Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

« Chez ArcelorMittal, nous réalisons au niveau européen nos propres tests de validation de nos EPI »

Interview de François Nollet, animateur sécurité en charge de l’expertise technique des EPI à l’usine d’ArcelorMittal de Dunkerque et expert EPI protection des pieds pour le comité EPI européen d’ArcelorMittal.

Info.expoprotection.com – Que produisez-vous sur le site de Dunkerque et quels sont les risques les plus importants à écarter ?
François Nollet – « Notre usine a une capacité de production de 7 millions de tonnes d’acier par an. Il s’agit de l’un des plus gros sites de productions en Europe. Cette activité génère des gaz. Une partie de ces gaz est réutilisée dans l’usine et une autre partie est expédiée dans une centrale au gaz de GDF pour produire de l’électricité. Au quotidien, le risque le plus important est lié au monoxyde de carbone. Sur tout le site, nous avons installé des détecteurs de gaz fixes. Les standards de sécurité du groupe obligent tout le personnel à porter un détecteur de gaz afin de détecter les fuites. Ceux qui sont appelés à travailler dans les zones les plus à risques sont équipés d’appareil respiratoire isolant. »
Info.expoprotection.com – Quels EPI portez-vous habituellement sur le site ArcelorMittal Atlantique de Dunkerque?
François Nollet – « Les opérateurs du site portent, été comme hiver, un vêtement de travail « blousons et des pantalons » pour se protéger sur leur lieu du travail. Il s’agit d’un tissu de type multirisque, et flamme retardant confectionné pour les vêtements standards en coton-polyester. Nous utilisons des tissus différents en fonction du type de risque. Un tissu ignifugé pour retarder les flammes et certifié niveau E2 voir E3 de la norme ISO 11612 pour protéger contre les projections de métal en fusion, mais aussi un tissu ignifugé et déperlant pour assurer une protection contre les projections d’acide. Le cabinet externe Balyac Engineering a participé à l’élaboration d’un cahier des charges européen. Nos vêtements sont conformes à la norme ISO 11612 pour la protection chaleur et flammes, ou à la norme EN 1149-5 pour les propriétés de dissipation électrostatique, et à la norme EN 13034 pour la protection limitée aux petites éclaboussures de produits chimiques liquides sous forme de brouillard ou de spray. Nous avons une harmonisation mondiale de nos vêtements de travail avec le design ArcelorMittal fait en bicolore orange et gris, avec des bandes réfléchissantes de type 3M certifiées FR et adaptées au lavage industriel. A cela s’ajoute une panoplie complète de gants antichaleur, anticoupure, antiacide… »
Info.expoprotection.com – Qu’en est-il des chaussures ?
François Nollet – « Pour les chaussures, je me montre aussi très exigeant. Il faut qu’elles soient certifiées selon la norme EN 20345 et la nouvelle norme EN 20449 pour nos risques liés au process à chaud, à la protection contre les risques de projection d’acier liquide, et en cuir pleine fleur et dotées de semelles offrant un certain coefficient d’adhérence et d’amortissement. Nous privilégions les semelles métalliques antiperforation. Nous réalisons au niveau Européen chez ArcelorMittal nos propres tests de validation de nos EPI. Par exemple pour vérifier la qualité de nos chaussures certifiées EN 20349 nous plongeons régulièrement des échantillons de nos fournisseurs dans la fonte liquide durant 5 secondes pour vérifier la résistance de la semelle, des coutures et de la qualité du cuir. Le prochain test chaussure aura lieu en avril 2012. »
Info.expoprotection.com – Et vos fondeurs, comment sont-ils protégés ?
François Nollet – « Les salariés qui interviennent sur les hauts fourneaux où règne une température de la fonte en fusion pouvant atteindre 1 450 °C portent des vêtements flamme retardant minimum E2 et, sur ceux-ci, un ensemble constitué d’un manteau aluminisé, d’une cagoule aluminisée avec un casque intégré, des gants, des bottes de fondeur et guêtres. Le manteau est à la fois protecteur des projections de métal en fusion et du rayonnement infra rouge, il est suffisamment souple pour ne pas entraver les mouvements. Il est composé de trois couches : du carbone kevlar aluminisé pour réfléchir l’infrarouge, un feutre en carbone kevlar et enfin une couche de tissu en coton de 340 gr/m2. Avec les avancées technologiques, les manteaux ont été sensiblement allégés puisque nous avons gagné 2 kg sur le poids initial. Quant aux cagoules, elles sont pourvues d’un écran facial constitué d’un verre bitriplex épais sur lequel est superposée une couche de verre recouverte de poudre d’or. Nos gants en cuir thermique sont également recouverts au-dessus de la paume d’un carbone kevlar aluminisé. Nous souhaitons attirer l’attention des lecteurs sur un point très important, notre comité Européen ArcelorMittal pour les EPI rédige maintenant en interne des recommandations techniques EPI : nous demandons aux salariés de porter soit des casques certifiés EN 397 option MM (for molten metal splashes) soit des casques en fibre de verre qui résistent aux projections d’acier liquide, haute température et flamme. Sachant que suite aux tests internes, nous avons constaté que l’ABS fond à 180 °C et ne peut donc pas résister à l’acier liquide. »
Info.expoprotection.com – Comment suscitez-vous l’adhésion de vos collaborateurs ?
François Nollet – « Nous concevons les produits avec les collaborateurs les plus exigeants en les interrogeant sur les risques contre lesquels ils doivent se protéger. Lorsque nous recevons les vêtements prototypes, nous leur remettons pour qu’ils les testent, se les approprient et les “vendent” auprès de leurs collègues. La validation définitive passe par le CHSCT. »
Propos recueillis par Eliane Kan

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