Gérer les risques aujourd'hui et demain

Les pesticides une nouvelle fois mis en cause dans la maladie de Parkinson

03-11-2017

Deux récentes études montrent que cette maladie touche davantage les agriculteurs et les riverains des terrains agricoles que le reste de la population.

La maladie de Parkinson et les maladies du motoneurone (dont la sclérose latérale amyotrophique est de très loin la forme la plus fréquente) sont les maladies neurodégénératives les plus fréquentes après la maladie d’Alzheimer. On estime chaque année en France qu’environ 25 000 personnes sont nouvellement traitées pour la maladie de Parkinson et un peu plus de 2 000 personnes pour les maladies du motoneurone. Or deux études récemment publiées* par une équipe de chercheurs français révèlent que les agriculteurs utilisant des pesticides et les personnes vivant près des terres agricoles ont un risque un peu plus élevé, respectivement de 13% et 8,5%, d’être atteintes par la  maladie de Parkinson. Chez les agriculteurs retraités (60-84 ans), cette différence est encore plus marquée puisqu’ils sont 18% de plus à souffrir de la maladie par rapport aux personnes de leur tranche d’âge. Les scientifiques mettent en évidence l’exposition élevée aux pesticides que subissent ces populations, dont certains sont connus pour leurs propriétés neurotoxiques.

Étudier l’incidence des pesticides sur la maladie de Parkinson

Depuis 2012, l’exposition aux pesticides est d’ailleurs considérée en France comme un facteur de risque de la maladie de Parkinson. La maladie peut même être reconnue comme une maladie professionnelle des professions agricoles. Pourtant, jusqu’à récemment, aucune étude n’avait encore exploré l’incidence (le nombre de nouveaux cas par an) de cette maladie chez les exploitants agricoles en France. C’est précisément le sujet qu’a choisi d’étudier Sofiane Kab lors de sa thèse de Santé publique et d’épidémiologie. Réalisée en collaboration avec des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), cette recherche a donné lieu à la publication de deux études dans des revues internationales. Pour parvenir à ces résultats, le jeune chercheur et ses collègues ont comparé les données de la Mutualité sociale agricole - un régime d’assurance maladie spécifique du monde agricole - avec celles des autres régimes de l’assurance maladie. « Il faut rester prudent car la maladie de Parkinson est multifactorielle, avertit le Dr Alexis Elbaz, neurologue, épidémiologiste à l’Inserm et directeur de la thèse de Sofiane Kab. Pour le moment, on peut seulement dire que la maladie de Parkinson est un peu plus fréquente chez les agriculteurs, probablement à cause de leur exposition à des hauts niveaux de pesticides. Mais il existe peut-être d’autres facteurs de risque. » Les données suggèrent également une possible association, certes moins significative que pour Parkinson, avec la maladie de Charcot (également appelée sclérose latérale amyotrophique).

La viticulture particulièrement mise en cause

C’est en 1983 qu’un lien entre la maladie de Parkinson et les pesticides a été détecté pour la première fois, de façon totalement fortuite. Cette année-là, la Californie a fait face à une « épidémie » de syndromes parkinsoniens survenue chez de jeunes toxicomanes. Ces derniers avaient tous consommé une drogue frelatée par le MPTP, une neurotoxine qui, en détruisant certains neurones, provoque les symptômes permanents de la maladie de Parkinson. À l’époque, les scientifiques avaient remarqué que la structure du MPTP était très proche de celle d’un herbicide, le paraquat. Par la suite, de nombreuses études internationales ont confirmé l’existence d’un lien entre l’exposition professionnelle aux pesticides et la maladie de Parkinson. 
Sofiane Kab et ses collègues sont allés encore plus loin, en se demandant si une exposition non professionnelle à plus faible dose telle qu’elle existe en milieu rural jouait un rôle dans la survenue de Parkinson. « La fréquence de cette maladie est effectivement un peu plus élevée au sein des riverains qui vivent dans les cantons où il y a le plus de terres agricoles, en particulier dans ceux où la proportion de terres agricoles allouées à la viticulture est la plus importante », explique Alexis Elbaz. En effet, la viticulture est l’une des cultures qui nécessite le plus de pesticides. « Mais ces résultats demandent à être confirmés par des études plus précises auprès des personnes. Et la maladie de Parkinson reste une maladie peu fréquente et l’augmentation de risque observée est faible », insiste Alexis Elbaz. D’autres études s’apprêtent à être lancées par l’Inserm, en collaboration avec Santé Publique France, afin d’identifier les pesticides qui pourraient être à l’origine d’un risque augmenté de maladie de Parkinson.

Erick Haehnsen

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