Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

Formation incendie : de nombreux concernés, peu de formés

En France, on évalue à 7% seulement le taux de personnes initiées aux risques incendie. Et cela malgré les outils existants...

Acquérir un comportement instinctif et efficace face à un incendie devrait être une préoccupation majeure pour chacun d’entre nous et ceci aussi bien dans la vie privée que professionnelle.
Malheureusement en France, on déplore que seulement 7 % de la population possède des notions de base de secourisme et soit initié aux risques incendie. Ce chiffre peut paraître particulièrement inquiétant lorsque l’on sait que, selon l’article L 231-3-1 du Code du travail, tout chef d’établissement est tenu d’organiser une formation pratique et appropriée en matière de sécurité au bénéfice des travailleurs qu’il embauche. Force est de constater que, dans beaucoup de sociétés, cette règle n’est pas ou mal appliquée, contrairement aux pays nordiques par exemple, où la formation du personnel est une obligation prioritaire avant toute prise de fonction dans l’entreprise.
En outre, l’article R 232-12-21 précise que les consignes doivent prévoir des essais et visites périodiques du matériel et des exercices, au cours desquels le personnel apprend à reconnaître les caractéristiques du signal sonore d’alarme générale, à se servir des moyens de premier secours et à exécuter les diverses manoeuvres nécessaires. De plus, ces exercices et essais périodiques doivent avoir lieu au moins tous les six mois. Leur date et les observations auxquelles ils peuvent avoir donné lieu sont consignées sur un registre tenu à la disposition de l’inspecteur du travail. Il est enfin important de préciser que la responsabilité du chef d’établissement sera recherchée en cas d’accident ou de sinistre.

Intra ou inter ?

Tout employeur doit donc faire dispenser à son personnel une formation adaptée à son environnement de travail. Cette formation passe tout d’abord par une instruction théorique expliquant le cheminement d’un incendie, de ses différents modes de déclaration et d’extinction. Il semble logique que bien comprendre comment un feu se déclare, comment il se propage et comment il s’éteint, tout cela permet de mieux l’appréhender et d’ainsi moins le redouter.
Les formations peuvent se prodiguer, selon leur but, de deux manières, soit en intra, c’est-à-dire à l’intérieur de l’entreprise, soit en inter, c’est-à-dire à l’extérieur de l’établissement. Dans l’un ou l’autre des cas, les outils pédagogiques, outils et équipements utilisés seront adaptés aux qualifications ou compétences recherchées. Les programmes de formation comprennent deux parties, l’une théorique et l’autre pratique. De manière générale, ces programmes sont pratiquement identiques quel que soit l’organisme de formation, la finalité étant l’acquisition de connaissances générales ou l’obtention d’un certificat ou d’un diplôme selon le cas. La formation théorique est dispensée sur les supports traditionnels comme les tableaux, les chevalets de conférence, les transparents, les diaporamas, les présentations PowerPoint et/ou les vidéos, etc. Il n’existe aucune règle en la matière, chaque organisme de formation utilise sa propre méthode selon ses préférences et ses équipements. La formation pratique fait appel à différents outils, dont certains très sophistiqués. Toutes ces formations sont dispensées par des organismes agréés possédant leurs propres matériels et installations ou par des sociétés comme Angèle Concept faisant appel à toutes les technologies et compétences disponibles dans ce domaine. Ceci afin de pouvoir proposer une large gamme de prestations.

