Gérer les risques aujourd'hui et demain

La protection périmétrique s’oriente vers l’analyse intelligente

10-04-2019

Quelles que soient les technologies de capteur utilisées en protection périmétrique, les exploitants de sites partent à la chasse aux faux positifs, à grand renfort d’algorithmes intelligents.

Un capteur jusqu’à six fois plus petit qu’une caméra thermique usuelle. © Hymatom
Plus vite un système de protection périmétrique détecte une intrusion, plus courts sont les délais pour l’endiguer ou en limiter les dégâts. Sur les grands sites industriels ou logistiques, voire aux abords des organismes d’intérêt vital (OIV), les premiers remparts reposent sur une solide clôture physique instrumentée de capteurs de détection de torsion, de mouvements, de vibrations (Hymatom, Sorhea), etc. Ou sur des barrières infrarouges (Atsumi, Optex, Prodatec, Seagate, Sorhea, Sunwave-Selco, Takex, etc.) à deux, quatre, six ou huit faisceaux sur des portées allant (chez Sorhea) jusqu’à 100 m. Ou encore sur des câbles coaxiaux hyperfréquences enfouis sous terre (Sorhea, Southwest Microwave, etc.) qui recréent alors une zone de détection de près de 2 m de large pour 1,25 m de hauteur, totalement invisible à l’œil nu. Mais, en ce qui concerne les sites ou établissements recevant du public (ERP), cette logique de clôtures et barrières physiques s’efface au profit des caméras de vidéosurveillance, voire de capteurs thermiques.

Capteur thermique

A l'issue de plusieurs mois de tests en conditions réelles, Hymatom est en passe de lancer en pre-série un nouveau capteur thermique. « Nous sommes partis du composant électronique, le capteur thermique, et nous avons développé les algorithmes capables d’apprendre à reconnaître les scènes pour éliminer les bruits et éviter les faux positifs : une haie qui pousse, le vent dans les branches d’arbres. Le but n’est pas d’afficher des images thermiques de haute résolution comme avec les caméras thermiques, mais simplement de détecter des intrusions, explique Vincent Carré, responsable commercial de la région sud chez Hymatom. Ce capteur est conçu pour une utilisation en périmétrie, aux abords de bâtiment urbains ou industriels. Il vient en remplacement de capteurs de torsion. Il fonctionne sur une portée de 70 m, mais nous étudions d’autres focales pour allonger cette distance. » Parmi les points forts, ce capteur est jusqu’à six fois plus petit qu’une caméra thermique usuelle, et ce en étant trois à quatre fois moins cher. « En cas d’alerte, la levée de doute en vidéo par caméra visible reste indispensable pour que l’opérateur valide l’alarme », insiste Vincent Carré.

Coût élevé des fausses alertes

Dans tous les cas, la détection périmétrique des intrusions nécessite donc de fonctionner en tandem avec un système de vidéosurveillance doté de caméras fixes et mobiles, afin de lever le doute, ainsi qu’avec une cartographique numérique du site pour localiser précisément l’événement sur un écran. Autant de prérequis indispensables pour alerter le centre de télésurveillance ou, si le site en dispose, son PC de surveillance. « Les faux positifs nous ont coûté très cher car notre télésurveilleur facturait à chaque fois l’envoi de ses équipes pour faire la levée de doute », explique Jean-Philippe Dalesme, directeur d’exploitation des Espaces Antipolis à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes) qui opère sur 3,5 ha des terrasses de 1 000 m², un club de sport avec piscines chauffées, jacuzzi, sauna et hammam. Sans oublier un auditorium de 190 de places, quatorze salles modulables pouvant aller jusqu’à 200 m², un hall d’exposition de 750 m², un restaurant et un parking de 150 places.

