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Risques industriels et environnementaux

Interview de Xavier Dorveaux (Sysnav) « Dans 10 à 20 % des cas, les GPS ont du mal à recevoir le signal »

Interview du porte-parole de Sysnav, une entreprise qui développe un système innovant couplant magnétomètres et capteurs inertiels pour géolocaliser les biens et les personnes.

Peut-on toujours se fier au GPS pour géolocaliser avec précision un bien ou un véhicule ? 

Pas vraiment, le GPS ne garantit pas l’intégrité du signal. Dans 10 à 20% des cas, les utilisateurs rencontrent des problèmes de réception du signal dès lors que le boîtier GPS se situe dans des zones confinées (tunnels, parkings, sous-sols, canyon urbains, etc) ou dans certaines conditions météorologiques ou encore dans des mines ou d’autres environnements poussiéreux. Surtout, les systèmes GPS peuvent être victimes de systèmes de brouillages.

Quelles sont les alternatives disponibles ?

Il existe peu d’alternatives, et c’est bien là le problème. Parmi les solutions de géolocalisation existantes, la centrale inertielle indique de manière relative la position d’un véhicule par rapport à son point de départ. Elle se base sur des gyroscopes qui mesurent les angles et des accéléromètres qui permettent de mesurer la vitesse. La navigation inertielle offre l’avantage d’être totalement autonome. En revanche, elle est très onéreuse et ne vise que les applications lourdes des secteurs de la défense et de l’aérospatial. Autre technologie alternative au GPS, les systèmes utilisant la position d’un terminal radio (smartphone, puce, etc) par rapport à des bornes radio ou wifi environnantes. Mais ces solutions fonctionnent sur des périmètres définis – souvent sur une zone indoor, avec des infrastructures parfois contraignantes, et restent vulnérables au « rebond » du signal radio qui peut induire des erreurs.

En quoi l’offre de Sysnav est elle innovante ? 

Nous avons développé une technologie de géolocalisation nouvelle génération, « magnéto-inertielle » qui se substitue ou complète un GPS. Elle fonctionne partout et en toute circonstance, en garantissant l’intégrité du signal. C’est une révolution. Cette solution associe d’un côté des capteurs inertiels bas coûts, une technologie qui a été démocratisée avec les Smartphones, et de l’autre des magnétomètres, capteurs qui mesurent en permanence les variations du champ magnétique pour en détecter les variations. Leurs données sont traitées par les algorithmes Sysnav, qui sont le cœur de la technologie. Ces calculs délivrent une précision de l’ordre du mètre sachant que les systèmes inertiels génèrent une dérive, de l’ordre de 0,1%. A la différence du GPS, cette solution est insensible aux interférences radios.

De quelles ressources R&D disposez-vous en interne ?

Sysnav est née d’une vocation : rassembler une expertise française unique en matière de navigation. Le Lab de Sysnav est constitué d’une vingtaine de collaborateurs dont des ingénieurs spécialisés en mathématiques appliqués et en électronique embarquée. Ils sont issus du Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques du ministère de la Défense. Nous avons également des docteurs en mathématiques appliquées provenant de l’Ecole Mines ParisTech. Le président-fondateur David Vissière, ingénieur polytechnicien de formation, a d’ailleurs reçu le prix spécial de l’Ingénieur de l’année en 2010 par l’Usine Nouvelle, et a été désigné cette année parmi les dix lauréats français du prix de l’innovation de la prestigieuse MIT Technology Review.

A quels marchés vous adressez vous ? 

Toutes les applications pour lesquelles la perte du signal GPS engendre une perte de valeur. A savoir donc, les opérateurs portuaires qui doivent synchroniser les mouvements des conteneurs avec les navires, les exploitants de mines, mais aussi les opérateur de transport de valeur, les gestionnaires de sites et de véhicules sensibles. La technologie Sysnav est d’ailleurs en train d’être formalisée à destination du marché militaire. Ce qui nous permettra de démocratiser notre technologie. On pourra par exemple la retrouver dans le futur à bord des véhicules sans pilote qui vont requérir une géolocalisation précise de tous les usagers de la route pour éviter les accidents. Le système se décline même dans le secteur médical avec une application « d’actimétrie » embarquée dans une montre qui permet de mesurer l’activité physique des patients.

Eliane Kan

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