Les formations de base et spécialisées

Dans le cadre des obligations patronales liées au Code du travail, la formation de base a pour objectif de sensibiliser l’ensemble du personnel à la prévention incendie.
Elle permet, au travers d’exercices pratiques, de tester la réactivité des employés et l’efficacité des consignes de sécurité mises en place. Cependant, aucune autre obligation n’est clairement formulée. A l’extrême, le simple rappel de quelques recommandations élémentaires peut être considéré comme une formation. C’est la raison pour laquelle plusieurs organismes, comme Ifopse, souhaitent que ce point soit parfaitement défini, précise Yannick Macaire, directeur d’exploitation de cette société. En l’absence de règles clairement notifiées, chaque organisme propose donc ses propres modules de formation. Chaque programme peut alors porter une dénomination spécifique, comme celle de la société Action Formation intitulée SME (Sensibilisation à la manipulation des extincteurs) our la partie concernant l’utilisation des extincteurs. En outre, quel que soit le nom donné par chacun des organismes, cette formation est non diplômante mais peut faire l’objet de la délivrance d’une attestation de stage. Les supports de la partie théorique sont constitués par la projection de films ou de documents sur vidéoprojecteur.
Les thèmes abordés dans les programmes théoriques se retrouvent dans pratiquement toutes les formations. Ils abordent les sujets tels que :
> le principe de combustion,
> le triangle du feu,
> les classes de feux,
> les modes de propagation,
> les principes généraux de prévention,
> l’alarme, l’alerte et les procédures d’évacuation,
> les modes et procédés d’extinction, ainsi que la description des agents extincteurs utilisés.
Après concertation préalable entre l’organisme de formation et le responsable de l’établissement, les informations sur les consignes internes spécifiques à l’entreprise sont aussi abordées. La partie pratique, pour sa part, permet aux employés de savoir comment se comporter et intervenir face à un incendie, d’acquérir le bon réflexe et une bonne gestuelle face au feu.
Les autres formations plus exhaustives, comme celles des EPI (équipiers de première intervention), des ESI (équipiers de seconde intervention) et plus particulièrement celles qualifiantes destinées aux SSIAP (Services de sécurité incendie et d’assistance à personnes), utilisent des outils simulant des conditions d’intervention se rapprochant au plus près de celles pouvant être rencontrées dans la réalité.

Les sites de formations

Le choix du lieu de formation dépend de plusieurs critères, mais principalement du type de formation souhaitée. Une simple formation sera généralement dispensée au sein même de l’entreprise ou dans un véhicule équipé à cet effet stationné sur le site même de l’établissement. En revanche, les formations sur feux réels importants seront prodiguées sur des sites ou plateaux techniques spécialement équipés et appareillés pour ce but. L’on peut alors retrouver les principales configurations de sites industriels et tertiaires, voire, dans le domaine de l’aéronautique, avoir à faire face à un avion en flammes, comme le précise Yannick Macaire.

Les générateurs de flammes

Pour simuler tous types de feux, il est coutume d’utiliser des bacs à gaz. Ceux-ci sont constitués d’une rampe à gaz immergée dans de l’eau et alimentée par une bouteille de gaz. Ces bacs peuvent être équipés de différents modules afin de simuler tous types de feu : ordinateur, poubelle, friteuse, armoire électrique, etc. “Ces systèmes présentent l’avantage de pouvoir traiter un véritable feu en utilisant les moyens d’extinction traditionnels équipant les bâtiments”, explique Eric Mayeux, d’Action Formation.
Les stagiaires peuvent en outre constater les différents effets des agents d’extinction sur les différents types de matériaux. Ces générateurs sont propres, non polluants et ne dégagent aucune fumée toxique. Ils peuvent être installés rapidement sans aucune préparation préalable. Les principaux inconvénients sont liés aux conditions météorologiques : pluie, vent, gel, etc.

