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Santé et qualité de vie au travail

Amiante : encore des victimes dans le BTP

Selon un récent rapport de l'Institut de veille sanitaire (InVS), pas moins de 2.200 nouveaux cas de cancers et 1.700 décès chaque année seraient imputables à l'amiante. L'étude donne également une évaluation de l'exposition des artisans une fois à la retraite.

Les cancers (poumon, mésothéliome, larynx, ovaire) liés à l’amiante de façon certaine continuent de représenter un nombre très important, selon le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut de veille sanitaire (InVS) rapporté par le site lebatimentartisanal.com. En effet, l’institut recense entre 2.200 et 5.400 cas par an en France, touchant en majorité les hommes pour les cancers respiratoires. En tête, le cancer du poumon avec 1.272 à 3.628 cas par an chez les hommes et de 56 à 81 cas chez les femmes. Ce cancer a d’ailleurs provoqué entre 961 et 2.743 décès en 2012 chez les hommes et 43 à 62 chez les femmes, selon les deux scénarios retenus par des chercheurs de l’InVS. Sur cette même base, les chercheurs estiment que 678 à 915 cas de cancer de mésothéliome ou cancer de la plèvre, hommes et femmes confondus, seraient imputables à une exposition à l’amiante et de 615 à 822 décès au total.
Chez les femmes, on constate aussi une augmentation sensible des nouveaux cas de mésothéliome entre la fin des années 90 et la fin des années 2000, alors que pour 28 % d’entre elles, aucune exposition à l’amiante n’a été retrouvée. D’autres cancers sont également pris en compte pour la première fois par les chercheurs : les cancers du larynx et de l’ovaire (ajoutés à la liste des maladies induites par l’exposition à l’amiante en 2009 par l’Agence pour le cancer de l’Organisation mondiale de la santé CIRC/IARC). Les scientifiques ont estimé que 129 à 731 nouveaux cas de cancers du larynx, principalement développé chez les hommes, et 46 à 55 cancers de l’ovaire découverts en 2012 pouvaient être attribués à une exposition à l’amiante. Depuis 2005, un suivi postprofessionnel en collaboration avec le Régime social des indépendant (RSI) est effectué dans le cadre du programme d’épidémiologie et surveillance des professions. Il vise à repérer, parmi les artisans nouvellement retraités, leur éventuelle exposition professionnelle passée à l’amiante.
Parmi les hommes retraités du RSI (contactés pour l’étude entre 2005 et 2009), on estime à 72 % ceux qui ont été exposés à l’amiante au cours de leur carrière et à 74 % ceux l’ayant été dans la BTP spécifiquement. Il s’agit majoritairement de salariés ouvriers qualifiés du bâtiment ou d’artisans, couvreurs, plombiers, chauffagistes, maçons, plâtriers et peintres en finitions du bâtiment. Tous secteurs confondus, l’estimation de la durée moyenne d’exposition cumulée durant la carrière professionnelle était de 25 ans et six mois (26 pour le secteur de la construction). Le secteur de la construction était celui où la proportion d’hommes exposés 31 ans ou plus était la plus élevée, atteignant 48%.
La proportion de retraités ayant été exposés dans leur carrière aux niveaux d’exposition les plus élevés (supérieurs à 0,1 f/ml) a été estimée à 23 % pour ceux ayant travaillé dans le secteur de la construction contre 45% pour les retraités issus du commerce. L’estimation de la prévalence globale d’exposition professionnelle à l’amiante sur la carrière entière des retraités artisans est de 64 %, soit plus de deux fois supérieure à celle des retraités salariés.
Malgré leur caractère éminemment scientifiques, l’InVS invite cependant à les prendre avec des pincettes sachant que le pourcentage de non-répondants à cette étude est de 40 %. D’où une certaine sur-représentation du secteur de la construction et une sous-représentation de l’industrie manufacturière, même si, généralement les personnes susceptibles d’avoir été exposées à l’amiante répondent assez spontanément aux enquêtes. Selon les dernières estimations du Haut conseil de la santé publique (HCSP), l’amiante pourrait encore tuer entre 68.000 et 100.000 personnes d’ici 2050 en France.

Erick Haehnsen

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