Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Sûreté et sécurité

APS 2019 : l’humain d’abord

Avec plus de 6 000 visiteurs, le succès a été au rendez-vous de l’édition 2019 du salon APS, affirmant ainsi sa place d’événement de référence en matière de sûreté et sécurité en France. Les débats sont allés bon train. Notamment en ce qui concerne la place de l’homme face à la technologie.

Un homme au cheveux blancs parle dans un micro sur un plateau TV.

Patrick Haas, directeur de la rédaction d’En toute sécurité : « La guerre des prix a repris car il y a trop d’acteurs sur le marché sécurité privée. » © Agence TCA

C’est sur un marché porteur que le salon APS a ouvert ses portes du 1er au 3 octobre derniers au Parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris. En effet, selon le Panorama économique de la sécurité en France de l’Atlas 2019 édité par notre confrère En toute sécurité, les ventes du secteur de la sécurité privée s’élèvent à 29,1 milliards d’euros avec une progression de 3,2 % en 2018. Un score qui plane au-dessus de la moyenne de ces dix dernières années (2,6 %) mais reste en dessous des bilans les plus brillants de 2015 (4,5 %) et 2016 (4,2%). Bref, « la sécurité privée se porte plutôt bien. Et […] les perspectives s’annoncent assez favorables pour 2019 avec une croissance de la profession de 3,3 % et de 3,1 % pour l’année suivante. Cette prévision découle de la persistance des menaces terroristes, des violences sociales récurrentes et d’une demande de la population pour davantage de sécurité tandis que l’État va continuer à confier à la sécurité privée davantage de missions », expliquait Patrick Haas, directeur de la rédaction d’En toute sécurité qui, chaque année depuis 30 ans, interroge 1 600 entreprises pour récolter les données nécessaires à son Atlas.

Vers une menace protéiforme

Preuve de la persistance de la menace, Laurent Nuñez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, a dû annuler sa visite sur le salon jeudi 3 octobre en raison de l’attaque terroriste à la préfecture de police de Paris qui a fait quatre morts… « La nature de la menace se diversifie, reconnaît Jacques Kerdoncuff, officier de sécurité à la Société générale sur le plateau TV d’Agora News sécurité. La menace terroriste persiste mais il y a aussi la menace des gilets jaunes, et des gilets « verts », à savoir les activistes écologistes. Il nous faut désormais lutter conte une malveillance citoyenne. »

 

Vue d’écrans de reconnaissance faciale chez Dahua.

Chez Dahua, comme chez Hikvision, la reconnaissance faciale permet de créer des profils à la volée. © Agence TCA

Les budgets des directeurs sécurité à la hausse

Toujours selon un sondage réalisé par En toute sécurité durant cet été, une majorité des directeurs sécurité, soit 53 %, a de nouveau disposé de budgets à la hausse pour 2019 après une stabilisation en 2017 et 2018. En revanche, ils sont près d’une quart à avoir géré des budgets identiques et 21 % les ont revus à la baisse. Cependant, les perspectives restent porteuses puisque 46 % des directeurs sécurité envisagent un budget en hausse pour 2020. En valeur, cette progression moyenne est d’environ 10 %. Les chantiers prioritaires portent sur le renforcement du contrôle d’accès des bâtiments (26% des réponses), l’homogénéisation des niveaux de sécurité entre les sites (24%), la densification du réseau de vidéosurveillance (18%) et l’accélération des efforts de formation en sécurité (16%). Ombre au tableau : 64,5 % des entreprises ont dégagé des bénéfices en 2018 contre 73 % en 2017. « Cette dégradation vient de la reprise de la guerre des prix entre acteurs trop nombreux sur le marché », poursuit Patrick Haas. Ajoutons que 7 % des entreprises ont été en faillite et que 14 % ont accusé des pertes au bilan. Autre phénomène important : la population active (261 000 salariés) a progressé de 0,5 % en 2018 alors qu’elle a été stable en 2017.

 

Laurent Allais, directeur de la sécurité du groupe LCL.

