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Fumées de soudage : la Carsat récompense Ygnis Industrie pour sa lutte contre le risque chimique

L’Assurance Maladie - Risques professionnels (AM-RP) a désigné six entreprises lauréates pour leur engagement dans la protection de leurs employés contre le risque chimique. Parmi celles-ci, Ygnis Industrie a décroché un trophée dans la catégorie “fumées de soudage”.

L’Assurance Maladie – Risques professionnels (AM-RP) poursuit sa lutte contre le risque chimique. Elle vient ainsi de remettre à six entreprises des trophées destinés à récompenser leurs actions contre l’exposition de leurs employés à quatre agents cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR). A savoir les émissions de moteur diesel, les fumées de soudage, le perchloroéthylène et le styrène. Plus spécialement dans la catégorie « fumées de soudage », c’est la société Ygnis Industrie, filiale du groupe spécialisé dans les solutions de confort thermique Atlantic, qui a remporté le trophée.

Des émanations de chrome 6
Sur son site de Cauroir (59) près de Cambrais, cette entreprise emploie 130 personnes dans la fabrication de chaudières et de ballons d’eau chaude pour le marché collectif. « Une grosse partie de notre activité consiste à souder de l’acier inoxydable. Or les fumées qui résultent de cette opération génèrent des émanations de chrome 6 qui est une substance CMR », explique, dans une vidéo réalisée par la Carsat, Boris Bouchez, coordinateur du projet sécurité chez Ygnis Industrie. Le soudage est une activité à haut-risque pour les soudeurs comme pour les personnes qui œuvrant à proximité. Ce sont surtout les fumées qui s’en dégagent qui sont potentiellement nocives. « Ces fumées, mélangées à de l’air chaud, sont formées, en proportions variables suivant le procédé, de gaz et de poussières dont les dimensions sont en quasi totalité inférieures au micromètre. Du fait de leur très petite taille, ces poussières sont susceptibles d’atteindre la région alvéolaire de l’appareil respiratoire », met en garde l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

Le changement de mentalité
Du côté de l’industriel, ce sont surtout les postes de soudeurs d’inox qui étaient concernés par ces risques. « Au début des années 2000, quand le groupe Atlantic a racheté Ygnis Industrie, nous avons changé de médecin du travail. Le nouveau venu nous a tout de suite sensibilisés au risque du chrome 6 », témoigne Boris Bouchez. La société a alors mis en place des EPI dotés de cagoules ventilées ainsi que des torches aspirantes à la source connectées en un réseau pour centraliser le traitement les fumées des soudures classiques. Sans oublier de nouveaux procédés de soudure moins dangereux.

Un accompagnement individuel des opérateurs
La gestuelle de soudage réclame un savoir-faire difficile à acquérir et les accidents (blessures, brûlures, lésions ou encore électrocution) sont nombreux. Pour changer leurs procédés de soudure, les employés ont donc dû être formés à de nouvelles techniques. « Dans un premier temps, nous avons eu une réunion d’information sur les risques du chrome 6. Ensuite, des groupes de travail ont été créés avec les services de support des opérateurs. Ces derniers ont été accompagnés de façon individualisée pour acquérir les nouvelles techniques de gestuelle de soudage », se rappelle dans cette même vidéo, Loïc Lefer, chaudronnier-soudeur chez Ygnis Industrie.

Le rôle déterminant de la Carsat
Dès le départ, la Caisse d’assurance retraite et de santé au travail (Carsat) a accompagné l’entreprise dans sa démarche de lutte contre l’exposition au chrome 6. « Nous n’avions pas les moyens de mesurer les niveaux d’exposition ou de faire des essais en laboratoire. La Carsat a donc été, depuis le début du projet, un de nos interlocuteurs principaux », témoigne Boris Bouchez. « Lorsqu’en 2012, Ygnis Industrie s’est rapprochée de nos services pour réclamer une solution capable d’abaisser ce niveau d’exposition, la seule solution que nous avions en magasin à l’époque, c’était des torches aspirantes », se rappelle Sylvain Vaniscotte, contrôleur sécurité à la Carsat.

Une décision qui a sûrement sauvé l’entreprise
L’étroite collaboration entre l’industriel et la caisse d’assurance a permis, d’une part, de faire des essais et de choisir de nouveaux procédés de soudure. Et, d’autre part, de trouver les torches aspirantes les plus efficaces. « A ce jour, nous avons mis en œuvre toutes les solutions que nous avions identifiées. Cela fait trois années consécutives que les mesures d’exposition que nous effectuons sont largement inférieures aux valeurs limites obligatoires », évoque le responsable du projet de sécurité. Outre la satisfaction morale d’avoir amélioré la qualité de vie au travail de ses employés, l’entreprise s’estime également saine et sauve : la soudure représentant une grande part de son chiffre d’affaires. Si la société avait perdu son autorisation de souder, elle aurait très certainement dû mettre la clé sous la porte…

Ségolène Kahn

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