Gérer les risques aujourd'hui et demain

De plus en plus accessible, la biométrie explore de nouvelles voies

13-06-2018

En 2013, Apple démocratise la biométrie en intégrant un lecteur d’empreintes digitales dans son iPhone 5, et renchérit avec la reconnaissance faciale par caméra 3D, fin 2017 sur l’iPhone X. Les acteurs du secteur explorent de nouvelles technologies qui, peu à peu, arrivent à maturité et sécurisent les technologies.

L'aéroport de Londres-Gatwick.
CC Pam Brophy
L’aéroport de Londres-Gatwick et la compagnie aérienne EasyJet ont fait le choix de la biométrie de bout en bout en installant des portes d’embarquement biométriques automatisées. Celles-ci récupèrent les données collectées par le système de dépôt de bagages en libre-service, auquel les passagers fournissent une copie de leur passeport, de leur carte d’embarquement et une photo de leur visage. Le but ? Réduire à moins de 20 secondes l’identification de chaque passager tout en augmentant la sécurité. La biométrie investit ainsi le transport aérien mais connaît une croissance forte dans tous types de secteurs. Selon l'agence Markets & Markets, le marché mondial de la biométrie représentait 12 milliards d'euros en 2016 et devrait grimper à 24,8 milliards de dollars en 2020. « Les technologies biométriques ne cessent de se diversifier. Et la tendance va s’accélérer. Notamment avec la biométrie comportementale qui évalue, notamment, la manière dont l’utilisateur interagit avec un écran tactile ou un clavier. Celle-ci sert également à analyser les risques liés aux transactions de paiement, estime Raphael de Cormis, directeur du département innovations chez Gemalto, basé à Meudon (92), un ténor mondial de la sécurité numérique, avec un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros en 2017. De même, les solutions de reconnaissance faciale en temps réel (utilisées entre autres pour la sécurité publique) ont considérablement progressé ces dernières années, pour arriver à des niveaux de précision que même l’œil humain le mieux entraîné ne peut espérer atteindre. »

Des voix à explorer

Les fabricants de smartphone sont de plus en plus
nombreux à intégrer un capteur d'iris dans leurs
téléphones. © Osram
Autre piste explorée : l’optoélectronique, reconnue à présent comme l’une des technologies les plus fiables, en particulier dans le contrôle d’accès. Les traits du visage, le motif de l’iris, des veines de la paume ou des vaisseaux sanguins de la rétine, ainsi que la voix, les empreintes digitales et palmaires, les signatures manuscrites et la géométrie de la main sont relevés par le système de sécurité au moyen, par exemple, de LED infrarouges ou de caméras. Le spécialiste de sécurité optique allemand Osram vient d’ailleurs de faire l’acquisition du fabricant de technologies LED infrarouges anglais Vixar afin d’améliorer ses technologies de reconnaissance faciale et de l’iris afin d'étoffer son offre « à destination du marché des technologies dédiées à la sécurité », selon Olaf Berlien, directeur général d’Osram Licht AG. Le groupe a ainsi pu développer des solutions autour de différentes technologies de capteurs biométriques (empreintes digitales, scanners à iris, reconnaissance faciale 2D). Il prévoit également de mettre au point une solution de reconnaissance faciale 3D, une technologie utilisée notamment dans les systèmes de contrôle d’accès requérant un niveau élevé de sécurité, ou encore pour déverrouiller les smartphones.

Reconnaissance olfactive

L’objectif de la start-up Caracter est de mettre
au point une odothèque. © Caracter
D’autres travaux de recherche portent sur l’odeur, une caractéristique biométrique propre à chaque individu. La start-up Caracter, née en janvier 2018 et basée à Evreux (27), travaille ainsi avec l’Université du Havre pour « capturer le portrait olfactif » d’un individu. « A l’origine, le projet n’était pas du tout axé sur la biométrie mais le marché est en plein essor, explique Florian Rabeau, le fondateur de Caracter. Notre objectif est de développer une odothèque pour collaborer avec la police scientifique française. Nous souhaiterions également pénétrer le marché du contrôle d’accès mais il y a encore du travail. L’odorat est associé à un sens animal et, jusqu’ici, la biométrie a privilégié le visuel et l’auditif. » Une équipe de chercheurs de l'Université polytechnique de Madrid a pourtant démontré que l'odeur corporelle peut servir à identifier une personne. Des tests ont permis d'identifier les participants à partir de l'odeur prélevée sur leurs mains avec un taux de réussite de 85%. « Un taux de fiabilité encore insuffisant pour l’utiliser dans le secteur du contrôle d’accès, regrette Florian Rabeau. Mais il peut s’agir d’un critère biométrique complémentaire. »

Sécuriser l’authentification et détecter les failles

OneVisage propose une méthode d’authentification basée
sur la construction d’un monde virtuel. © OneVisage
Bien souvent, la fiabilité provient de la combinaison de deux types d’identification. Après avoir développé une technologie de reconnaissance faciale 3D pour les appareils mobiles standards,la start-up OneVisage, créée en 2013 à Lausanne (Suisse), vient de lancer une méthode d’authentification par mot de passe graphique 3D. Visant à remplacer un code pin ou un mot de passe texte « rébarbatifs en termes d’expérience utilisateur et grotesque du point de vue de la sécurité », selon Christophe Remillet, fondateur et PDG de la start-up qui emploie 8 personnes, OneVisage affiche un monde virtuel 3D où se cachent un ou plusieurs objets. « Un peu comme dans un jeu, cette méthode recrée un centre commercial, un musée ou l’Avenue des Champs-Elysées par exemple, et garantit une erreur sur un milliard. » Même s’il ne s’agit pas là d’une technologie biométrique mais déterministe, la conjonction des deux solutions proposées par OneVisage permet, selon le fondateur, « de repousser les limites des niveaux de sécurité jamais atteints. » Bien que la solution ait été conçue pour des accès logiques ou à des données sensibles, elle pourrait être idéale pour des accès physiques où les exigences de protection sont très hautes.

Technologies optiques sans contact

Le projet BioDigital a développé un capteur tri-dimensionnel
identifiant des données plus fines que l’empreinte externe
du doigt. © Telecom SudParis
Mais même les technologies biométriques les plus utilisées sont faillibles. Des chiffres publiés par The Independent soulignent que le logiciel de reconnaissance faciale de la police britannique renvoie des correspondances incorrectes dans 98% des cas. Les lecteurs d’empreintes digitales, eux aussi, ne sont pas fiables à 100% et sont sujets à des fraudes. « Ce problème est connu depuis les années 2000 et avait généré des approches algorithmiques pour détecter les fraudes, précise Yaneck Gottesman, co-développeur du projet BioDigital à Télécom SudParis. Nous avons développé une démarche différente, centrée sur le hardware. » Le projet BioDigital a ainsi mis au point un capteur tri-dimensionnel breveté qui identifie non seulement l’empreinte externe du doigt mais vérifie aussi des données plus fines, telle que l’empreinte interne, les capillaires sanguins, les pores de sudation, la présence ou non de surcouche apposée sur le doigt. « Il s’agit d’une technologie optique sans contact. Un faisceau laser balaie le doigt, sonde le tissu en profondeur pour en extraire différentes informations ainsi qu’une image 3D à très haute résolution. » Authentification aux frontières, services aux voyageurs fréquents, gestion de flux, authentification en milieu difficile, les applications sont nombreuses pour cette technologie déjà intégrée dans un prototype.

Caroline Albenois

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