Laurent Allais, directeur de la sécurité du groupe LCL : « Pour les JO de 2020, le Japon utilisera la reconnaissance faciale mais juste pour les athlètes. © Agence TCA

Pas question de remplacer l’homme par la machine mais…

Pourtant, durant la période, les technologies de la robotisation et de l’intelligence artificielle se  sont développées, sans pour autant remplacer l’homme. Cependant, les craintes sont bien là. « Avec l’intelligence artificielle (IA) et la robotique, on parle d’indicateurs clé de la performance (KPI) mais on semble laisser de côté l’intelligence humaine. On dit qu’on donne de l’intelligence au robot mais il faudrait d’abord laisser s’exercer celle de l’être humain », reprend Jacques Kerdoncuff. « Je crains que la relation humaine ne s’effrite sous l’influence des nouvelles technologies. On ne pourra pas remplacer l’homme par la technologie mais cela ne doit pas empêcher de chercher le bon mix, confie Laurent Allais, directeur de la sécurité du groupe LCL, président de l’Agora sécurité Paris et vice-président de l’Association des utilisateurs interbancaires de télésurveillance (Aditel). Par exemple, l’IA et les données peuvent servir à optimiser les processus et l’organisation mais je reste méfiant. Comment s’en servir concrètement ? Pour l’heure, je ne sais pas mais on va sûrement trouver. »

 

Vue de Claude Tarlet, président de la FFSP.

Claude Tarlet, président de la FFSP : « L’IA ne doit servir qu’à mettre des informations pour augmenter l’homme. » © Agence TCA

De l’Intelligence artificielle à l’intelligence augmentée

Néanmoins, Laurent Allais pense que la reconnaissance faciale illustre une belle avancée de l’IA appliquée à la vidéoprotection dont on aura sûrement besoin pour les JO de 2024. Mais il en pointe aussi certaines limites : « Elle commence à bien fonctionner. Cependant, attention aux conditions de mise en œuvre des caméras, notamment aux conditions d’éclairage et de prise de vue, pour obtenir un résultat probant, insiste Laurent Allais. Il faut faire attention à l’éthique, ne pas tomber dans les excès de la Chine. Heureusement, en France, nous avons la CNIL (Commission nationale Informatique et Libertés). Ceci dit, pour les JO de 2020, le Japon va mettre en œuvre la reconnaissance faciale mais uniquement pour identifier les athlètes. » Pour sa part, Claude Tarlet, président de la Fédération française de la sécurité privée (FFSP), considère que l’IA et la data doivent être au service de l’homme mais sous certaines conditions : « Il faut que la data soit sûre. Ensuite, concernant le stockage des données, il faut savoir qui y accède et où elles doivent se trouver. Enfin, il ne faut pas que l’IA réduise notre liberté. En fait, l’IA ne doit servir qu’à mettre des informations pour augmenter l’homme. »

 

Vue de Toufik El Hantlaoui, commercial chez Nedap

Toufik El Hantlaoui, commercial chez Nedap : « Avec APS Connect, on se concentre pendant 20 à 30 minutes sur le projet du visiteur. C’est beaucoup plus confortable. » © Agence TCA

Des connexions commerciales concrètes

Enfin, l’édition 2019 a été l’occasion de développer davantage les rendez-vous d’affaires du service APS Connect. Inauguré à l’occasion de l’édition 2017 d’APS, ce service gratuit permet aux visiteurs de décrire, en amont de l’événement, leurs projets en matière de sûreté et de sécurité. De quoi programmer l’organisation de rendez-vous d’affaires très ciblés qui sont totalement intégrés au salon. Afin d’accroître les chances de succès de ces mises en relation, l’équipe du salon contacte tous les visiteurs dont le profil correspond à ce programme. A savoir des professionnels qui jouent un rôle clé dans le processus de décision (décideur, prescripteur…) et acceptent d’indiquer clairement leurs centres d’intérêt, en particulier pour les solutions innovantes. Mais qu’en était-il sur les stands ? Comment était-ce perçu ? « Personnellement, j’ai eu une dizaine de rendez-vous fixés à l’avance. Les visiteurs sont venus à l’heure prévue, la plupart pour leur propre veille technologique », témoigne Stéphane Pomel, commercial chez Nedap. « Pour ma part, j’ai eu un rendez-vous avec un représentant du ministère de la Défense qui avait un projet concret et précis, enchérit Toufik El Hantlaoui, commercial chez Nedap. Rien n’est gagné d’avance mais de type de rendez-vous est intéressant car on se concentre pendant 20 à 30 minutes sur le projet du visiteur. C’est beaucoup plus confortable. Ensuite, il y a bien sûr tout un processus avant de concrétiser l’affaire. » De quoi aider à transformer l’essai.

Erick Haehnsen

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