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Sûreté et sécurité

Benjamin Binet (Gemalto) : « Les drones peuvent être potentiellement dangereux pour les humains s’ils sont utilisés à des fins malveillantes »

Interview de Benjamin Binet, vice-président des services marketing mobiles et IoT (Internet des objets) chez le spécialiste de la sécurité numérique Gemalto. Ce dernier revient sur l'importance de réglementer l'usage des drones tant au niveau de la surveillance des ciels que de la protection des données.

Trafic de drogue, introduction illégale d’objets en prison, survol de centrales nucléaires ou autres sites sensibles, attentats, espionnage… avec la démocratisation de l’usage des drones, de nombreux dangers apparaissent, apportant leur lot de scénarios catastrophe. Qui est donc chargé de réglementer cette utilisation ?
Selon l’Administration fédérale de l’aviation américaine, l’on estime que d’ici 2020, plus de 7 millions de drones connectés seront utilisés à travers le monde. Il est donc évident que les priorités doivent être établies pour garantir un espace aérien mondial sûr et sécurisé, le ciel étant d’ores et déjà très fréquenté par les aviations et hélicoptères. Il est intéressant de suivre les régulateurs envisageant un ensemble de règles pour un meilleur partage du ciel en toute sécurité depuis l’introduction des appareils privés. D’un point de vue sécurité, cela permet d’éviter des incidents comme il y a pu en avoir ces derniers mois, notamment lorsqu’un drone a évité de peu la collision avec un avion à Montréal en avril dernier. Le ciel est généralement géré et contrôlé par des instances gouvernementales, d’où la nécessité de considérer avec précaution les objets privés dans cet espace « ouvert mais restreint ».

Au niveau européen, quelles sont les démarches qui ont déjà été initiées en faveur d’une réglementation de l’utilisation des drones ?
En réaction aux derniers événements relatifs aux drones, l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) a proposé des règles sur l’utilisation des petits drones : un encadrement des zones de vols non autorisées et une notice accompagnant le drone lors de sa vente sur les meilleures pratiques d’utilisation. Avec l’utilisation croissante des drones tant par les consommateurs que par des entreprises et instances gouvernementales, comme la police. Il est rassurant de voir de hautes instances réagir à des problématiques sécuritaires touchant le monde de l’Internet des objets (IoT), comme ce fut déjà le cas d’objets connectés par le passé (piratage de voitures connectées, etc).


Justement, à l’instar des objets connectés qui suscitent également de vives inquiétudes, la solution serait-elle d’obliger les fabricants à intégrer en amont des problématiques sécuritaires dès la conception de leurs engins volants ?

Sensibiliser à la sécurité et demander aux décideurs de mettre en place des règles claires pour anticiper les problèmes oriente le marché dans la bonne direction. C’est un élément nécessaire pour prévenir (ou forcer) les fournisseurs à prendre en compte, dès le début, des fondamentaux tels que la sécurité, l’authentification, la sûreté et la protection des données. Gemalto observe avec attention l’évolution du marché des drones. Ce marché est une référence pour le monde de l’IoT en général car il rassemble les défis et risques habituellement rencontrés par les objets connectés : connectivité, sécurité, authentification forte, chiffrement des données. Si nous tenons réellement à profiter et bénéficier du potentiel de l’Internet des objets, nous devons, par conséquent, concevoir des règles de sécurité fortes.

Quid de la protection des données ?
On observe également une tendance à la régulation pour plus de confidentialité et de protection des données (avec la RGPD par exemple). Ce besoin fort en protection des données est crucial car ces appareils créent et récupèrent des données sensibles (grâce, entre autres, à des caméras ou des capteurs). Aussi, sans pour autant tomber dans un scénario trop pessimiste, les drones peuvent être potentiellement dangereux pour les humains s’ils sont utilisés à des fins malveillantes ou si des fonctionnalités de sécurité ont été négligées voire occultées.

Propos recueillis par Ségolène Kahn

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