Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Santé et qualité de vie au travail

Chaussures de sécurité : encore plus respectueuses du confort et de la morphologie des utilisateurs

Plus légers, robustes et ergonomiques, les nouveaux modèles contribuent à limiter les risques, notamment les glissades, tout en séduisant les utilisateurs avec des matériaux, des couleurs et des designs qui répondent à toutes les envies.

Plus d’un demi-siècle après la recommandation du Bureau international du travail (BIT) en faveur du port des chaussures de sécurité, ces équipements de protection individuelle (EPI) ont considérablement évolué avec des matériaux techniques de plus en plus robustes, confortables mais aussi plus légers. A titre d’exemple, on trouve des modèles « homme » en cuir ou en textile qui pèsent moins d’un kilo, embout et semelle anti-perforation compris. A cela s’ajoutent leur look inspiré de l’univers du Running (course à pied en français). Autant d’évolutions qui ont largement contribué à susciter l’adhésion des porteurs. « Les utilisateurs se sont rendus compte de l’intérêt d’être bien chaussés avec des produits de qualité à la fois légers, confortables et ergonomiques. En particulier grâce aux systèmes à absorption d’énergie ou au système de laçage rapide. Lequel permet d’être rapidement chaussé », rapporte Laurent Lairy, PDG de Protect’Homs, une entreprise spécialisée depuis 24 ans dans la fourniture de produits de sécurité sur les lieux de travail.

Les glissades et les chutes de plain-pied, deuxième cause d’accidents 

Aussi design soient-elles, les nouvelles chaussures professionnelles ne lésinent en rien sur la prévention des risques. Q’ils soient mécaniques, chimiques, thermiques, biologiques. Sans oublier bien sûr ceux liés aux déplacement telles que les glissages ou les chutes de plain-pied qui représentent, à elles seules, la deuxième cause d’accidents du travail avec arrêt. Sur les 621.111 accidents de travail survenus en 2014, les glissades et trébuchements avec chute en ont représenté 91.710 (soit 13% des cas) dont 36 décès. Tous les secteurs sont concernés par ce type de sinistralité.

Des semelles signées Michelin et Garsport

Parmi les causes probables, le défaut d’entretien ou le manque de renouvellement des chaussures sont pointés du doigt par les fabricants. Dommage quand on sait qu’ils ont accompli ces dernières années de gros efforts pour évacuer les liquides au sol et améliorer la stabilité des utilisateurs afin d’éviter les glissades. Comme l’illustre la nouvelle collection Garsport Héritage, née de la collaboration entre Michelin, le fabricant français de pneus et l’italien Garsport, une PME familiale créée en 1972. Destinée aux industries légères et à l’artisanat, il s’agit d’une chaussure de Running, basse et très légère puisqu’elle pèse moins de 500 grammes pour une pointure 42. Surtout, cette chaussure de sécurité (norme 20345)* se distingue par sa semelle au design très technique. En effet, celle-ci est recouverte de crampons qui favorisent l’adhérence au sol, de sillons profonds pour donner de la flexibilité et de sculptures lamellisées qui favorisent l’évacuation de l’eau. « Le design de la semelle s’inspire du pneu de camion Cargo Xbib qui est connu pour son adhérence à la route », commente Pascal Kiraly, dirigeant d’Etxecom qui représente l’entreprise italienne sur l’Hexagone.. La collection se décline en cinq modèles dont deux sont normés S3 et trois en S1P. Parmi lesquels la chaussure Monza S1P, fabriquée avec une empeigne associant un cuir velours et un nylon haute résistance pour un meilleur confort. Elle est aussi doublée en Airmesh synthétique qui la rend extrêmement transpirante.

La technologie PU2D concilie confort et résistance

S’inspirant du Running mais aussi du Trail (course à pied en milieu naturel), la gamme Run-R de Heckel s’adresse, quant à elle, à un large spectre d’utilisations dans l’industrie légère, l’artisanat, la logistique ou encore les collectivités. Les modèles en brodequins et chaussures basses intègrent un embout et une semelle anti-perforation en composite. Ils sont par ailleurs pourvus d’une semelle en PU double densité (PU2D) constituée d’une couche tendre pour favoriser un bon amortissement et une bonne absorption des chocs et une seconde plus dense qui résiste bien à l’abrasion au niveau de la semelle d’usure. Egalement très dessinée, cette dernière présente à l’avant des rainures pour une meilleure accroche ainsi qu’un profil Gripstep pour les opérateurs qui ont à grimper sur des échelles ou des escabeaux. Côté confort, ces modèles sont fournis avec des tiges en microfibres et une doublure Mesh qui favorise l’évacuation de la vapeur d’eau. A cela s’ajoute son système astucieux de laçage rapide qui permet un bon maintien du pied. « La Run-R est également fournie avec une semelle de propreté amovible traitée aux charbons actifs pour des effets anti-bactérien et anti-odeur », fait valoir Laurent Rebstock, responsable marketing d’Uvex Heckel, la filiale française du groupe allemand. Autre point fort de cette semelle de propreté, son profil massant au niveau de la voûte plantaire et ses deux surfaces d’absorption des chocs à l’avant et à l’arrière.

