Gérer les risques aujourd'hui et demain

S’équiper d’un exosquelette : un vrai projet collectif

19-10-2018

Il ne suffit pas de choisir un exosquelette sur étagère pour résoudre un problème de TMS. Comme pour tout programme de prévention des risques, ce genre d’équipement doit s’inscrire dans une démarche globale et collective de management.

Sur cette illustration, l’INRS met en évidence les six principaux
risques liés à l’usage des exosquelettes. © INRS
Les troubles musculosquelettiques (TMS) constituent la première cause de maladies professionnelles. Face à ce fléau, « les entreprises s’intéressent aux exosquelettes », constate Jean-Jacques Atain Kouadio, expert d'assistance et ergonome au laboratoire d'ergonomie et de psychologie appliquées à la prévention (EPAP) du département Homme au travail à l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS). Bras articulés, jambières, armatures intégrales… les exosquelettes désignent tout système mécanique, robotique ou textile à contention, revêtu par une personne pour l’assister physiquement dans l’exécution d’une tâche, par une compensation de ses efforts ou une augmentation de ses capacités motrices.

Un phénomène qui prend de l’ampleur


Aujourd’hui, leurs usages se multiplient dans de nombreux secteurs d’activité : industrie, logistique, transport, BTP… Les entreprises de toutes tailles se lancent dans l’expérimentation, voire l’acquisition, d’exosquelettes pour gagner en productivité, innover ou améliorer les conditions de travail. « Nous ne disposons pas de chiffres précis sur le taux d’adoption des exosquelettes dans les entreprises, mais le phénomène s’annonce suffisamment important pour poser la question d’en anticiper les modalités d’approche », souligne Jean-Jacques Atain Kouadio.

Nouveaux risques


Si les premières études expérimentales démontrent que ces nouvelles technologies d’assistance physique peuvent s’avérer efficaces pour limiter les contraintes musculaires, leur usage en situation réelle de travail soulève néanmoins de nombreuses questions pour la prévention des risques professionnels. En effet, les frottements et les pressions de l’exosquelette sur certaines parties du corps peuvent entraîner des situations d’inconfort ou des irritations de la peau. De même, pour certaines activités réalisées à l’aide de ces dispositifs, qui exigent une attention accrue, le stress est susceptible d’augmenter. Par ailleurs, en modifiant sa perception de l’effort et en entravant certains gestes, le porteur d’exosquelette peut perdre l’équilibre ou le contrôle de certains gestes, voire subir de nouvelles contraintes biomécaniques conduisant à transférer les TMS à d’autres parties du corps.

Un projet à inscrire dans une démarche globale


Afin de tirer les avantages des exosquelettes sans en subir les inconvénients, l’INRS vient de lancer une nouvelle offre d’information composée d’un guide intitulé « 10 idées reçues sur les exosquelettes », d’une vidéo sur YouTube ainsi que d’un dossier pour accompagner les entreprises. « Loin d’être une solution clé en main, le recours à ces aides doit s’intégrer dans une véritable démarche de prévention. Les effets de leur introduction à un poste de travail doivent être évalués et suivis dans le temps, conseille Jean-Jacques Atain Kouadio. Sous peine de choisir un équipement qui ne conviendra pas au besoin d’assistance identifié, l’entreprise est invitée à analyser avec précision la tâche à traiter, à associer les utilisateurs, des représentant du Conseil social et économique (CSE) ainsi que des services méthodes, production, la qualité… Les objectifs sont multiples : rédiger un cahier des charges, identifier l’exosquelette adéquat, évaluer l’interaction entre l’homme et le dispositif. Mais aussi former les utilisateurs, évaluer et suivre l’impact de ce dispositif en termes de santé et de sécurité sur les processus et l’organisation du travail. Et Jean-Jacques Atain Kouadio de pointer du doigt : « C’est un vrai projet qui doit être mené dans le cadre d’une démarche participative. »

Erick Haehnsen

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