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Santé et qualité de vie au travail

Éducation nationale : trois suicides en septembre

Absence de médecine de prévention, horaires à rallonge, défaut d’aménagement de fin de carrière… les enseignants sont à bout. Rien que cette année, cinq d’entre eux se sont donnés la mort. Explications.

Tableau d’école noir effacé, où l’on voit encore les traces de craie.

Selon le syndicat d’enseignants SE-UNSA, il est difficile d’obtenir les véritables chiffres du taux de suicides dans l’Education Nationale.
Image Pixabay

C’est une rentrée bien sombre que subit l’Éducation nationale depuis que les écoles ont rouvert leurs portes : lundi 23 septembre la gardienne d’une l’école maternelle de Pantin Méhul découvre le corps inanimé de Christine Renon, sa directrice, dans le hall de l’établissement. Samedi 21 septembre, soit deux jours avant, c’est Frédéric Boulé, 58 ans, professeur de SVT au lycée international de Valbonne, qui passait à l’acte. Deux semaines auparavant, c’était au tour de Laurent Gatier, 52 ans, qui enseignait en section professionnelle au lycée polyvalent de Clermont-Ferrand d’en finir. Colère, mécontentement, affliction… face à cette vague de suicides, les voix s’élèvent pour dénoncer la dégradation des conditions de travail dans l’enseignement. Parmi ces dernières, le syndicat Snes-FSU décrit la démocratisation d’un «new management »…

Absence de chiffres

Le suicide très médiatisé de Christine Renon aura au moins eu pour effet de briser l’omerta qui règne sur le mal-être dans le corps enseignant. Trois passages à l’acte rien qu’en septembre, cinq en un an… difficile selon le syndicat d’enseignants SE-UNSA d’en savoir plus, sur le site, il déplore l’absence de chiffres exhaustifs sur le taux de suicides dans l’Éducation nationale et réclame que lumière soit faite. Seul un rapport obscur, évoqué par la sénatrice Françoise Laborde en 2015, cite une étude de l’Inserm datant de 2002, faisant état de 39 cas pour 100 000, soit un taux de suicide 2,4 fois plus élevé que pour la moyenne des salariés. Étude révélée il y a 8 ans, et qui aurait depuis, disparu de la Toile.

Prise en charge insuffisante des RPS

Autre grief contre le ministère, les syndicats dénoncent la négligence dans la prise en compte des risques psychosociaux (RPS) en termes d’effectifs : sur toute la France, seul 87 médecins de prévention (68 équivalent temps plein) officient pour 1 011 755 agents de l’Éducation nationale, soit un taux de suivi de 1 médecin pour 14 878 agents (ETP). De même, seuls deux tiers des académies disposent d’un psychologue.

Un management peu évolué

Outre ces données lacunaires, le syndicat Snes-FSU dénonce sur son site des conditions managériales et dysfonctionnements qui pourraient être responsables des suicides. Selon lui, ces drames, et notamment le suicide de Frédéric Boulé, sont à corréler avec « l’absence d’aménagement des fins de carrière, d’une véritable médecine du travail et de possibilité de reconversion ». Ironie du sort, il précise que l’enseignant de SVT s’est donné la mort « cinq jours après avoir rencontré le médecin de la prévention du rectorat ».

Une moyenne de 45 heures par semaine pour les directeurs d’école

En ce qui concerne les directeurs d’école, le syndicat estime que leurs missions se sont « complexifiées ces dernières années », avec « des injonctions hiérarchiques, parfois contradictoires » et des horaires à rallonge, en moyenne 45 heures par semaine voire plus.  «Complexification des missions, dégradation des conditions d’exercice, double mission de directeur et d’enseignant sont autant de raisons expliquant ces chiffres », selon le syndicat. Et c’est sans compter « les pics de travail et d’anxiété » pour donner le coup d’envoi de la rentrée en septembre. 

Ségolène Kahn

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