée du collectif, une maîtrise des égos. Tous ces projets méritent d’être examinés.

A qui s’adresse ce livre ? 

Principalement à la jeune génération. Nous sommes confrontés à un problème de relève. Pour inciter les vingt-trente ans à s’engager dans ces métiers, nous devons leur expliquer les grands thèmes de la sécurité, la sûreté et la défense. L’ouvrage s’adresse aussi à tous nos collègues, pour leur rendre hommage, les remercier pour les sacrifices qu’ils font au quotidien et les informer. Et puis au citoyen intéressé par ces problématiques. L’objectif principal est de démythifier et démystifier la sécurité et d’en proposer une vision concrète, issue du terrain.

Caroline Albenois

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