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Aujourd'hui et demain

Sûreté et sécurité

IA en vidéoprotection : à quand le vrai déploiement ?

D’un côté, on trouve des start-ups qui peinent à dépasser le stade des expérimentations en grandeur réelle. D’un autre côté, les plus grands acteurs suscitent des craintes conduisant à la nécessité d’établir une souveraineté technologique.

Technologie prometteuse mais encore balbutiante, l’intelligence artificielle (IA) accélère sa diffusion dans tous les domaines d’activité. Et notamment dans la vidéosurveillance et la vidéoprotection où elle suscite de grands espoirs. « L’IA est la seule issue possible pour travailler en temps réel et non plus seulement en élucidation, après coup », estime Dominique Legrand, président de l’Association nationale de vidéoprotection (AN2V) qui organise, le 4 avril à Paris une journée consacrée aux « Retours d’expérience des analytics audio et vidéo ». L’appellation « Intelligence artificielle » concerne les systèmes auto-apprenants à base de Machine Learning et de Deep Learning qui, à force d’apprentissage, s’exécutent particulièrement vite. Mais attention, la société d’investissement londonienne MMC Ventures constate que 40% des 2 830 sociétés européennes qu’elle a examinées prétendent utiliser l’IA alors qu’elle n’en font pas ! En cause, le manque de sérieux des investisseurs ainsi que la rareté des profils de Data Scientists et autres chercheurs en IA. Du coup, se pose la question de la crédibilité de l’IA en vidéosurveillance, qu’elle soit commerciale ou académique.

Crédibilité commerciale
Au plan commercial, les acteurs les plus gros sont les mieux placés. On pense, par exemple, à Genetec qui s’est associé à la start-up israélienne BriefCam, dont l’IA sait condenser une journée d’images vidéo en à peine une minute ! « L’intérêt, c’est de permettre à un agent de vidéosurveillance d’aller droit aux éléments les plus intéressants », analysait Guillaume Charon, directeur commercial France, Belgique, Luxembourg, Maghreb de Genetec, lors de la dernière édition du salon Expoprotection (du 6 au 8 novembre 2018 à Paris, Porte de Versailles). Ici, le ténor canadien des logiciels de supervision de systèmes de sécurité joue un peu le rôle de navire amiral pour BriefCam, et lui apporte donc sa crédibilité.

Puissance académique

D’un point de vue académique, HIKvision, leader mondial des constructeurs de systèmes vidéosurveillance, est fort de 26 000 employés (fin 2017), dont 13 000 ingénieurs. Le groupe, basé à Hangzhou, ne manque pas de spécialistes en IA. Il en a fait la démonstration, à l’occasion d’Expoprotection 2018, avec son système de reconnaissance faciale à bord même de la caméra de vidéosurveillance ainsi qu’avec son système d’analyse comportementale capable de créer en temps réel les profils des personnes qui passent devant ses caméras. Les détails de méta-données sont impressionnants : sexe, âge approximatif, couleurs des vêtements, avec ou sans bagage, lunettes, sac-à-dos, vélo, etc. Tous ces critères de classification sont générés et archivés à la volée et permettent de retrouver une personne d’une caméra à l’autre, afin de reconstituer son cheminement. « Il s’agit de reconnaître la femme en pull rouge qui a abandonné sa valise dans un aéroport », souligne Suchen Weng, ingénieur de support technique chez HIKvision qui admet que cette technologie est encore en développement.

Souveraineté technologique
A l’opposé de l’échiquier, les start-ups françaises comme Aquilae et XXII se sont positionnées sur le même créneau que HIKvision. Difficile de concurrencer frontalement le leader mondial d’autant qu’elles ont du mal à dépasser le stade des POC (Proof of concept). A la SNCF et à la Tour Eiffel pour Aquilae, chez Casino pour XXII. « Nous commençons à avoir des clients récurrents », explique Maiwenn Régnault, directrice de la communication de XXI qui, cependant, ne peut donner les noms de ses clients. Nul doute que de puissants partenariats industriels ainsi que de vrais contrats commerciaux les aideraient à décoller. Mais il y a autre chose. « La problématique de l’IA en vidéo et audio, c’est la souveraineté, le risque cyber, la fuite des données… Il faut à la fois se méfier des sociétés étrangères, notamment asiatiques et américaines, et travailler avec en osmose », estime Dominique Legrand. D’où l’intérêt de supporter non seulement nos start-ups, mais aussi nos constructeurs de caméras comme le français Pryntec (TEB) et les européens Axis Communications, Mobotix et Tattile. Ce soutien pourrait se structurer davantage dans le 17e Comité stratégique de filière, le CSF Sûreté, en cours de construction à partir du Conseil des Industries de la Confiance et de la Sécurité (CICS) et du Comité de la Filière Industrielle de Sécurité (CoFIS) sous le patronage de la Direction Générale des Entreprises (DGE).

Erick Haehnsen

Création à la volée de profils détaillés chez HIKvision.
© Agence TCA
Création à la volée de profils détaillés chez HIKvision.
© Agence TCA

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