Gérer les risques aujourd'hui et demain

Romain Canler (FFMI) : « Le secteur des services devient prépondérant »

25-01-2017

Interview du délégué général de la Fédération française des métiers de l'incendie (FFMI) qui dresse le bilan 2016 et dessine les perspectives 2017.

Romain Canler, délégué général de la Fédération française
des métiers de l'incendie. © FFMI
Quels ont été les faits 2016 les plus marquants pour les métiers de l'incendie?

La parution du guide de préconisation Parcs de stationnement. C'est une (petite) révolution. Jusqu'à présent, on connaissait le ''droit dur'' dans les Établissements recevant du public (ERP). Mais se développe également le ''droit souple'' qui est ainsi en train de trouver une de ses premières applications avec les parcs de stationnement. Pour être plus clair, un arrêté relatif aux parc de stationnement devrait sortir cette année. Mais, en attendant, un guide de préconisations est déjà sorti en juin 2016. On y découvre une explicitation de la réglementation et des préconisations.

Quels vont être les changements ?

Jusqu'ici, l'arrêté avait pour conséquence de faire collaborer 20 à 30 parties prenantes en matière d'évolution de la réglementation incendie. Les travaux avançaient donc très lentement. Tandis que dorénavant, une mission met en œuvre un comité directeur, plus restreint avec 5 ou 6 intervenants : un pompier, un représentant du ministère de l'Intérieur, un architecte, un représentant des exploitants, en l'occurrence il s'agit de la Fédération nationale des métiers du stationnement (FNMS) ainsi que le laboratoire franco-néerlandais Effectis, spécialisé dans la résistance au feu. Les membres de cette mission ont auditionné la FFMI, la Fédération française de l'assurance (FFA)... afin de recueillir les avis et d'élaborer à la fois le futur arrêté ainsi que le guide. C'est une véritable nouveauté !

Qu'en est-il de l'entrée en vigueur des DAAF ?

L'entrée en vigueur des Détecteurs autonomes avertisseurs de fumée s'est faite le 8 mars 2015. Mais les bailleurs sociaux ont eu un délai jusqu'au 31 décembre suivant. Aujourd'hui, nous estimons à 55%-60% les logements équipés véritablement. C'est à dire des équipements fixés au plafond avec des batteries en état de fonctionnement. Près d'un logement sur deux est équipé. Ce n'est pas si mal. Mais nous constatons que le rythme d'équipement est retombé. Il faudrait une vraie campagne gouvernementale, notamment à la saison automne-hiver durant laquelle les gens sont plus sensibles au risque de feu ou d'intoxication au monoxyde de carbone. Par ailleurs, nous évaluons également à 600.000 extincteurs installés, répartis à parts égales entre les bateaux, les voitures et les logements. Cela fait un an que nous voulons un régime d'obligation d'équipement.

Quels sont les principaux enjeux réglementaires en cours ou à venir ?

Le démarrage de la révision de la réglementation sur les entrepôts soumis au régime des Installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). Il existe trois niveaux, celui de la simple déclaration qui indique les produits inflammables. Puis celui de l'enregistrement où l'on déclare tous les détails sur les produits inflammables, le plan de sécurité ainsi que les contrôles de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal). Et, enfin, vient le niveau de l'autorisation, délivré par la Dreal et la préfecture, sans lequel on peut ouvrir l'établissement. Dans ce contexte, il y a eu une simplification dans la mesure où les rubriques 15-32, 26-62 et 26-63 ont été rapprochées pour ne laisser plus que la rubrique 15-10. Dans les faits, un même entrepôt pouvait être soumis à 2 ou 3 rubriques. Pour simplifier cette situation, on révise la grande rubrique 15-10 pour qu'elle s'adapte à plus de cas et qu'elle soit plus facile à appliquer pour les exploitants. Attention, il ne s'agit pas de baisser le niveau d'exigence mais de simplifier l'application de la règle.

Au plan économique, comment le secteur des métiers de l'incendie s'est-il porté en 2016 ?

Notre secteur est très lié au BTP. Globalement, 2016 a été une année de reprise, d'où une certaine amélioration de la conjoncture économique. Je ne parle pas sous le couvert d'une étude économique mais plutôt notre ressenti. Du côté de la commande publique, qui concerne surtout les sapeurs-pompiers, les achats sont gelés et les volumes de commandes très faibles. Les fournisseurs français de ces marchés ne s'en sortent que par l'export où ils réalisent, en moyenne, 70% de leur chiffre d'affaires, sous peine de mourir. Fort heureusement, en 2016, aucun auteur de ce secteur n'a mis la clé sous la porte.

Qu'en est-il des grandes manœuvres, des grandes fusions et acquisitions ?

Dans le désenfumage et le compartimentage, Adexi (Hexadome) a racheté les portes de Boullet et les exutoires de SIH. Jusque-là concurrentes, Hexadome et SIH ont créé une société commune, Bluetek. Ce groupe devient un champion français. De son côté, Groupe Gorgé a acquis l’activité de portes techniques  pour le nucléaire développée par Portafeu, filiale du groupe Assa Abloy.

Et du côté des métiers, qu'est-ce qui a changé ?

Nous sommes dans un domaine où certains facteurs exogènes nous conduisent à réfléchir. A commencer par la cybersécurité. En ce qui concerne le terrorisme, notre réflexion en est à ses prémisses. Pour 2017, les professionnels de l'incendie travailleront pour répondre aux enjeux du terrorisme.

Constatez-vous une tendance au développement des services associés aux produits de lutte contre l'incendie ?

Oui, il y a quelques années, les recettes du secteur se répartissaient équitablement entre produits et services. Aujourd'hui, la part du chiffre d'affaires des services est vraisemblablement supérieure à celle des produits. Par conséquent les activités d'installation et de maintenance sont porteuses...

Quels sont les grands enjeux pour 2017 ?

Préserver le socle qui est le nôtre car c'est le meilleur moyen d'assurer la qualité et la fiabilité des services et des produits. Or nous sentons une menace de remise en cause de ce socle au niveau de la Commission européenne.

A côté de cela, quelle est l'actualité de la FFMI ?

Nous avons intégré en 2016 le Groupement des entreprises d'études en sécurité et prévention contre les risques d'incendie (GEESPI). Ce syndicat des bureaux d'études devient le 13ème syndicat de la FFMI qui, désormais, représente entre 350 et 400 entreprises, 30.000 emplois et 3 milliards de chiffre d'affaires cumulé. A périmètre constant, la FFMI gagne 15 à 25 adhérents par an.

© Propos recueillis par Erick Haehnsen

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