Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risque incendie

Elitt inocule une dose d'ergonomie aux camions de pompiers pour feux de forêt

Créée en 2014 par deux ingénieurs mécaniciens à Bassens, près de Bordeaux (Gironde), cette start-up augmente la capacité de stockage en eau de la citerne. Laquelle ne dépasse pas de la cabine afin de mieux se faufiler entre les arbres.

En France métropolitaine, 4.000 départs de feu ont lieu en moyenne chaque année et 24.000 hectares de forêt sont incendiés, selon l’observatoire du ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer. Les 3⁄4 des communes françaises ayant subi des feux sont situées dans la moitié sud de la France. Ces zones boisées ont un fort potentiel combustible en raison des essences représentées et de la sécheresse des sols. En outre, les conditions climatiques (vent, chaleur) ainsi que la nature de la végétation sont favorables aux déclenchements de feux de forêts en Corse, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en Languedoc-Roussillon, en Drôme, en Ardèche et en Aquitaine. En France, 6.000 communes sont classées à risque de feu de forêt, soit une commune sur six, dont les trois-quarts situées dans le sud de la France.

Un nouvel acteur dans les camions-citernes feux de forêt
Cette situation a conduit deux ingénieurs mécaniciens, Julien Dablemont, 38 ans, président (Cnam) et Alexandre Mondout, 28 ans, directeur général (Insa Toulouse) à créer la société Elitt qui conçoit et fabrique des camions-citernes feux de forêt (CCF) dont la fabrication a débuté l’année dernière. « Nous avons déjà livré 4 CCF qui sont entrés en service depuis 6 mois et nous en avons 12 à livrer d’ici l’été prochain », explique Julien Dablemont. Lequel n’est pas un néophyte en matière de CCF puisqu’il a dirigé pendant 5 ans le bureau d’études d’un concurrent avant de travailler durant 4 ans dans un chantier naval où il a rencontré Alexandre Mondout.

Châssis Mercedes
« Nous avons voulu profiter de la création de notre société pour innover. Nous avons misé sur l’ensemble châssis, cabine et groupe motopropulseur Mercedes car non seulement il est conforme aux normes Euro 6 anti-pollution mais surtout il offre une prise de force très intéressante, poursuit Julien Dablemont qui présente un modèle au Congrès national des sapeurs-pompiers dont l’édition 2016 ouvre ses portes à Tours ce mercredi 21 septembre jusqu’au 24 septembre. Côté innovation, nous proposons une pompe incendie dotée d’un moteur hydraulique et non pas thermique. Ce qui apporte davantage de fiabilité, de souplesse d’utilisation et réduit l’effort de maintenance. D’où une plus grande fiabilité. »

Une citerne moins large dotée d’un plus grand volume d’eau
Le tandem d’ingénieurs-mécaniciens ne s’arrête pas là. Il mise sur sur une nouvelle conception de la citerne. « Nous avons conçu un nouveau profil de sorte que la citerne ne dépasse par en largeur de la cabine, à la différence de la majeure partie de nos concurrents. En effet, si la cabine passe entre les arbres, la citerne passera également, sans frotter, reprend le président d’Elitt. Par ailleurs, la capacité de la citerne atteint 6.000 litres d’eau, soit 500 litres de plus que la moyenne des modèles du marché. Ce rajout est très apprécié par les sapeurs-pompiers. »

Ergonomie d’utilisation
Autres astuces, l’accès obligatoire pour monter sur la citerne ne s’effectue plus sur le côté mais par l’arrière du véhicule. Ce qui renforce la sécurité des sapeurs-pompiers lorsqu’ils doivent intervenir dans la circulation routière. Dans la foulée, les équipements les plus utilisés, comme les tuyaux, les lances ou les raccords, sont accessibles de plain-pied à partir de coffres. « Cela sécurise la manœuvre », estime Julien Dablemont qui propose des CCF entièrement personnalisés pour s’adapter aux besoins des pompiers en fonction de leur département. Forte de deux autres associés et d’un capital de 60.000 euros, Elitt vend ses CCF aux alentours de 300.000 euros, dont 150.000 euros pour le châssis. Aujourd’hui, la start-up loue son atelier à Bassens et sous-traite une partie de sa fabrication. D’ici un an, elle compte acquérir ses propres locaux et rapatrier l’ensemble de sa production.

Erick Haehnsen

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