Percée de l’analyse intelligente des images vidéo

Les Espaces Antipolis économisent 5 000 à 6 000 euros par an depuis qu’est installé le logiciel d’analyse vidéo de la start-up Ivas.
© Espaces Antipolis
Quelle que soit leur nature, les capteurs doivent être à la fois sensibles et fiables, au risque de déclencher les alertes intempestives. D’où le recours à l’analyse intelligente en vidéo. Dans cet esprit, la société des Espaces Antipolis s’est adressée à Ivas, une start-up voisine dont l’hyperviseur intelligent fait le tri entre les faux positifs et les réelles anomalies. « Le système est interrogeable à distance par le télésurveilleur ainsi que par mes équipes aussi bien sur PC et tablette que sur smartphone. Ce qui est pratique durant les week-ends où le site n’est pas exploité. On peut ainsi vérifier de chez soi s’il y a une intrusion sur le parc. Le système est fiable à 95%, reprend Jean-Philippe Dalesme. Nous économisons ainsi 5 000 à 6 000 euros en frais de télésurveillance par an depuis deux ans que le logiciel d’Ivas est installé. Un chiffre important par rapport à l’investissement de 35 000 euros pour l’installation globale. »

De la maquette convaincante… au flop

Les choses ne se passent pourtant pas toujours aussi bien. « Sur un grand site, que nous avons sécurisé il y a deux ans, on nous avait demandé un grand nombre de fonctionnalités prêtes à être installées : détection périmétrique, de mouvements humains, de chute de personnes, de personnes qui courent, de sacs de sport, de pénétration dans des zones interdites, tracking de personnes, détection de maraudage sur les parkings… », explique Sylvain Bosquet, chargé d’affaires chez Omnitech Security, à l’occasion de la conférence « 12 retours d’expérience de terrain sur la mise en œuvre d'analytics audio et vidéo », organisée par l’Association Nationale pour la Vidéoprotection (AN2V), le 4 avril dernier à Paris. « Nous avions commencé à travailler avec un grand constructeur de caméras dont les maquettes étaient très convaincantes. Le problème, c’est que, dans la mise en œuvre, il ne parvenait pas à faire de la détection périmétrique ! Au final, le constructeur a lâché l’affaire et a même fermé sa filiale française ! », se souvient Sylvain Bosquet qui a alors collaboré avec Evitech, spécialiste français de la vidéosurveillance intelligente.

Taux d’alerte par jour et par caméra

« Après l’échec du premier fournisseur, le client a exigé de nous faire signer des engagements de niveaux de service pour un système de 40 caméras dotées de 52 filtres. En fait, le client en a désactivé une majorité car il ne savait pas comment les exploiter », reprend Sylvain Bosquet. Au final, le tandem Omnitech Security/Evitech affiche de beaux résultats depuis l’installation du nouveau système en 2017 : un taux de 0,08 d’alertes intempestives par jour et par caméra en détection d’intrusion, de 0,33% en franchissement de barrière par des véhicules ou des piétons et de 0,65 en maraudage sur les parkings. « Le site est passé d’un taux moyen de 10 fausses alarmes par jour et par caméra à moins de 1 », résume le chargé de affaires d’Omnitech Security, qui apprécie que son client lui fournisse des statistiques régulières. « On remarquera qu’un nouveau critère est en train de se systématiser : le taux de fausse alerte par jour et par caméra », souligne Dominique Legrand, président de l’AN2V.

Ne pas négliger l’entretien

Une fois installé, le système de détection périmétrique et d’analyse intelligente d’image « réclame qu’on s’en occupe, précise Stéphane Deana-Maille, directeur de programme du Système d’information pour la sûreté des sites au ministère de l'Intérieur qui, grâce aux solutions de Foxstream et de Genetec, équipe 4 000 à 5 000 caméras devant surveiller 180 000 m². Une fois par trimestre, il faut nettoyer les optiques des caméras et redémarrer les serveurs. » Outre cet entretien, il est également important de vérifier le bon positionnement des caméras qui peut bouger dans le temps.

Erick Haehnsen

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