Les simulateurs de feu

Depuis quelque temps, les matériels de simulation se sont développés afin de coller au plus près à la réalité. Plusieurs sociétés ont ainsi développé des nouveaux matériels, instrumentés et manipulés par les apprenants interagissantavec un environnement virtuel 3D dans le cadre de scénarios préparés par les formateurs. Le principe consiste en la projection sur un écran d’une image d’un local comportant plusieurs sources possibles de départ de feu (poubelle, écran d’ordinateur, armoire électrique, etc.) et la détection par des capteurs de toute la gestuelle de l’élève, y compris le choix et le respect des consignes d’utilisation des moyens d’alarme et d’extinction mis à disposition. Ces capteurs transmettent toutes les informations au simulateur qui les analyse, les interprète et envoie la séquence correspondante sur l’écran.
L’élève peut alors constater en temps réel les conséquences d’un oubli, d’une mauvaise manipulation ou d’une mauvaise évaluation de la distance d’attaque ou de direction et même d’un mauvais choix de l’agent extincteur. Ce type de simulateur d’incendie permet de plongerle stagiaire dans une situation de départ de feu de n’importe quelle classe sans les inconvénients d’un feu de gaz ou d’hydrocarbure réel. Restituant les images et les sons des différents types d’incendie, le stagiaire se retrouve face à un feu en images réelles et peut agir sur celui-ci en utilisant l’extincteur approprié. Du fait de leur virtualité, les incendies ainsi recréés ne génèrent aucune salissure pour le personnel formé et sont totalement respectueux de l’environnement. La particularité de ces simulateurs utilisés par Ifopse est de disposer d’un didacticiel élaboré par ses soins permettant au stagiaire d’approfondir ses connaissances dans le domaine de l’incendie.
Grâce à un écran individuel, il peut ainsi répondre à un questionnaire à choix multiples ; une base de données permet de corriger ou de compléter les réponses.
Malgré tout, pour Yannick Macaire et Eric Mayeux, cet outil de formation doit être considéré comme une première approche et ne peut véritablement remplacer une formation sur feu réel. D’autres genres de simulateurs permettent de reproduire un scénario lors de la découverte d’un début d’incendie sur le lieu de travail sont utilisés pour simuler des foyers d’origine électrique, informatique ou de poubelle. Les éléments équipant ces simulateurs reproduisent tous les effets produits lors d’un incendie (effets lumineux, fumée, odeurs, crépitements, alarmes sonores, etc.). Disposé dans une poubelle, à l’intérieur d’un ordinateur fictif ou dans une gaine technique, le rendu est saisissant. Le déclenchement de ces simulations est ordonné à distance par le formateur, les participants agissent ensuite directement sur le foyer simulé en temps réel grâce à des extincteurs à air comprimé. L’utilisation de ces simulateurs permet de réaliser des formations dans un environnement réel sur des risques spécifiques à l’établissement. Il permet en outre de prendre en compte des facteurs essentiels lors d’un incendie, la panique, la propagation des fumées, etc.

Les unités mobiles de formation

Selon leur grandeur, les unités mobiles de formation peuvent être composées de deux ou trois espaces comprenant une salle de cours, une cellule pour les manipulations pratiques, un espace pour les exercices d’évacuation et une zone équipée de systèmes de désenfumage permettant d’expliquer le principe de désenfumage. De par leur conception, ces unités, qui peuvent résister des températures élevées, permettent aussi de recréer des feux réels dans un volume restreint.
Elles peuvent en outre être équipées de matériel pédagogique comme des RIA, alarme, détecteur incendie, déclencheurs manuels, diffuseurs sonores, exutoires et commandes de désenfumage… Les simulateurs d’incendie reproduisent des feux de solides, d’origine électrique ou encore de gaz, les stagiaires ont alors une large vision de l’ensemble des équipements qu’ils sont susceptibles de rencontrer. De plus, conformément à l’arrêté du 5 mai 2005 (prérequis pour les organismes de formations agréés SSIAP), les unités mobiles de formation doivent être équipées d’un SSI (Système de sécurité incendie) de catégorie A comprenant tous les équipements techniques permettant la mise en sécurité d’un bâtiment (portes coupe-feu, désenfumage, clapets, volets, etc.).

Pour en savoir plus

Cet article est extrait du Magazine APS – numéro 158 de février 2007.
Pour plus d’information sur nos publications, contactez Juliette Bonk .

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