Gérer les risques
Aujourd'hui et demain

Risques industriels et environnementaux

A leur tour, les vêtements de travail sont connectés

Très pointus en matière de textiles, les confectionneurs de Work Wear investissent depuis longtemps dans la conception de vêtements techniques de protection. Certains travaillent aujourd'hui sur l'ajout de systèmes connectés à des applications électroniques pour offrir encore plus de sécurité.

Vous aimez James Bond ? Vous avez été bluffés par les lunettes infrarouges des forces spéciales dans le film américain Zero Dark Thirty, retraçant la longue traque de Ben Laden par la CIA ? Vous devriez adorer la nouvelle génération de Connected Work Wear, ces vêtements de travail intelligents ou connectés à des applications électroniques dans le cloud qui embarquent de multiples capteurs et outils de communication afin de faciliter le travail des équipes d’intervention.

Illustration avec la nouvellecagoule physio-communicante de la jeune pousse française Bodysens qui offre déjà très concrètement ce qui nous attend. Cette cagoule, dessinée par Bodysens en partenariat avec des sapeurs-pompiers, accueille de minuscules capteurs permettant de mesurer la température de la peau, le rythme cardiaque, les mouvements, ainsi qu’un petit micro et un haut parleur. « L’objectif est de récupérer des informations physiologiques de personnes engagées en milieu hostile – militaires, pompiers… – afin de comprendre leur état d’engagement et éventuellement d’analyser l’état de leurs capacités opérationnelles », précise Denis Coulon, président de Bodysens.

Pour Bodysens, la première difficulté a été de concevoir un vêtement non contraignant pour les équipes d’intervention, centralisant tous les capteurs et deux petits dispositifs de collecte et d’envoi d’informations, situés dans de petites poches à l’avant de la cagoule. L’autre enjeu a été de développer un logiciel d’analyse des informations collectées, restituant sur PC des informations simples sur le niveau d’engagement du pompier (avec des signaux vert, orange ou rouge…).

« Mais s’il est utilisé en formation, lors des entraînements en caissons, le dispositif de suivi des paramètres physiologiques de la cagoule (Appi-Phy) peine encore à être commercialisé, explique Denis Coulon. Ce système est parfois – à tort – interprété comme du flicage ou un dispositif de mesure de la performance par les intervenants. » Contrairement au système de communication Appi-Com, « qui est lui commercialisé et s’avère offrir la première des sécurisations puisqu’il permet de contacter mains libres des collègues au travers des murs de tout un immeuble. »

Textiles intelligents. Dans le même esprit, Tecknisolar, un bureau d’études spécialisé dans la conception et la réalisation de systèmes électroniques, a travaillé dès 2006 avec le spécialiste des uniformes Balsan pour proposer aux marins pompiers de Brest une veste intelligente opérationnelle, dotée de capteurs de température et d’humidité déclenchant des alarmes sonores et visuelles (via des LED positionnés sur la manche) lorsque certains paliers sont franchis. L’entreprise a en outre créé, pour un autre client, un « détecteur NRBC [nucléaire, radiologique, biologique et chimique] et gaz toxiques entièrement intégré dans une ceinture », indique Pascal Barguirdjian, le gérant.

Mais beaucoup d’innovations restent encore attendues. Pour Pierre-Damien Berger, directeur de la communication du CEA Leti, un laboratoire du CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables) concentrant son activité sur les micro et nano technologies, « l’un des enjeux est aujourd’hui de créer des puces qui peuvent s’intégrer, sans difficultés, dans les processus de tous les métiers à tisser. » C’est en bonne voie. Des chercheurs de ce laboratoire ont en effet récemment accouché d’une nouvelle technologie, baptisée e-Thread, de packaging de circuit microélectronique permettant de réduire la taille des composants afin qu’ils puissent « être introduits dans un fil et utilisés par les industriels du textile avec des outils de production standard », explique-t-il. La grande innovation ? Le packaging est fait par le tissu.

Avec ce dispositif – qui a déjà été testé pour les puces de traçabilité RFID et devrait être adapté, prochainement, aux capteurs, il est possible d’établir une connexion directe entre une puce et deux conducteurs qui « peuvent ainsi offrir les fonctions d’antenne, de bus d’alimentation ou de données. » Résultat, on obtient une amélioration par un facteur de 10 de la taille, du temps d’assemblage et de la fiabilité comparativement à un circuit microélectronique classique.

Et c’est sans compter les avancées d’autres spécialistes du numérique qui se sont engagés dans une course effrénée à la création d’objets et accessoires connectés. Ainsi, après avoir un temps effectué des recherches sur les textiles intelligents, Orange vient, par exemple, de créer une nouvelle « offre de distribution et de soutien à la production d’objets connectés ». Comme les lunettes connectées Google Glass qui embarquent un gyroscope et des capteurs de rotation, d’accélération ou de lumière.

Quant au danois Jabra (groupe GN Netcom), spécialiste des micro-casques et solutions de communication mains libres, il avoue lorgner lui aussi du côté des Wearable Technologies. Morten Floee Knudsen, son directeur de la communication, souligne que sa société a récemment ajouté un capteur de mouvements sur l’un de ses micro-casques (Jabra Motion), désormais en mesure d’adapter le volume en fonction de la situation de l’utilisateur: s’il est arrêt ou s’il marche… À l’avenir, la société ambitionne de se rapprocher encore des utilisateurs des centres d’appels, en fondant ses produits à leurs vêtements et aux accessoires qui leurs sont indispensables.

Christophe Dutheil

Trois questions à… Emmanuel Arène, co-fondateur de Primo1D

Qui est Primo1D ?
Nous sommes quatre co-fondateurs et nous avons créé Primo1D en août 2013 afin de valoriser, suivant un principe de licence d’exploitation exclusive, une technologie développée au CEA Leti . Il s’agit de faire entrer l’électronique , comme les ampoules LEDs, les puces RFID, les capteurs… au cœur des matériaux. A commencer par le fil textile. Le but est aussi, et surtout, d’apprendre à mieux travailler avec deux mondes qui ne se connaissent pas encore très bien : les électroniciens et les confectionneurs.

Où en êtes-vous ?
Nous sommes déjà capables de livrer des prototypes de fils intelligents, c’est-à-dire des fils textiles dans lesquels nous intégrons une petite puce électronique qui propose, notamment, des fonctionnalités de traçabilité RFID (radio-fréquence).

Quelle sera la prochaine étape ?
Nous cherchons actuellement à intégrer sur ces fils des capteurs qui permettront de mesurer la température ou les mouvements… Cela suppose de développer de nouvelles puces qui ne sont encore standardisées, contrairement aux puces RFID. Cela va aussi nécessiter de travailler à l’intégration d’un système permettant d’alimenter les capteurs. Nous espérons être en mesure de proposer, d’ici deux ans, des capteurs communicants sur les vêtements techniques.

Propos recueillis par Christophe Dutheil

Emmanuel Arène (à gauche) et une partie de son équipe. © Primo1D
Emmanuel Arène (à gauche) et une partie de son équipe. © Primo1D

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