Gérer les risques
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Santé et qualité de vie au travail

Développement de la cobotique : vers de nouveaux dangers ?

La cobotique, ou robotique collaborative, séduit le monde de l’industrie, de la logistique et des services car elle soulage le salarié des tâches pénibles. Mais la cobotique comporte, elle aussi, son lot de risques.

Le cabinet d’étude Eurogip vient de publier une étude sur la prévention des risques dans le domaine de la robotique collaborative. Pour ce faire, ce spécialiste des études européennes sur la santé au travail a dressé la synthèse d’études scientifiques internationales menées par des organismes comme l’Institute for Occupational Safety and Health of the German Social Accident Insurance (BGIA/IFA) en Allemagne, le Centre technique des industries mécaniques (Cetim) ou l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) en France. Ou encore l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST) au Québec et le National Institute of Occupational Safety and Health (JNIOSH) au Japon. Une étude qui surprend dans le contexte actuel où la cobotique jouit d’une image positive, en ce sens qu’elle soulage les salariés des tâches pénibles comme le port de charges de lourdes. 

Risques de choc ou d’écrasement
En abolissant la frontière entre les zones robotisées et les zones de travail des salariés, les applications robotiques collaboratives entraînent de nouveaux risques liés aux contacts robots/humains, qu’il s’agisse de chocs ou d’écrasement. Ces risques sont d’autant plus élevés que les robots aptes à la collaboration ne sont pas intrinsèquement sûrs. Une étude de l’IRSST met ainsi en évidence que, parmi les systèmes robots collaboratifs observés, plusieurs utilisent des robots industriels classiques qui ont été adaptés à la collaboration. Pourtant, ces robots industriels adaptés ont des limitations intrinsèques (vitesse angulaire inférieure aux vitesses des robots classiques, charges utiles moindres, etc.) qui réduisent certains risques. Mais c’est insuffisant : plusieurs études font état d’accidents par écrasement direct ou par écrasement contre un autre objet rigide.

Risques de TMS
Bien qu’il soit attendu de la robotique collaborative qu’elle diminue les risques de troubles musculosquelettiques (TMS), l’IRSST et l’INRS ont remarqué que le changement de rythme ou d’intensité du travail (par exemple la manipulation de charges plus lourdes) peut en créer de nouveaux. Cet ensemble de risques liés au rapprochement robots/humains est d’autant plus important que le rapport du Netherlands Organisation for Applied Scientific Research (TNO) aux Pays-Bas souligne la nécessité d’une proximité humaine, afin d’assister le robot apte à la collaboration. L’humain doit encore piloter le robot (bien que cette tâche soit vouée à disparaître du fait de l’amélioration de son autonomie) et sa présence reste indispensable pour préserver la sécurité en surveillant le robot. Enfin, seul un humain peut s’assurer de la qualité générale d’un produit ou analyser les diagnostics d’erreurs en provenance du robot. 

Risques psychosociaux
Outre les risques physiques, des risques psychosociaux (RPS) ont été identifiés par l’IRSST et l’INRS. De fait, le stress lié à la crainte d’un contact dangereux ou répété avec les robots pousse le salarié à rester attentif aux déplacements du robot, entraînant un effort de concentration supplémentaire et, à terme, des risques psychologiques. La crainte du contact n’est qu’un seul des foyers de stress potentiels impliqués par la robotique collaborative. Le sentiment de déshumanisation du travail, l’aversion à une concurrence robots/humains ou encore le malaise face au travail partagé entre homme et machine sont à nouveau évoqués comme facteur de risques. En parallèle, certains psychologues soulignent qu’un excès d’humanisation, en termes d’apparence du robot, peut entraîner un rejet de la part des salariés.

Erick Haehnsen

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