L'intérieur de la chaussure
est traitée au charbon actif.
© Uvex Heckel
L’intérieur de la chaussure
est traitée au charbon actif.
© Uvex Heckel

Un coefficient antiglisse élevé de 0,98

En finir avec les glissades et les chutes, c’est aussi ce que préfigure  »24 Bit », la nouvelle collection d’Aimont, la marque de Jallatte. Cette paire de sneakers résolument jeune et  »branchée » s’adresse aux opérateurs travaillant dans le second œuvre du bâtiment, l’industrie légère et les services.
L’entreprise familiale revendique pour ce modèle un coefficient de résistance au glissement de 0,98. Soit selon Jallatte, une valeur plus de trois fois supérieure à celle requise par la norme. « A cela s’ajoute un amorti hyper souple de la semelle qui est dotée d’un embout aluminium injecté », indique le fabricant.

Cette paire de Sneakers devrait
séduire les Geeks.
© Jallatte
Cette paire de Sneakers devrait
séduire les Geeks.
© Jallatte

Des EPI pour travailler sur sols gras et humides

La problématique des glissades concerne en premier lieu les opérateurs contraints de travailler sur des sols gras et humides comme dans l’industrie agroalimentaire ou les services de restauration. Des secteurs dans lesquels l’entreprise familiale Gaston Mille se positionne avec, entre autres, une collection en microfibres joliment colorée et baptisée  »Flower Grip ». Respectueux de l’anatomie du pied féminin, la plupart des modèles sont fournis avec un embout de sécurité en composite. A l’instar du modèle  »Azalée » dont la tige et la doublure sont traitées antibactérien. Pesant 700 grammes, ce modèle est monté sur un talon de 4 cm et une semelle injectée en polyuréthane monodensité. Pour rendre la station debout moins pénible, il dispose en outre d’un absorbeur d’énergie au niveau du talon et d’un avant-pied spacieux. « En proposant des produits à la fois confortables et ergonomiques, nous aidons les entreprises à réduire la pénibilité au travail », revendique Nicolas Mille qui incarne la quatrième génération à la tête de l’entreprise créée en 1912. Dans la perspective d’accroître ses ventes en France et à l’export, ce dernier a renforcé en décembre dernier son site de production implanté à Courthézon, dans le Vaucluse.

L'Azalée de Gaston Mille
est destinée au milieu de
la restauration et des industries
agroalimentaires.
© Gaston Mille
L’Azalée de Gaston Mille
est destinée au milieu de
la restauration et des industries
agroalimentaires.
© Gaston Mille

Un imprimé fleuri pour garder sa féminité

Réduire la pénibilité de la station debout, un thème sur lequel se positionne aussi Parade, filiale d’Eram, avec son concept de  »Voûte plantaire suspendue » qui réduit la fatigue prématurée en soutenant l’arche du pied. Cette technologie concerne une centaine de modèles. Parmi lesquels le Venice (norme 20345) destiné aux femmes. Point fort, son design floral qui permet aux porteuses de garder leur féminité tout en étant bien protégées grâce un embout acier 200 joules, une semelle antiperforation en textile et une semelle SRC en PU2D. Ce modèle qui pèse 900 grammes la paire (sur une pointure 37) fait partie des 58 modèles conçus spécifiquement pour les femmes par Parade basée à Saint–Pierre-Montlimart (Maine-et-Loire). « Nous avons renforcé en 2014 les moyens de production de notre usine de Jarzé avec l’automatisation d’une de nos lignes de lignes de production injectée et la création de l’Ecole de la chaussure pour maintenir le savoir faire de l’entreprise», indique Laure Leblon, chef de produit chez Parade.

Le modèle Venice comporte
un embout acier.
© Parade
Le modèle Venice comporte
un embout acier.
© Parade

Respecter davantage la morphologie féminine

Rappelons que, à pointures égales, le pied d’une femme a une morphologie différente de celle d’un homme. Par exemple, le talon est plus étroit, le coup de de-pied est plus bombé et la voûte plantaire est plus longue et moins large. Autant de caractéristiques prises en compte par la dernière collection  »Trail » de Lemaitre Sécurité, destinée aux activités extérieures sur sols irréguliers. De la pointure 35 à 39, elle a la particularité de s’adapter à la morphologie des femmes avec notamment un maintien prononcé à l’arrière du pied tandis qu’à partir du 40 (jusqu’au 49), elle répond à la morphologie des hommes. Appelée à remplacer les modèles 4×4, la gamme Trail intéresse toutes les personnes travaillant en milieu naturel, dans les espaces verts ou forestiers. « Cette chaussure de sécurité est équipée d’une semelle à forte adhérence afin d’éviter les glissades », indique Marie Dauger, responsable marketing chez Lemaitre Sécurité, une entreprise française créée en 1974. Cette chaussure très cramponnée est équipée d’un embout en fibre de verre et se décline en 4 hauteurs et deux coloris pour la semelle. La gamme Trail est proposée en deux versions. La première est en PU2D. Quant à la seconde, baptisée Trail Vibram (du nom du fabricant de semelles), elle est constituée d’une couche intermédiaire en PU et d’une autre en caoutchouc nitrile. Ce qui lui vaut une très bonne accroche et une résistance à la chaleur de contact allant jusqu’à 300°C. De quoi garder le pied au frais. 

