Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

Gyrolift facilite l'accès au poste de travail pour les personnes en situation de handicap

Cette start-up en cours de création a développé un véhicule sur deux roues aidant les personnes en situation de handicap à se déplacer aussi bien assises que debout. Cet engin innovant est basé sur un gyropode qui, à la différence des fauteuils roulants, a le mérite de se faufiler dans n'importe quel ascenseur, de circuler dans les couloirs les plus étroits et de passer n'importe quel pas de porte. De quoi aussi encourager l'insertion sociale par le travail.

Les personnes en situation de handicap ont toujours de grandes difficultés à accéder au monde du travail. Pourtant, elles représentent 8,4% de l’ensemble des demandeurs d’emploi, selon l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph). Fin mars dernier, leur population s’est élevée à 486.258 personnes – en hausse de + de 5%. Parmi les principales raisons, l’âge élevé des demandeurs, le manque de formation, l’inadaptation du poste de travail et les difficultés d’accessibilité. Les personnes à mobilité réduite ne sont pas les seules à souffrir de cette situation. Avec le recul de l’âge du départ à la retraite, bon nombre de salariés âgés connaissent des difficultés pour travailler de longues heures en station debout ou tout simplement cheminer sur de longues distances afin de se rendre d’un bâtiment à un autre.

Basé sur le Segway

Ces difficultés de santé au travail pourront être palliées avec l’apparition prévue en 2018 du Gyrolift, un véhicule innovant sur lequel les personnes valides ou à mobilité réduite peuvent se déplacer assises ou en station debout. Une première dans le monde, selon ses concepteurs qui ont construit cet engin sur la base d’un gyropode – également appelé aussi Segway, du nom du fabricant éponyme. Bien connu du grand public mais aussi des professionnels de la sécurité et de la logistique notamment, le gyropode est un engin urbain. Inventé en 2001 par l’Américain Dean Kamen, il est constitué d’une plate-forme pourvue d’un guidon et montée sur deux grosses roues. La vitesse de ces engins tourne autour des 20 km/h pour une autonomie allant de 20 à 40 km selon les modèles.

Objet d’une thèse à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines

L’idée d’y ajouter un siège provient de Luc Soubielle, père d’un enfant handicapé et président de l’association Handipode. Employé chez Enedis (nouveau nom d’ERDF), ce dernier a présenté l’idée à Eric Monacelli, professeur des universités à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Dans un premier temps, ils ont mis en place un sujet de stage pour étudier la faisabilité du projet. Ensuite, Eric Monacelli a lancé une thèse sur le sujet qu’a obtenue Lambert Trenoras au Laboratoire d’ingénierie des systèmes de Versailles (LISV). « Ma thèse portait sur l’analyse et l’interprétation des variations intentionnelles ou perturbatrices de la station debout sur gyropode », indique ce jeune docteur en robotique aujourd’hui co-fondateur et président de Gyrolift, l’entreprise qui conçoit et développe l’engin éponyme. La start-up qui sera créée en fin d’année compte déjà quatre personnes dont trois docteurs.

Bénéfices physiologiques

« L’avantage d’installer un fauteuil sur un gyropode, c’est que cet engin peut se faufiler partout, même dans les ascenseurs ou les couloirs étroits, à la différence de la plupart des fauteuils roulants », fait valoir le jeune dirigeant qui insiste aussi sur les bénéfices physiologiques apportés par le Gyrolift. Lequel dispose d’un système robotisé pour verticaliser les personnes handicapées en les faisant passer de la station assise à la position debout. De quoi réduire les risques d’escarres, diminuer les problèmes de transit intestinal et consolider les os. Autre avantage attendu, au plan professionnel, le salarié handicapé va gagner en autonomie. Il n’aura plus besoin de solliciter de l’aide d’un tiers pour attraper un objet en hauteur. Il pourra aussi travailler comme les autres en station debout. Surtout, il ne se sentira plus en situation d’infériorité puisqu’il pourra parler dans une position d’égale à égale avec ses interlocuteurs.

Une aide à la réinsertion sociale par le travail

La réalisation du Gyrolift a nécessité le développement de différentes technologies qui ont abouti au dépôt de plusieurs brevets. Lesquels portent notamment sur la sécurisation électronique du Gyrolift et sur le procédé de verticalisation de l’utilisateur en fonction de son poids et de sa taille. Cette phase est en effet délicate car le gyropode se contrôle avec le centre de gravité du conducteur. « Le fait de contrôler la trajectoire de verticalisation évite de perturber le déplacement du gyropode, explique Lambert Trenoras qui prévoit d’engager une démarche de marquage CE et de faire rentrer le Gyrolift dans la liste des produits et des prestations remboursables par la Sécurité sociale. Pour l’heure, nous espérons vendre le Gyrolift en 2017 au prix d’environ 10.000 euros, hors gyropode. » D’ici là, un démonstrateur et un prototype ont été réalisés avec l’appui financier notamment d’Enedis, de l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et de BPIFrance. « Notre partenaire Enedis espère contribuer ainsi à la réinsertion d’agents qui sont en mobilité réduite », rapporte Lambert Trénoras qui finalise actuellement la version préindustrielle du Gyrolift, attendue pour le 13 octobre.

Eliane Kan

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