Eliane Kan

* les chaussures à usage professionnel se répartissent en trois normes.


La norme NF EN Iso 20345 concerne les chaussures ayant un embout résistant à une énergie de choc de 200 joules. L’embout peut être en acier, aluminium ou composite. 


La norme NF EN Iso 20346 concerne les embouts qui résistent à un choc de 100 joules.


La norme NF EN Iso 20347 concerne les chaussures de travail sans embout. 

Du 35 au 39, cette chaussure Outdoor
respecte la morphologie des
femmes.
© Lemaitre Sécurité
Du 35 au 39, cette chaussure Outdoor
respecte la morphologie des
femmes.
© Lemaitre Sécurité

« L’utilisation de matériaux imper-respirants comme le Goretex ou le Sympatex est à privilégier » 

Interview d’Antoine Perrier, podologue, docteur en biomécanique et membre de la Société française de podologie (Sofpod)

Quels sont les risques d’être mal chaussé pour un salarié ?

Il existe deux principales catégories de risque en lien avec un chaussant mal adapté aux conditions de travail. Les risques les plus graves sont associés à l’inadéquation entre les caractéristiques de la chaussure et le poste de travail. Ainsi un salarié utilisant une chaussure de sécurité sans coque de protection et qui exerce un métier à fort risque mécanique (manutention, BTP…) s’exposera-t-il de manière importante à des chocs directs sur ses pieds. Autre exemple, dans le cadre d’activités de soin, en contact avec des fluides biologiques, un chaussant ne pouvant être lavé et désinfecté quotidiennement deviendra un vecteur potentiel d’infection. Les risques indirects seront principalement les lésions cutanées de type hyperkératose (corne, cors …). On retrouve aussi, sur des microtraumatismes répétés, des lésions ostéo-articulaires, se rapprochant des TMS (troubles musculosquelettiques). Cependant, le risque quotidien reste la non acceptation du port de l’EPI par le salarié. 

Quels sont les trois ou quatre principaux critères pour les éviter ? Que penser des matériaux synthétiques ou des textiles ?

Il est tout d’abord nécessaire de poser le cahier des charges de la chaussure du salarié en fonction de son activité professionnelle et de ses postes de travail. Cela guidera le choix de la forme, de la hauteur et des caractéristiques de protection du chaussant. Ensuite, il est important de vérifier que les matériaux internes et autres doublures textiles répondent aux exigences d’hygiène et de lavabilité. Un tiers des salariés portant des chaussures de sécurité est porteur de mycoses et souffre d’hypersudation contre 1/6 dans la population non portante. Deux facteurs expliquent cela : l’absence à l’origine ou la perte des propriétés des doublures textiles (synthétiques ou naturelles) et le manque d’aération du chaussant quand il n’est pas porté. L’utilisation de matériaux imper-respirants (Goretex, Sympatex….) est à privilégier. Les matériaux de doublure étant absorbeurs de la sueur et des liquides ayant pénétré dans la chaussure, ils doivent posséder un taux correct de résorption entre deux utilisation de la chaussure. Concernant le non port de la chaussure de sécurité, deux facteurs seront retrouvés fréquemment : l’esthétique et le poids. Il est donc essentiel que le salarié fasse part aux services de médecine du travail des ces problèmes.

Estimez-vous que les fabricants des chaussures du marché ont encore des efforts à faire pour répondre aux besoins d’ergonomie et de confort de leurs utilisateurs ?

Ces dernières années, un écart s’est creusé entre les gammes de chaussure. Ainsi les chaussures de sécurité bon marché semblent, aux dires de certains salariés, être moins résistantes et moins confortables qu’auparavant. Leur durée de vie est ainsi restreinte car elles perdent leurs propriétés protectrices et deviennent vecteur de risque. Alors que les chaussures proposant des matériaux plus adaptés (souvent plus coûteux) auront souvent une ergonomie et une durée de vie majorées. Le poids des matériaux utilisés reste souvent aussi un problème, il est considéré qu’un chaussant pesant plus de 1,4 kg dépasse la limite d’acceptabilité Au-delà de cepoids, il augmenterait les risques de TMS.

Propos recueillis par Eliane Kan

Antoine Perrier est podologue
et docteur en biomécanique.
© DR
Antoine Perrier est podologue
et docteur en biomécanique.
© DR

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